Les éditeurs refusent de se démonter face à Pékin

Lam Hong-ching, un auteur de livres politiques publié... (PHOTO AFP)

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Lam Hong-ching, un auteur de livres politiques publié par Subculture, est là pour promouvoir un titre sur l'autodétermination de Hong Kong, ce qui reflète le souhait d'un nombre croissant de jeunes militants qui veulent prendre leurs distances d'avec Pékin.

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Dennis Chong, Aaron Tam
Agence France-Presse
Hong Kong

Refusant de se démonter, la fougueuse industrie de l'édition de Hong Kong a promis de continuer à vendre des ouvrages critiques envers Pékin malgré la disparition de cinq libraires, à l'ouverture mercredi de la grande foire annuelle du livre de la ville.

Les cinq libraires qui avaient disparu fin 2015 avant de refaire surface sur le continent travaillaient tous pour Mighty Current. Cette maison d'édition hongkongaise était spécialisée dans les titres salaces sur la vie privée des dirigeants chinois et les intrigues politiques au sommet du pouvoir.

L'un des «disparus» est toujours en détention. Un autre, qui a violé les termes de son contrôle judiciaire et se trouve dans l'ancienne colonie britannique, a raconté comment il avait été interrogé pendant des mois sans accès à sa famille ou à un avocat.

Certaines grandes libraires du territoire semi-autonome revenu dans le giron de la Chine en 1997 ont retiré de leurs rayons les livres susceptibles de fâcher à Pékin.

Des libraires indépendants ont expliqué à l'AFP qu'ils étaient toujours disposés à avoir en stock ces ouvrages salaces ou critiques mais qu'en fait, le nombre de livres disponibles se réduisait à peau de chagrin, les éditeurs ne voulant plus les imprimer.

Cependant, dans les allées de la foire du livre de Hong Kong, la détermination était dans l'air.

«Comme éditeur, je crois qu'il ne faut pas s'inquiéter. On perd si on commence à s'inquiéter», dit Jimmy Pang, directeur de la maison Subculture.

Il ne va pas s'arrêter d'imprimer des ouvrages politiques mais il assimile les pressions subies par l'industrie locale à de la «terreur blanche».

«Si un livre est interdit tout d'un coup, disons après que les autorités du continent l'ont décrété ainsi, toute la chaîne peut avoir des problèmes, auteur, éditeur, distributeur et même lecteur».

Lam Hong-ching, un auteur de livres politiques publié par Subculture, est là pour promouvoir un titre sur l'autodétermination de Hong Kong, ce qui reflète le souhait d'un nombre croissant de jeunes militants qui veulent prendre leurs distances d'avec Pékin.

Le fruit défendu

«Les gens sont inquiets; Certains auteurs n'écrivent même plus. Certains éditeurs n'osent plus publier», déclare-t-il à l'AFP.

«Mais c'est d'autant plus important d'écrire ces livres maintenant, sinon les gens ne seront pas informés correctement».

Il explique avoir peur pour sa propre sécurité et n'a pas renouvelé le permis qui permet aux Hongkongais de se rendre sur le continent sans visa.

La foire de Hong Kong a toujours vendu des livres qui seraient interdits en Chine. De nombreux Chinois franchissent la frontière pour les feuilleter.

L'édition 2016 ne fait pas exception. De nombreux stands proposent toujours des tomes licencieux sur la vie sexuelle des dirigeants chinois ou des volumes militant pour les droits politiques face à Pékin.

Un visiteur du continent, qui se présente sous le nom de Shu, raconte qu'il a pris des vacances spécialement pour lire des livres qu'on ne trouve pas en Chine.

«Je veux les lire ici, je ne vais pas les rapporter chez moi. Cela m'inquiéterait de le faire».

Ce lecteur explique qu'il souhaite avoir accès aux idées libérales et qu'il serait déçu si Hong Kong arrêtait de publier cette littérature.

Paul Tang, un libraire, souligne que la demande des Chinois du continent ne faiblit pas.

Mais l'affaire des «disparus» a indéniablement porté un coup à l'industrie de l'édition, juge-t-il. Sa propre librairie ne reçoit plus que la moitié des livres de commérages sur les hommes politiques chinois qu'elle recevait auparavant.

Il connait un éditeur qui a émigré à la suite de l'affaire des «disparus», et qui a coupé tout contact avec ses auteurs. Certains «ont juste mis les mains en l'air et ont laissé tomber», dit M. Tang.

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