Don Quichotte: un trésor espagnol sans cesse revisité

Don Quichotte a été traduit en 145 langues et... (PHOTO PIERRE-PHILIPPE MARCOU, AFP)

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Don Quichotte a été traduit en 145 langues et dialectes, adapté en bande dessinée et en histoires pour enfants, rappelle Ernesto Perez, directeur de l'Institut Cervantes, le réseau de missions culturelles espagnoles à l'étranger.

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Roland LLOYD PARRY
Agence France-Presse
MADRID

Andres Trapiello est un habitué des longues recherches, mais il a fallu à l'écrivain espagnol toute sa patience et son érudition pour adapter le roman le plus fameux d'Espagne, Don Quichotte, en espagnol moderne.

En travaillant sur cette oeuvre du 17e siècle, qui narre les péripéties d'un hidalgo auquel les livres ont tourné la tête et qui se prend pour un chevalier, le romancier est tombé sur un mot inconnu: «trompogelas».

«C'était absolument incompréhensible», a raconté l'écrivain à l'AFP. Après toute une matinée de recherche, il a décidé que ce terme signifiait plus ou moins: «Ça rentre par une oreille et ça ressort par l'autre».

Les Espagnols sont fous du Quichotte, figure mythique du redresseur de torts qui ne renonce jamais malgré ses échecs. Ils citent souvent l'histoire de ce chevalier à la triste figure, flanqué de son serviteur grassouillet Sancho Panza, dont les mésaventures ont fait le tour du monde.

Mais combien d'hispanophones ont vraiment lu le roman original, qui fait mille pages, qui fête cette année ses 400 ans?

Mauvais souvenirs d'école 

Près de six personnes sur dix en Espagne disent avoir lu au moins un passage de Don Quichotte, ou une de ses adaptations, selon une enquête publiée en juin par le CIS, l'institut public de recherche. Mais plus de la moitié admettent que cet ouvrage était «difficile» à lire.

«Il y a énormément de personnes qui ne l'ont pas lu, ou qui ont laissé tomber plusieurs fois, parce que c'était trop difficile», estime M. Trapiello. «On les oblige à lire dans une langue qui n'est plus utilisée de nos jours et qu'ils ne comprennent pas. C'est une lecture obligatoire à l'école, et beaucoup en gardent un mauvais souvenir».

Fin juillet, la version de M. Trapiello se classait en neuvième position des meilleures ventes de livres en Espagne, selon un classement du quotidien ABC.

L'Académie royale espagnole avait déjà publié en 2014 sa propre version simplifiée de Don Quichotte à destination des écoles, signée Arturo Perez-Reverte, un des auteurs contemporains les plus en vue en Espagne.

«Crime contre la littérature»

Quelques intellectuels se sont insurgés contre ces adaptations qu'ils considèrent comme du vandalisme à l'encontre d'une oeuvre, souvent présentée comme le premier roman moderne de l'histoire littéraire.

David Felipe Arranz, critique et enseignant à l'université Carlos III à Madrid, qualifie ces nouvelles versions de «crime contre la littérature».

«Quand j'interroge les libraires de Madrid, ils me disent que plus personne n'achète le roman original de Cervantes, car les lecteurs lui préfèrent la version ''allégée''», s'est-il indigné auprès de l'AFP. «Vous ne pouvez pas altérer la saveur des mots du plus grand écrivain de notre langue».

Monument de la littérature mondiale, le roman de Cervantes est, selon l'Institut qui porte son nom, l'ouvrage le plus traduit du monde, après la Bible.

Don Quichotte a été traduit en 145 langues et dialectes, adapté en bande dessinée et en histoires pour enfants, rappelle Ernesto Perez, directeur de l'Institut Cervantes, le réseau de missions culturelles espagnoles à l'étranger.

Andres Trapiello s'étonne de ce «paradoxe»: «les lecteurs francophones, germanophones et anglophones n'ont aucun mal à le lire» en traduction alors que, selon lui, «les lecteurs hispanophones n'en comprennent pas la moitié, sauf s'ils lisent des versions annotées».

Argot cockney et scènes de sexe 

Le premier tome de L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de La Manche a été publié en 1605. Le deuxième est sorti dix ans après, un an avant la mort de Cervantes en 1616.

En quelques années, le roman était traduit en anglais, avec des mots empruntés à l'argot «cockney» de Londres, et en français, pimenté par des scènes de sexe inventées par les traducteurs, relève M. Perez.

Dans les majestueux locaux de l'Institut Cervantes à Madrid, des vitrines exposent d'élégantes éditions étrangères de Don Quichotte tandis qu'un écran projette des adaptations cinématographiques du roman, à l'occasion d'une exposition qui se terminera en septembre.

Cette année, l'Académie royale a publié une nouvelle édition-référence du texte, avec annotations et essais.

L'édition précédente de 2005 s'était écoulée à trois millions d'exemplaires, selon Francisco Rico, directeur de la série des oeuvres classiques de l'académie, qui se dit favorable à de nouvelles adaptations.

«Toute tentative pour rendre Don Quichotte plus compréhensible est positive», estime-t-il.

«Shakespeare a été un temps oublié. Pendant des siècles, personne ne se souvenait de Dante. Voltaire a connu des hauts et des bas. Mais Don Quichotte a toujours connu un grand succès, et ce depuis le jour de sa publication, et dans toutes les langues».

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