FRÈRES MIGRANTS, DE PATRICK CHAMOISEAU

Des lucioles dans l'obscurité

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« Ce texte ouvre les perspectives, envisage un monde différent, un monde où les frontières subsistent, mais un monde où les frontières ne sont pas des guillotines », dit Patrick Chamoiseau, au sujet de Frères migrants.

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L'idée d'écrire un livre sur la crise migratoire s'est imposée à Patrick Chamoiseau. Les scènes de souffrance racontées par des amies qui s'occupent de migrants l'ont bouleversé. L'auteur martiniquais a couché sur papier un essai poétique, Frères migrants, dans lequel il dénonce le néolibéralisme et s'afflige du sort de ces gens. Tout en appelant à l'ouverture et à un changement des points de vue.

«C'est avec une indignation, une émotion que je me suis mis à écrire, comme pour évacuer une obsession», confie Patrick Chamoiseau dans une entrevue téléphonique. Descendant d'esclaves, le théoricien de la créolité est particulièrement touché par le sort des migrants - terme utilisé dans le livre pour désigner tant les réfugiés que les demandeurs d'asile ou les clandestins. 

«La traite des nègres, c'est un phénomène qui a duré plusieurs siècles dans une indifférence générale, souligne-t-il. Ç'a pu durer plusieurs années, des milliers de bateaux négriers ont pu déverser des esclaves non seulement dans le fond de l'Atlantique, mais aussi dans toutes les plantations américaines dans une relative indifférence. Donc je me suis dit que ça pouvait se produire encore aujourd'hui.» 

«Une époque peut être aveugle à certains phénomènes qui sont terribles.»

Le romancier et essayiste voit un parallèle entre ce qui «transforme la Méditerranée en un vaste cimetière et ce qui se faisait auparavant dans l'Atlantique, cette migration forcée de millions de personnes dans des conditions absolument épouvantables».

Mais le lauréat du prix Goncourt de 1992 pour le roman Texaco, auteur d'une trentaine d'ouvrages, ne se contente pas de dénoncer. «Ce texte ouvre les perspectives, envisage un monde différent, un monde où les frontières subsistent, mais un monde où les frontières ne sont pas des guillotines, explique-t-il. Un monde où on peut retrouver cette mobilité qui a toujours été le propre de l'Homo sapiens, ce qui lui a permis de se répandre sur la totalité de la planète. La mobilité fait partie de l'histoire de l'humanité, c'est une absurdité de penser qu'on pourrait l'arrêter aujourd'hui pour des raisons économiques ou des raisons d'intégrité nationale.»

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Frères migrants, de Patrick Chamoiseau

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Néolibéralisme

Le néolibéralisme a réduit les êtres humains à «n'être que des consommateurs», dit-il, et déclenche «de la précarité et de la misère». Il montre du doigt la mondialisation, où le mouvement des personnes n'a pas été prévu. Selon lui, il faut changer des conceptions figées des réalités pour comprendre que toutes les migrations ne sont pas dangereuses et menaçantes.

Il s'inquiète de voir les démocraties «devenir de plus en plus autoritaires». «L'élection du fou à la mèche blonde a été une nuit tombée sur la démocratie», écrit-il dans Frères migrants. «Tout ce qui concerne la culture, le bien-être, le bien-vivre, le sens que l'on donne à sa vie, à son travail, au fait de vivre dans un quartier, se poser des questions existentielles pour aller vers un bien-être et un bien-vivre, tout cela a disparu du monde politique. C'est contre cet appauvrissement-là qu'il nous faut lutter. Parce que c'est justement l'appauvrissement de l'imaginaire individuel qui permet à des personnages comme Donald Trump d'apparaître et de dominer un des plus grands pays du monde», soutient-il en entrevue.

Des lucioles

Si les réponses politiques ne sont pas à la hauteur de ses attentes, il trouve «enthousiasmant» de voir des gens sur le terrain venir en aide aux migrants. «C'est véritablement ce que j'appelle des lucioles, note-t-il. Il y a une nuit politique autour des migrants et puis il y a plein de petites lucioles qui éclairent cette nuit et qui nous laissent espérer une autre vision du monde et une autre organisation dans les années qui viennent.»

Il espère que son livre sera repris par des troupes de théâtre, des chorégraphes, des musiciens pour «ouvrir les débats et changer les imaginaires». Il a assisté à une lecture de son texte par une comédienne accompagnée en musique et a vu le public en être ébranlé, raconte-t-il. «Le fait d'éprouver une émotion, quelque chose de l'ordre de la stimulation artistique et esthétique, c'est de nature à réveiller les imaginations, à secouer tout ce qui nous paraît impossible et à provoquer des tressaillements», explique-t-il.

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Frères migrants. Patrick Chamoiseau. Éditions du Seuil. 137 pages.




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