Comment entre-t-on dans Le Robert?

Édouard Trouillez, lexicographe pour Le Robert.... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Édouard Trouillez, lexicographe pour Le Robert.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

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Louise Leduc
La Presse

Profession: lexicographe. Dans la vie, Édouard Trouillez écrit des dictionnaires. Comment sont choisis les mots admis dans Le Robert ? C'est «nénufar» ou «nénuphar», finalement? Le dictionnaire en papier est-il en voie d'extinction? Et le trait d'union, on le garde ou pas? Vous saurez (presque) tout.

Comment choisissez-vous les nouveaux mots à admettre au dictionnaire?

C'est un travail qui se fait au quotidien. On repère souvent ces mots nouveaux de façon accidentelle, en écoutant la radio, en regardant la télévision, en lisant des journaux, en les entendant dans les conversations. On fait entrer tout ça dans une base de données. Notre service de documentation effectue un premier tri, puis nous soumet une liste et on vote. Nous sommes 10 à 15 personnes à voter.

Sur quoi sont basées les décisions?

On fait entrer des régionalismes d'un peu partout dans la francophonie chaque année. Cette année, nous avions trois mots nouveaux du Québec, cinq sens nouveaux et cinq expressions - broche à foin, avoir de la mine dans le crayon, passer la nuit sur la corde à linge, par exemple. On essaie aussi d'inclure des mots nouveaux qui proviennent de différents domaines: les nouvelles technologies, la gastronomie, le sport...

Qu'en est-il de la nouvelle orthographe? On continue d'écrire «nénuphar» ou on adopte «nénufar»? On garde le trait d'union ou pas?

Jusqu'à présent, les Français étaient assez frileux pour l'adoption de la nouvelle orthographe (qui a fait l'objet d'une recommandation officielle du Conseil supérieur de la langue en 1990), mais cette année, on en a beaucoup parlé parce qu'un certain nombre de manuels scolaires ont décidé de l'adopter. Certaines choses se sont imposées d'elles-mêmes, comme la soudure des mots composés. Pour «plateforme», par exemple, les deux graphies sont acceptées, avec ou sans le trait d'union. La clé sans le « f » est aujourd'hui la graphie la plus courante. Il y a par contre de la résistance pour «ognon» et «nénufar».

Et c'est «événement» ou «évènement»?

La rumeur veut que ce soit à cause d'une erreur d'impression dans un dictionnaire qu'on a toujours écrit le mot avec deux accents aigus alors que le deuxième se prononce «è». Je ne sais pas si c'est vrai ou pas, mais on accepte les deux graphies maintenant.

Devez-vous rendre des comptes à quelqu'un, quelque part?

Le Petit Robert, c'est le témoin de la langue et de son évolution. On est relativement indépendants parce qu'on se base beaucoup sur l'usage. Cela dit, dans la prochaine édition, à côté de ce qui correspond à l'usage, on va systématiquement indiquer la recommandation officielle.

Êtes-vous en lien avec l'Académie française et avec l'Office québécois de la langue française?

L'Académie française rédige sa huitième édition et elle admet très peu de néologismes. La délégation de la langue française - l'équivalent ici de l'Office de la langue française - nous fait des suggestions. Quand elle nous recommande un mot pour remplacer un anglicisme - «ordinateur» au lieu de « computer», par exemple -, nous l'indiquons systématiquement. Nous ne collaborons pas par ailleurs avec l'Office québécois de la langue française, mais nous allons régulièrement sur leur site pour voir leurs recommandations.

Qu'en est-il des noms propres? Comment procédez-vous?

Comme pour les autres entrées. On repère les personnalités qui émergent, on se réunit pour débattre et on vote. On reçoit bien quelques appels et quelques lettres de personnes qui voudraient être dans le dictionnaire - la plupart du temps des gens qui voudraient faire entrer leur conjoint défunt - , mais ceux qui sont vraiment célèbres ne nous appellent pas !

Vous faites encore des dictionnaires papier. Ne sont-ils pas en voie d'extinction?

Nos ventes de dictionnaires papier ont baissé, mais on se rattrape avec nos versions numériques et on essaie de se déployer autrement en proposant des ouvrages diversifiés, comme notre livre 200 drôles d'expressions que l'on utilise tous les jours.

Comptez-vous aussi beaucoup sur votre correcteur d'orthographe?

Nous le proposons en France en partenariat avec un développeur et il marche très bien auprès des entreprises. On aimerait percer le marché au Québec, mais on va y aller doucement et prudemment, Antidote étant très populaire ici.

Le Larousse offre gratuitement sa version en ligne. Est-il difficile de faire face à une telle concurrence?

Nous estimons que notre savoir-faire a un prix, et on veut apporter quelque chose de plus. C'est notre cheval de bataille: faire comprendre aux gens qu'ils trouveront dans Le Petit Robert des choses qu'ils ne trouveront pas ailleurs.

Québécismes admis dans Le Robert 2017

Avoir de la mine dans le crayon

Massothérapie

Perçage

Relationniste

Ondes (être en ondes, passer en ondes)

Faire tirer quelque chose

Embarrer

Brisé (comme dans l'ascenseur s'est brisé)

Passer la nuit sur la corde à linge

Cochon (un examen cochon ou un dessert cochon)

Poquer (un visage poqué après une nuit courte ou agitée)

Plate (un conférencier plate)

Broche à foin

Les Québécois et les Canadiens dans Le Petit Robert des noms propres 2017

Tremblay, Larry: écrivain et metteur en scène

Klein, Naomi: journaliste, essayiste et réalisatrice

Corkum, Paul: physicien canadien

McDonald, Arthur B.: physicien canadien

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