Kathy Reichs: des retours et des premières

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Sonia Sarfati
La Presse

Des fillettes. Retrouvées quelques semaines après leur enlèvement. Les cheveux bien tressés. Les bras allongés le long du corps. Entièrement vêtues. Elles auraient semblé dormir. N'eussent été les chairs putréfiées.

Macabre retour (Éd. Robert Laffont) porte bien son titre.

«Macabre» car dans cette 17e enquête de Temperance Brennan, Kathy Reichs vise plus noir, plus sombre. Parce que quand des enfants tombent, «il y a quelque chose qui meurt en nous». Ainsi parle le détective Andrew Ryan. Pour sa part, narratrice du roman, Tempe, appelée à faire l'autopsie d'une des petites victimes, dira: «M'armant de courage, je suis passée en mode expert scientifique.»

Un mode que l'anthropologue judiciaire devenue auteure connaît bien. «Il faut être professionnel, objectif et "à distance", autrement il n'est pas possible de déterminer ce qui est arrivé, de trouver ces choses nécessaires pour que justice soit rendue à la victime. C'est nécessaire, mais difficile quand on a affaire à une victime innocente: les enfants, les femmes battues...», a-t-elle raconté dans le français qu'elle tient à utiliser lorsqu'elle est en tournée au Québec - c'est-à-dire au moins une fois par année, pour accompagner la sortie de la traduction française de ses romans policiers mettant en scène le personnage qui est son alter ego en ce qui a trait à sa profession - et sa profession seulement.

She's Back

Pour ce qui est du «retour», il vient du fait que, pour la première fois, Kathy Reichs met en scène un criminel - une, en fait - qui a déjà sévi dans un roman précédent. C'était Meurtres à la carte, publié en 2005. L'infâme Annick Pomerleau s'était échappée. Non sans avoir attenté à la vie de Tempe. De l'essence. Une allumette. Les flammes.

Le personnage aurait pu, déjà à l'époque et à la manière d'un Terminator célèbre, laisser tomber: «I'll be back

«Ce roman est le seul dans lequel l'assassin s'échappe. En l'écrivant, je savais qu'un jour, je reviendrais à elle. Dix ans plus tard, c'est chose faite.»

Bref, Annick Pomerleau, qui séquestrait, torturait et laisser mourir des petites filles, a-t-elle repris du service? En fait, a-t-elle jamais cessé? Après avoir fait des victimes au Québec, aurait-elle continué à tracer son sillon mortel au Vermont et en Caroline-du-Nord?

Ce n'est que l'entrée en matière, la surface, la première couche de cette intrigue aux multiples rebondissements. Qui, comme d'habitude, prend sa source dans des faits divers bien réels. Des drames sur lesquels Kathy Reichs a travaillé ou qui l'ont frappée.

Cet écho à la réalité est d'ailleurs ce qui explique pourquoi Temperance Brennan ne croise pas souvent la route de tueurs en série. «Ils sont rares, mais comme ils fascinent, ils abondent dans la littérature, à la télévision et au cinéma.»

Or, il importe à Kathy Reichs de ne pas trop s'éloigner du réel. Dans les cas qu'elle explore/exploite dans sa fiction comme dans les sciences qu'elle présente (ici, entre autres, la cheiloscopie, qui est la technique d'identification utilisant l'analyse du sillon des lèvres) ou dans le déroulement des enquêtes (ici, le protocole suivi pour travailler sur une affaire classée sans avoir été résolue).

Ainsi, avant de se mettre au clavier pour Macabre retour, elle a passé beaucoup de temps en compagnie des membres de la Cold Case Unit (CCU) de Charlotte-Mecklenburg.

Maman très chère

«Mais il est également important pour moi que chaque livre, tout en suivant une enquête, en révèle un peu plus sur la vie personnelle de Tempe», fait la romancière, qui est aussi scénariste et productrice pour la série Bones... qui en est à sa 11e saison. Une longévité rare en terre hollywoodienne.

Cette vie personnelle, donc, le détective québécois Andrew Ryan en fait partie. Après une éclipse douloureuse, il réapparaît dans ces pages-ci - et est même à l'origine d'une pirouette que les fans devraient apprécier. Vraiment.

Accompagnant ce retour attendu et celui, redoutable, d'Annick Pomerleau, une entrée. Katherine Daessee Lee Brennan. Dite Daisy. «Le prénom de ma grand-mère», dit Kathy Reichs en souriant. Il est devenu celui de la mère de Tempe.

«Au fil des romans, on a rencontré sa soeur, Harry; on a découvert l'histoire de son père et de son frère, mais rien sur sa mère. C'était intentionnel.»

Le moment était venu de faire sa connaissance.

Le personnage n'est pas banal. «C'est une femme très intelligente, un peu folle - pas au sens médical ou psychiatrique, lance-t-elle en riant - et probablement bipolaire.» Pour ces raisons, après que Tempe lui a donné quelques informations de base au sujet des ordinateurs, et laissé tomber quelques données concernant l'enquête en cours, sa mère, sûrement en phase maniaque, devient obsédée par tout cela.

Le résultat est sympathique au point que Kathy Reichs a décidé de faire un bout de chemin en cette compagnie: miss Daisy est de retour dans Speaking in Bones, qui sera publié l'an prochain en français.

Quant à l'auteure, elle est actuellement plongée dans l'écriture d'un autre roman policier. Le 19e. Qui, et c'est une autre première, ne mettra pas en scène Tempe Brennan (ni sa nièce, Tory, héroïne des Virals qu'elle écrit avec son fils Brendan et qui s'adresse aux adolescents). Dans le rôle principal, une détective privée enquêtant à Charleston, en Caroline-du-Sud.

Serait-ce alors la fin de l'ère Temperance? «Pas du tout», rigole Kathy Reichs. Macabre retour est le livre des premières et des retours, pas celui des départs.

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Macabre retour. Kathy Reichs. Robert Laffont. 389 pages.

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