Paul dans le Nord: Paul a des hormones!

Le bédéiste Michel Rabagliati lance cette semaine un... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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Le bédéiste Michel Rabagliati lance cette semaine un huitième album, Paul dans le Nord, qui pourrait bien être le dernier de la série Paul.

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Maintenant que l'importante sortie de Paul à Québec, le film, est passée, le bédéiste-devenu-coscénariste-le-temps-d'un-long-métrage Michel Rabagliati revient à ce qui lui importe le plus: le roman graphique. Voici enfin Paul dans le Nord, son huitième album... et peut-être la toute dernière BD de la série Paul.

«J'ai souvent l'impression que, dans la tête des gens, le cinéma est en haut de la liste et la BD est en bas, dit Michel Rabagliati. On me dit: «Oh wow, t'as fait un film, bingo, trois cloches, casino!» Mais pour moi, c'est le contraire: c'est la BD qui est tout en haut et on vient juste d'en faire une déclinaison, un film, un produit dérivé!»

Qu'on ne se méprenne pas: Rabagliati est profondément heureux de l'adaptation et du succès du film tiré de sa BD Paul à Québec. Mais il préfère nettement le roman graphique, qui lui permet d'être à la fois le réalisateur-scénariste-décorateur-maquilleur-costumier-maquilleur-etc.

Il faut voir son sourire quand il explique son bonheur à dessiner et scénariser ce huitième album qui réserve quelques éclatantes surprises aux fans. Même sourire quand il raconte comment il a réussi à illustrer des pensées dépressives à l'aide d'un simple Bic noir. Ou à représenter (magnifiquement) une mégatempête de neige en dessinant ses cases en blanc sur noir, pour obtenir cet effet de blizzard qu'on ressent en lisant Paul dans le Nord.

Le Nord? C'est-à-dire les Laurentides, où Paul va vivre ses 16 ans à coups de premières fois: premier voyage sur le pouce, première blonde, première peine d'amour, premier joint, première mobylette... Et premières vraies chicanes avec ses parents, qu'il supporte difficilement. C'est bien simple: c'est aussi la première fois que Paul n'est pas cute.

«Osto qu'y est pas du monde, hein? lance en riant Rabagliati. C'est l'âge où on refuse même de marcher sur le même trottoir que ses parents! À 16 ans, on n'est tellement pas bien dans sa peau, ses vêtements... Alors si, comme Paul, on entre en plus dans une nouvelle polyvalente, c'est sûr qu'on va avoir ce matin-là un gros bouton sur le nez et ses cheveux vont être "laites", et tout le monde va nous voir comme ça: c'est juste horrible!»

Et ça donne l'une des planches les plus drôles jamais dessinées par Rabagliati: tous les élèves de la polyvalente représentés comme des Inuits qui socialisent avec bonheur sur leur banquise avec, au centre, complètement incongru et déplacé, un Paul présenté comme un Africain en costume traditionnel. Une image qui vaut mille manuels sur le mal-être de l'adolescence!

Avoir 16 ans en 1976

Et il y a ces autres planches, aussi hilarantes, où Paul et ses amis de gars discutent des quatre seuls sujets qui les intéressent: le sport, les motos, la musique... et les filles. En fait, les filles, c'est même le seul sujet qui les intéresse tous en même temps.

«Mais soyons honnêtes, ce sont les seins des filles, leur physique, qui les intéressent, rien d'autre, reconnaît Rabagliati. Ils sont "full" hormones, ils font dur, ils sont tellement basiques...

«C'est avoir 16 ans, reprend-il. C'est pour ça aussi que ça sacre beaucoup dans cet album, ce qui embarrassait un peu mon éditeur. Mais quand on a 16 ans, on les sort, les sacres, pis on en met, on veut tellement avoir l'air cool! On a son coat jean, on a les cheveux longs, on a la "bonne" marque de souliers de sport, on veut tellement respecter le "code" du groupe. J'assume tout ça pleinement.

«Même chose quand Paul et son ami Ti-Marc parlent d'une «vieille tapette, t'en pognes toujours une sur le pouce»... C'est bien dommage, mais en 1976, personne ne disait «un vieil homosexuel»...»

Car on est en 1976, en plein début des Jeux olympiques à Montréal. Et à la grande honte de Paul, le Stade olympique n'aura pas son mât à temps, ce qui nous vaut des commentaires bien sentis dans l'album: «J'avais tellement honte de nous, comme peuple, se remémore Rabagliati. En plus dans un pays où on n'a même pas d'athlètes, on a eu zéro médaille d'or!»

C'est là que la petite acrobate Romaine Nadia Comaneci est arrivée: «Et elle a remonté le moral de tout le monde, parce que c'était assez plate, ces Jeux-là, jusqu'à ce qu'une petite fille suscite la joie.»

Une famille

Il y a bien sûr des tonnes de références à l'époque (regardez tous les détails dans les chambres d'ados et les rues), des clins d'oeil à des grands de la BD (notamment au Little Nemo de Winsor McCay et à la mobylette de Lucien, héros de Frank Margerin), des bonheurs d'illustration (remarquez la couleur du t-shirt de Paul, qui témoigne s'il est bien ou pas, regardez le bas de ses pantalons qui va incarner le moment où Paul va avoir vraiment grandi), la logique narrative avec les sept albums précédents...

Mais il y a surtout un personnage, Paul, dont on se rend compte qu'il existe vraiment pour nous: la preuve, grâce à huit albums, on connaît sa famille, sa belle-famille, son animateur scout, son professeur de graphisme, sa première blonde... Surpris, Rabagliati constate: «Je ne m'étais pas rendu compte que j'avais construit une espèce de famille à la Peanuts, finalement...»

Paul à l'école

Il est toutefois peu probable que la série Paul vive aussi longtemps que le Charlie Brown imaginé par Charles M. Schulz.

«Je sens que je suis allé balayer pas mal dans tous les coins; en tout cas, sur le plan de la jeunesse du personnage, je n'ai plus rien à dire. Je ne vais pas étirer la sauce.» Rabagliati ne sait pas encore ce qu'il fera ensuite. Mais il sait ce qui s'en vient sous peu pour «son» Paul.

C'est simple: Paul arrive à l'école. «En novembre, dit Michel Rabagliati, les éditions Chenelière Éducation vont publier un livre sur Paul en classe. Un livre d'école! Obligatoire! De la 1re à la 5e secondaire! C'est une prof de Québec qui a réalisé ce cahier d'exercices à partir des albums Paul a un travail d'été, Paul au parc et Jane, le renard et moi [de Fanny Britt et Isabelle Arsenault]. Les élèves vont lire les albums pour répondre à des exercices de lecture, de compréhension de textes, de logique, de syntaxe, etc. Imagine: je suis un décrocheur, je n'ai pas fini mon secondaire 5, alors quand je pense que mes livres sont utilisés en classe... Et ce n'est pas juste bon pour moi! Quand le roman graphique est suffisamment accepté pour qu'un éditeur scolaire officiel aille présenter un tel livre aux professeurs du secondaire du Québec au complet, ça ouvre des tas de portes à la BD, aux albums de Guy Delisle, à Persépolis [de Marjane Satrapi], à Maus [d'Art Spiegelman]...»

Et tout ça grâce à Paul. Paul au Québec!

* * * *

Paul dans le Nord. Michel Rabagliati. La Pastèque. En librairie.

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