Claudine Dumont: les deux soeurs

Deux ans après sa sortie, Anabiose, premier roman de Claudine Dumont,... (PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE)

Agrandir

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Marie-Christine Blais
La Presse

Deux ans après sa sortie, Anabiose, premier roman de Claudine Dumont, vient d'être traduit en anglais (Captive, chez House of Anansi) et sera porté au grand écran par le réalisateur Éric Tessier (Sur le seuil). Cela n'empêche pas l'auteure de publier un deuxième roman qui ne ferait pas honte à son auteur fétiche, Stephen King. Tiens, le roman s'intitule justement La petite fille qui aimait Stephen King...

Pour bien des gens, avoir une petite soeur autiste, ça pourrait être terrible. Mais pour l'héroïne de La petite fille qui aimait Stephen King, ce qui est terrible, c'est que sa soeur autiste ne le soit plus vraiment depuis un accident! Voilà sans doute pourquoi on aime les romans de Claudine Dumont: ils sont assez tordus, merci.

Ils le semblent encore plus quand on interroge leur auteure: «Je pense que je vais toujours écrire sur le cerveau, explique-t-elle avec un grand sourire limpide, sur ses dérapages, ses possibilités, ses failles... L'idée de La petite fille m'est d'abord venue en regardant un épisode de Criminal Minds, qui portait sur la synesthésie, ce phénomène neurologique où le cerveau se mêle les pinceaux et les sens se confondent. Mais bien avant de trouver ce genre d'idée, mes livres sont d'abord des réflexions sur l'amour.»

Hein, demande la journaliste, l'amour? L'amour dans Anabiose, qui relatait une mise en captivité sans motif et dans des conditions rappelant Guantánamo? L'amour dans La petite fille... où deux soeurs semblent sombrer dans la possession démoniaque?

«Oui, assure Claudine Dumont. Dans Anabiose, je me demandais si on pouvait créer de l'amour de toutes pièces, dans certains contextes. Dans La petite fille, j'ai plutôt eu envie d'explorer la question suivante: pourquoi ne peut-on pas changer dans un couple, pourquoi est-ce que cela remet tout en question quand l'autre change?»

Car ce qui terrifie Julie, 18 ans, c'est que sa soeur de 15 ans, Émilie, «a toujours été différente, mais sa différence a changé»: autiste, elle ne supporte habituellement pas qu'on la touche, doit absolument porter du jaune le vendredi, écoute en boucle tel ou tel disque ou lit sans arrêt les mêmes livres de Stephen King. Sauf qu'à la suite d'un accident, Émilie n'est plus la même. Et elle fait peur, terriblement peur à sa grande soeur Julie.

«Pour explorer la question de l'amour confronté au changement, il me semblait plus crédible que cet amour soit familial, entre deux soeurs. D'abord, à cause du secret: dans les familles, il y a des choses terribles dont on ne parle pas et qui peuvent engendrer des amours quasi toxiques.»

«Si j'avais mis en scène un couple, les lecteurs n'auraient peut-être pas adhéré à cette idée d'amour inconditionnel, alors qu'on la trouve crédible entre des membres d'une même famille.»

Et l'amour familial, l'amour sororal même, Claudine Dumont connaît. Elle qui était enseignante jusqu'à tout récemment, vient d'ouvrir un café avec sa soeur aînée, baptisé... Ma Soeur et Moi. Soeur aînée qui se prénomme, en passant, Julie! On se calme: Claudine Dumont a aussi une soeur plus jeune, mais non, elle n'est pas du tout autiste. «Par contre, tout le monde a des proches qui souffrent de TDA, d'Asperger, de troubles du comportement léger ou pas, etc. Ce sont des questions qui me passionnent, j'ai pu compter sur la collaboration de Luc Bouchard, un ami psychologue, pour vérifier si mon histoire était crédible ou pas.»

Fondamentale, la crédibilité, pour qu'un tel roman fasse vraiment peur - car elle fait peur, Émilie, et Julie aussi. Et leur mère également. «C'est parce qu'Émilie est autiste, donc d'emblée différente, que les gens autour d'elle ne réalisent pas qu'elle est en train de changer. Hormis sa soeur aînée, qui entretient une relation quasi maternelle avec sa plus jeune soeur, parce que leur mère n'est pas en mesure de s'occuper d'elles vraiment.»

Style effrayant

Si elle a opté pour un long titre (un coup de chapeau à Gaétan Soucy, écrivain québécois préféré de l'auteure, afin de rendre hommage à La petite fille qui aimait trop les allumettes), Claudine Dumont écrit toujours ses romans en phrases courtes, efficaces, percutantes, avec certaines répétitions qui ne font qu'ajouter à la sensation de peur.

«C'est le rythme d'écriture qui me vient naturellement, explique-t-elle, un peu comme une chanson qui tourne dans ma tête. D'ailleurs, la musique est importante quand j'écris, et tous les chapitres de La petite fille étaient à l'origine précédés d'une citation tirée d'une chanson de Tom Waits, New Order, Boomtown Rats, Harmonium...»

De toutes ces citations musicales, il n'en reste au final que deux, dont une de Bryan Ferry, tirée de la chanson Is Your Love Strong Enough?. C'est la question qui taraude, à sa façon, le roman de Claudine Dumont: est-ce que l'amour est assez fort pour traverser l'horreur, l'incompréhensible, le révulsant?

L'amour de Stephen King est en tout cas assez fort pour que Claudine Dumont marche dans ses traces, à sa manière à elle. D'ailleurs, les fans du King de l'horreur se plairont à repérer les 13 références cachées à des romans du maître dans celui écrit par Claudine Dumont. Allez, on vous en révèle une, facile: Julie conduit une vieille Plymouth rouge. Oui, une vieille Plymouth Rouge comme l'était l'infernale voiture Christine...

* * * *

La petite fille qui aimait Stephen King. Claudine Dumont. XYZ, 184 pages.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer