Janette Bertrand: avec un grand J

Ce n'est plus Parler pour parler, c'est «écrire pour dire» qui mène Janette... (Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Ce n'est plus Parler pour parler, c'est «écrire pour dire» qui mène Janette Bertrand. Dire les relations de couple, oui, mais dire aussi la vie sexuelle après le cancer du sein, l'impuissance chez l'homme, les Y, les conséquences inattendues d'une thérapie ou d'une adoption, les enfants rois... Autant de sujets qu'elle aborde de front dans son roman Lit double 3, troisième et dernier tome de sa série, lancé par Dame Janette à 89 ans et 7 mois. Avant d'entreprendre l'écriture de son prochain livre.

«J'ai eu beaucoup de difficulté à quitter mes personnages, lance Janette Bertrand. Je les connaissais tellement bien que je pensais qu'ils existaient, j'ai trouvé ça difficile de me dire: c'est la dernière fois que je leur parle, je ne les verrai plus!»

Effectivement, après ce troisième tome de Lit double, Janette ne se penchera plus sur «ses» couples: Clara et Étienne (les 70 ans), Robert et Mireille (la cinquantaine), Nancy et Nicolas (la quarantaine), Magali et Samuel (la jeune trentaine), auxquels s'ajoute cette fois le couple gai Claude et Francis...

Mais pourquoi arrêter, alors? «Parce que c'est assez, tu comprends? répond Janette. Je veux écrire autre chose. Le quatrième tome de mon autobiographie, c'est ça mon projet. J'avais fini d'écrire le troisième de Ma vie en trois actes alors que j'avais 80 ans. Là, je vais en avoir 90, et je veux parler de la vieillesse. Je veux dire la vérité sur la vieillesse. Parce que ça me choque d'entendre toujours parler des 5% de la population vieille du Québec qui va mal dans les maisons de retraite, etc., etc. Le reste, on n'en entend jamais parler! Or, c'est plein de centenaires qui font des affaires!»

Le bon plan

Janette est loin d'être centenaire, mais elle fait plein d'affaires, notamment écrire: «Je suis très disciplinée, je me donne des heures de bureau à la maison; sinon, tout est bon pour pas écrire! Je me dis, par exemple: j'écris de 9h à 11h30. Et j'arrête à 11h30 pile, je laisse tout, même au milieu d'une phrase. Je reprendrai à 13h30. Et à 13h30 pile, je suis assise à mon bureau quand je suis à Montréal, sur la galerie quand je suis à la campagne.»

Toujours avec un plan bien précis, Janette? «Ben évidemment: je fais exactement ce que j'enseigne dans mes cours! répond-elle en riant aux éclats. Ça fait, quoi, 15 ans? Non, 18 ans que j'enseigne l'écriture dramatique à l'INIS (le centre de formation de Institut national de l'image et du son). Je fais mon plan, je définis mes personnages, je dresse la psychologie des personnages, leur courbe dramatique. Quand je rencontre des gens qui me disent que ça fait six ans qu'ils sont sur un roman, j'ai envie de leur dire: je vais passer une petite heure avec toi, m'as te dire comment faire ça! [rires] Parce qu'il y a des règles à suivre, qui viennent d'Aristote, ce n'est pas n'importe quoi! Ça t'empêche pas d'être créatif, un plan, ça t'empêche de tourner en rond.»

Et ça ressemble à quoi, une journée type dans la vie de Janette Bertrand? «Septembre et octobre, j'enseigne à l'INIS, matin et après-midi. En novembre, ça va être plus lousse et je vais commencer à écrire: mes recherches sont toutes faites. En janvier et février, je m'en vais en Martinique, où j'écris tous les jours. J'aime écrire, réécrire, corriger... J'écris partout, dans le bruit ou pas. Je ne suis pas facilement dérangée. J'ai été habituée par la vie d'auteure mère de famille et par la télévision et ses deadlines effrayants.»

Lire et écrire

«Tu ne peux pas attendre d'être inspirée! lance-t-elle. Chaque année, j'achète des biographies sur l'écrivain Colette, qui avait besoin d'argent tout le temps. Alors, elle écrivait des articles, des nouvelles, des romans, elle écrivait tout le temps, elle avait toujours des deadlines! Même chose pour Balzac ou Hugo, qui étaient publiés en feuilleton. On a une vision romantique de la chose. Mais quand mes élèves me parlent de l'inspiration... je n'y crois pas, moi, à l'inspiration. Je crois au travail et au plan.»

Et le soir, Janette se repose-t-elle? «Je suis plus tranquille: je vais au théâtre, au cinéma, je regarde la télévision parce que je l'enseigne et parce que j'aime ça. Et je lis. Je lis tellement! Je suis abonnée à une bibliothèque, et cet été, j'ai emprunté 19 livres que j'ai lus en deux mois. J'en ai besoin, de lire...»

Quand on regarde les dédicaces des trois Lit double, le premier (publié en 2012, 60 000 exemplaires vendus) était dédié à son amoureux, Donald. Le deuxième (2013, 80 000 exemplaires), à ses enfants et petits-enfants, «tous en couple». Le dernier est dédié, lui «à tous les amoureux qui veulent avoir une relation durable». Pourquoi ce cercle qui va en s'élargissant?

«Je pense que j'ai vieilli entre le premier et le troisième, lance Janette. Je me suis dit: arrêtons. Arrêtons de faire semblant que je n'apporte pas quelque chose à certaines personnes. J'ai été au moins 64 ans en couple, je sais certaines choses, pourquoi je ne les transmettrais pas? Pourquoi j'en aurais honte? Je ne veux pas être nécessaire ou indispensable, je veux juste être utile!»

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Lit double 3. Janette Bertrand. Libre Expression. 328 pages.

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