Sophie Bienvenu: à ceux qui perdent leur chemin...

Dans Chercher Sam, Mathieu, jeune de la rue,... (Photo: David Boily, La Presse)

Agrandir

Dans Chercher Sam, Mathieu, jeune de la rue, perd sa chienne, son unique lien au monde. Encore une fois, à travers ses écrits, Sophie Bienvenu partage son obsession pour les mal-aimés.

Photo: David Boily, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Elle avait secoué la rentrée littéraire de 2011 avec Et au pire on se mariera, puissant monologue maintenant adapté au théâtre et en voie de l'être au cinéma. Pour son deuxième roman, Chercher Sam, qui inaugure la nouvelle maison d'édition Le Cheval d'août, Sophie Bienvenu a encore voulu donner une voix aux sans-voix, en racontant la tragique histoire d'un jeune itinérant qui, à la recherche de son chien perdu, devra affronter ses multiples pertes. Et pour la deuxième fois, Bienvenu touche nos cordes sensibles. Sortez vos mouchoirs...

Sophie Bienvenu l'admet d'emblée: Et au pire on se mariera a littéralement changé sa vie. Elle revient tout juste du Festival America de Vincennes, ce qui lui a permis de remettre les pieds en France pour la première fois en dix ans - elle a obtenu sa citoyenneté canadienne il y a tout juste un mois. La pièce inspirée de son livre, mise en scène par Nicolas Gendron, est à l'affiche du théâtre Prospero et elle travaille au scénario du film avec la cinéaste Léa Pool.

Mais, plus important encore, ce livre, qui s'est retrouvé finaliste pour de nombreux prix, l'a fait quitter son lucratif boulot dans la pub pour se consacrer à l'écriture. «Un moment charnière pour moi a été les rencontres autour du Prix littéraire des collégiens, se souvient-elle. Le fait d'échanger avec de jeunes lecteurs, c'est ce qui a été le plus gratifiant pour moi. Je croyais avoir écrit un petit livre... mais une ado est venue me voir pour me dire que je lui avais donné une voix. Elle avait été abusée dans son enfance. J'en parle, et j'ai la chair de poule. C'est là que je me suis dit que j'avais peut-être fait un truc important. Je suis revenue au boulot en pensant: «Je ne veux plus faire ça. Je veux sentir à nouveau le feeling que ça fait quand quelqu'un te dit que tu as écrit quelque chose d'important pour lui.» En toute modestie, c'est ce que je sais faire dans la vie.»

Un tel impact pour un premier roman a quelque chose de déstabilisant. Sophie Bienvenu avoue être passée du complexe de l'imposteur à la peur de ne plus jamais pouvoir écrire un livre aussi fort. Mais on retrouve dans Chercher Sam son obsession pour les mal-aimés et une fois de plus, son amour de la langue québécoise, car elle maîtrise parfaitement l'oralité de «chez nous» (et de chez elle, maintenant). «J'adore écrire en québécois. C'est une langue vivante, les Québécois ne se rendent pas toujours compte à quel point c'est beau. Une langue morte, c'est plate! Et moi, je cherche une authenticité documentaire dans la langue, quand j'écris.»

Pitbull, mon amour

Alors que Et au pire on se mariera se présentait sous la forme de la confession d'une ado dans un interrogatoire de police, Chercher Sam est en quelque sorte le monologue intérieur d'un jeune de la rue, Mathieu, salement écorché par la vie. Il croyait avoir tout perdu, mais il touche vraiment le fond en perdant son unique lien au monde, sa chienne Sam, un pitbull, probablement la race canine la plus mal-aimée...

Car il faut le savoir, Sophie Bienvenu entretient une véritable adoration pour les pitbulls. D'ailleurs, sa première publication a été Lucie le chien, un recueil de ses meilleurs textes de blogue qui célébraient son chien. «Pour moi ce sont vraiment de gros toutous que les médias diabolisent, dit-elle. Les gens ont besoin d'un coupable. Dans les années 70, c'était le berger allemand, puis ça a été le rottweiler, et là, le pitbull. Aux États-Unis, on euthanasie 6000 pitbulls par jour, parce que personne ne veut les adopter. Si vous me partez sur les pitbulls, ça va durer longtemps...»

Sophie Bienvenu pouvait bien comprendre la force du lien entre un sans-abri et son chien, puisqu'elle affirme que son propre chien lui a sauvé la vie, à 18 ans. «À la minute où j'ai adopté ma chienne, je me suis construite grâce à elle. Je ne serais certainement pas la personne que je suis aujourd'hui. Quand elle est morte, j'ai vécu un grand deuil. Pourtant, c'est juste un chien, comme on dit, mais c'est tout ce qu'on met en lui qui compte. Beaucoup de gens ont ce rapport avec leur animal.»

On peut dire que Chercher Sam porte bien son titre, car le besoin désespéré du narrateur de retrouver son chien devient celui du lecteur. Mathieu a tellement été abîmé dans sa courte existence qu'on veut absolument qu'il retrouve Sam, mais c'est précisément cette quête éperdue qui l'oblige à revivre un deuil terrible (qu'on ne révélera pas ici). Car il l'admet, «je sais que devoir survivre au-dehors, c'est ce qui me fait survire en dedans».

Et comme pour Et au pire on se mariera, Chercher Sam appelle une lecture rapide, un one-shot - c'est un peu la force de Bienvenu, l'émotion, le suspense et la vivacité de la langue, car on n'arrive pas à lâcher le livre avant de connaître la fin.

«Je dois toujours me mettre à la place de quelqu'un quand j'écris, dit-elle. J'écris plus facilement au je, dans l'oralité. Si j'écrivais une narration traditionnelle, j'aurais l'impression d'écrire comme tout le monde. En tout cas, chez moi, ça sonne faux. J'aime écrire des livres où les gens peuvent s'identifier.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer