Hélène Frédérick: la vie sauvage

Hélène Frédérick, qui s'intéresse moins aux péripéties qu'à... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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Hélène Frédérick, qui s'intéresse moins aux péripéties qu'à créer une ambiance, pense beaucoup au lecteur lorsqu'elle écrit. La littérature, croit-elle, est avant tout une affaire de partage.

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Josée Lapointe

Hélène Frédérick est née à Saint-Ours, en Montégérie, et vit à Paris depuis sept ans. Elle l'avoue: la forêt d'Inverness dans laquelle se réfugie le personnage central de Forêt contraire, roman aussi dense que le bois dans lequel il se déroule, est «une sorte de fantasme».

«Quand je suis partie en France, j'étais à un moment de ma vie où je songeais carrément à m'installer dans le bois. Alors j'ai trouvé la vie à Paris très difficile les premières années, j'étouffais littéralement. Le seul endroit où j'étais bien, c'était dans le bain... Maintenant, je ne me passerais plus de cette ville, mais Forêt contraire a été une manière d'inventer ce qui me manquait.»

La forêt fantasmée d'Hélène Frédérick est aussi mystérieuse que sauvage, et surtout, «la main de l'homme» n'y est pas encore passée. «En France, il n'y a pas cet équivalent de forêt non domestiquée qu'on a ici», constate-t-elle. Et si elle est dure et peut vous avaler tout rond, son attrait fait aussi partie de nos gênes, qu'on le veuille ou non.

«En Europe, dans les contes par exemple, la forêt est vue comme quelque chose d'inquiétant et dangereux. Mais pour moi, comme pour la plupart des Québécois, même les urbains, elle est davantage liée à des souvenirs d'enfance, des odeurs.» La forêt nous ramène à «notre petitesse et à notre grandeur», croit-elle, et devient un lieu de ressourcement parce qu'on y devient un élément parmi d'autres. «Moi, ce sentiment me libère de plein de choses.»

Libération

Le personnage de Sophie, qui quitte Paris, sa vie désorganisée et un amoncellement de dettes pour se réfugier dans le chalet familial à l'abandon, recherche cette libération. Telle le Walden de Thoreau - le premier roman qu'Hélène Frédérick a lu en arrivant à Paris! -, elle tente de «revenir au début du monde» et de se libérer de ses chaînes... pour s'en découvrir d'autres.

«C'est justement ce que veut dire le titre du livre, Forêt contraire. Sophie voulait s'isoler, regarder la verdure et être tranquille, mais elle se retrouve confrontée à plein de choses imprévues. C'est la surprise qui l'attend dans la forêt. Ce livre veut concilier des contraires, le passé et le présent, une géographie et une autre, un contexte familial difficile, le besoin de liberté, faire le pont entre tout ça.»

Plongée dans le livre d'un auteur allemand exilé au Québec qu'elle a connu plus jeune, adoptée par un voisin, ex-comédien protecteur aux intentions ambigües, Sophie - on ne saura jamais son véritable nom - tente de comprendre qui elle a été, boit beaucoup, se déshabille souvent, part en voiture dans la tempête de neige... Il y a une fougue, une violence dans ce personnage qui se veut libre - dans son corps autant que dans son esprit.

«C'est vrai qu'il y a un côté brut dans ce roman. En libérant le personnage d'une certaine domesticité, j'ai cherché moi-même à me libérer de la superficialité de la vie parisienne. J'ai voulu hurler quelque chose de vibrant, y aller franc dans l'écriture comme dans l'émotion.»

Un partage

Hélène Frédérick, qui s'intéresse moins aux péripéties qu'à créer une ambiance, pense beaucoup au lecteur lorsqu'elle écrit. La littérature, croit-elle, est avant tout une affaire de partage. «Parfois dans notre vie quotidienne, de manière inattendue, on vit des instants poétiques. Ces moments sont ma raison de vivre, et j'essaie de retrouver et de partager cette intensité dans l'écriture. Pas juste dans le beau, dans la souffrance aussi. C'est ce qui lui donne un sens.»

Hélène Frédérick est déjà en train de travailler sur son prochain roman, alors qu'elle a mis quatre ans entre Forêt contraire et son premier livre, La poupée Kokoshka. Cette histoire subjuguante d'une costumière de théâtre qui fabrique une poupée grandeur nature à l'image d'Alma Mahler, maîtresse perdue du peintre Oskar Kokoschka, a d'abord été publiée chez Verticales en France. Elle ressortira aussi ce printemps en version poche chez la maison québécoise Héliotrope.

Un pied en France, le coeur au Québec, l'auteure de 37 ans est contente de recevoir un accueil chaleureux dans sa patrie d'adoption - sans connaître de succès populaire, La poupée Kokoshka a été remarqué là-bas. Forêt contraire déjà a reçu des critiques dans plusieurs médias importants depuis sa sortie. «Il y a tout de suite eu une curiosité, une ouverture, et ça se continue avec celui-ci. On s'entend, c'est une goutte d'eau dans l'océan. Mais c'est correct, ça s'installe tranquillement.»

Reste que celle qui vit l'exil comme un déchirement constant a envie aussi qu'il se passe quelque chose au Québec. «Ce n'est pas rationnel, mais pour moi, c'est beaucoup plus important. La sortie de mon premier est passée inaperçue ici, et ç'a été une énorme déception. Là, avec cette surprise de la sortie en format poche, j'ai l'impression de résoudre tous mes conflits intérieurs.»

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FORÊT CONTRAIRE. Hélène Frédérick. Verticales, 164 pages.




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