Emmanuel Jaffelin : le pouvoir de la gentillesse

Le philosophe et écrivain Emmanuel Jaffelin... (Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

Agrandir

Le philosophe et écrivain Emmanuel Jaffelin

Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

Partager

Sur le même thème

Pendant la dernière campagne présidentielle française, François Hollande a brandi ce livre, Petit éloge de la gentillesse d'Emmanuel Jaffelin, en avouant qu'il était une source d'inspiration pour lui. Il n'en fallait pas plus pour créer un engouement, mais Emmanuel Jaffelin insiste: la gentillesse n'est pas une mode, simplement une vertu invisible qui devrait être mieux comprise... et adoptée sans complexe. Car c'est aussi une arme. Gentille discussion avec un philosophe qui était de passage au Salon du livre.

La découverte la plus étonnante d'Emmanuel Jaffelin n'est pas tant la gentillesse, qui a toujours existé, que son absence dans les champs d'intérêt de la philosophie. «Le philosophe, qui est quelqu'un qui a trop souvent une haute idée de lui-même, n'a pas condescendu à s'intéresser à la gentillesse. Je crois que la raison en est l'ambiguïté lexicale, et le côté faiblesse tellement associé à ce mot.»

Dans cet essai, qui est la version plus courte et grand public de son Éloge de la gentillesse publié en 2010, le philosophe nous explique bien les différentes mutations de ce mot dont l'origine est gentilis, qui désignait un noble romain. Aujourd'hui, la «gentillesse» nous apparaît comme une qualité somme toute agréable, mais sans grande substance, alors qu'Emmanuel Jaffelin estime qu'on doit en redécouvrir la force et la noblesse. «Je crois que la contribution de la gentillesse au bien est invisible, c'est une morale impressionniste. C'est une morale facile, portative, à hauteur d'homme, et, à la différence des morales impressionnantes, elle n'entraîne aucune culpabilité. Ce n'est que bénéfique, la gentillesse.»

Pour Jaffelin, c'est une culture, par petites touches, au quotidien, et peut-être la meilleure arme pour combattre le cynisme ambiant, car, comme l'a dit Francis Blanche qu'il cite, «je peux me défendre contre la méchanceté; mais je ne peux pas me défendre contre la gentillesse».

Ancien diplomate, Emmanuel Jaffelin, qui est aussi professeur de philosophie et animateur d'ateliers dans une prison, avoue avoir écrit ces essais pour se soigner lui-même de son cynisme. «C'est un livre de résilience. J'ai retrouvé en moi ce qui était vraiment ma fibre humaine, c'est-à-dire donner plutôt que prendre.» Et cela porte ses fruits, puisque, très sollicité par les dirigeants d'entreprise - à sa grande surprise -, il vient tout juste de publier Petite philosophie de l'entreprise, qui vise à introduire la gentillesse dans ce secteur qui, en France, en a bien besoin.

Le Québec, terre des convertis?

François Hollande chute dans les sondages, mais vient tout juste de recevoir le premier Prix de la gentillesse en politique du magazine Psychologie. Est-ce à dire que cette vertu peut mener à la présidence, mais qu'une fois au pouvoir, elle n'a plus d'effets? «Il n'est au pouvoir que depuis six mois, on jugera dans cinq ans. Mais dans l'Antiquité, les Grecs pensaient que l'homme de pouvoir était aussi un homme moral. Je crois beaucoup à ce lien organique entre la morale et la politique, entre l'honnêteté et le pouvoir. Platon dit que l'homme politique tisse des relations. Je crois que l'homme politique cynique détricote le tissu social, alors que l'homme politique gentil a compris que la gentillesse est une force.»

Dans une société marchande, où tout est comptabilisé, la gentillesse est révolutionnaire par sa gratuité absolue. D'où la méfiance du philosophe envers des émissions comme Donnez au suivant, qui impliquent une obligation. «Si vous donnez, n'attendez pas de la reconnaissance, ne créez pas une dette sur cette personne. Laissez les dettes aux banquiers! La gentillesse n'est pas une morale du devoir, c'est une morale du pouvoir: sois gentil quand tu veux et quand tu peux, mais surtout pas quand tu dois. Sinon, cela ne vient plus du coeur, d'un élan.»

Pour Jaffelin, il s'agissait d'un premier voyage au Québec. Et ce qu'il y a vu jusqu'à présent s'accorde bien à son essai. «Je pense que ma présence ici est inutile. Quand j'ai dit à mon entourage que j'allais au Québec, ils m'ont tous répondu: mais ton livre ne servira à rien, ils sont déjà convertis! J'ai constaté dès mon arrivée que les Québécois sont courtois, ouverts, gentils, rien à voir avec l'ambiance en France qui est très tendue, où la susceptibilité est à fleur de peau. Donc, voilà, vous m'avez interviewé pour rien!»

__________________________________________________________________

Petit éloge de la gentillesse. Emmanuel Jaffelin. François Bourin éditeur, 130 pages.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

la boite:1600147:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer