Les jours enfuis: le temps qu'il nous reste ****

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Les jours enfuis

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La PresseNathalie Collard 4/5

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Jay McInerney aime New York et on ne peut imaginer l'un sans l'autre. Même chose pour Russell et Corinne Colloway, le couple que nous avions découvert dans Trente ans et des poussières, puis retrouvé au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 dans La belle vie.

Ils sont de retour pour notre plus grand bonheur dans Les jours enfuis, le troisième titre de cette série qui paraît en français ces jours-ci. Russell a racheté la maison d'édition qui l'employait pour se sentir plus libre comme éditeur. Corinne a laissé le monde de la finance pour devenir travailleuse de rue. Parents de jumeaux de 11 ans, ils entrent tous les deux dans la cinquantaine. Leur couple dure, mais le temps fait son oeuvre.

Pendant que Russell traverse une période difficile professionnellement, Corinne retrouve son ancien amant, Luke, rencontré dans les ruines du World Trade Center 10 ans plus tôt.

Nous sommes à la fin des années 2000, dans une Amérique secouée par la chute de Lehman Brothers et par la bataille Hillary-Obama. Manhattan est devenu un district de très riches dont les quartiers les plus authentiques ont été dénaturés par l'arrivée de boutiques de luxe. Le couple, qui se sent à l'étroit dans son loft loué de Tribeca, n'a même plus les moyens d'y demeurer. Il doit assumer les conséquences de ses choix de vie.

Chacun de son côté se retrouve face à des questionnements qui viennent avec la cinquantaine: ai-je fait les bons choix? Suis-je où je voulais être dans la vie? Combien de temps me reste-t-il et que vais-je en faire?

Que reste-t-il de nos amours?

La plume de McInerney est à la fois lucide et romantique: son Manhattan a parfois un côté exécrable, mais l'écrivain est nostalgique lorsqu'il se souvient des grands noms de la littérature américaine qui ont hanté les bars de Greenwich Village ou les beach houses des Hamptons.

Il fait aussi preuve d'une grande honnêteté en dépeignant des personnages masculins accros à Cialis, désabusés, infidèles et souffrant d'insécurité chronique. Ses personnages féminins ont moins de profondeur: à 50 ans, une femme ne pense pas qu'à l'argent et à la chirurgie plastique...

À plusieurs reprises, le personnage de Russell déclare que dans la vie, il y a deux camps: l'Art et l'Amour d'un côté, l'Argent et le Pouvoir de l'autre. Russell et Corinne ont choisi le leur. McInerney aussi.

* * * *

Les jours enfuis. Jay McInerney. Éditions de l'Olivier. 491 pages. En librairie.

«Extrait

« Pour Russell, New York, ça ne pouvait être que le sud de Manhattan : Greenwich Village, SoHo, TriBeCa. À la limite, il aurait pu envisager Chelsea et le Flatiron District. Il se refusait à croire que la ville n'avait plus de place pour les gens comme eux, à abandonner New York à l'équipe du Pouvoir et de l'Argent. La ville avait besoin de l'équipe de l'Art et de l'Amour, bon sang-des acteurs qui n'étaient pas encore célèbres, des libraires d'occasion et des gens qui y travaillaient, des serveurs de restaurant, des promeneurs de chiens et des accordeurs de piano. Il fallait des joueurs de basson, des danseurs de comédie musicale autant que des danseurs classiques, des horlogers et des restaurateurs de meubles, des cordonniers et des vendeurs de pièces et de timbres rares. Il fallait des grandes bourgeoises diplômées de Brown qui donnent à manger aux affamés, et des réfugiés du Midwest qui publient de la littérature de qualité. New York avait besoin d'eux. C'était la ville qu'il avait choisie entre toutes. Aller vivre ailleurs ressemblerait pour lui à un exil. »»





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