Trois jours et une vie: le maître du noir ****

La PresseRudy Le Cours 4/5

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Rudy Le Cours
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La Presse

Le roman qui suit l'attribution du prix Goncourt est toujours attendu avec une certaine circonspection, quand il n'est plus attendu tout court.

Ainsi, de quoi sera fait le prochain opus de Jonathan Littell, dont Les bienveillantes avait créé une commotion, en 2006?

L'auteur d'Au revoir là-haut, Goncourt 2013, aura mis deux ans et demi avant de faire paraître Trois jours et une vie. Ses lecteurs y reconnaîtront sans peine aucune son style nerveux, ses observations fines et son sens du rebondissement.

Le sujet est a priori glaçant: l'assassinat d'un bambin de 5 ans par un enfant de 12 ans. 

Avec Pierre Lemaitre, toutefois, pas de mélodrame moralisateur, on est vite plongé dans un roman noir émaillé d'humour noir joyeusement amoral.

L'avant-veille de Noël 1999, le chien du voisin d'Antoine est happé par un chauffard. Devant ce triste accident, son propriétaire choisit de l'achever à bout portant sous les yeux d'Antoine. Ulcéré, il se réfugie dans le bois voisin où il a construit une cabane.

Rémi, le jeune fils du voisin, l'y rejoint. Dans une bouffée de rage vengeresse, Antoine le frappe d'un coup de bâton. Le petit Rémi tombe, meurt, devant un Antoine abasourdi par la portée de son geste. Il reprend ses esprits et choisit de cacher la dépouille au fond d'une crevasse naturelle.

Il rentre au petit village de Beauval, a peur d'avouer son geste tandis que les habitants lancent déjà des hypothèses sur la disparition du bambin. Une battue s'organise le jour de Noël, mais elle est interrompue le lendemain par une très violente tempête qui détruit le bois. Lemaitre multiplie les circonstances plausibles qui permettent à Antoine de ne pas devoir passer aux aveux.

Le procédé n'est pas sans rappeler celui utilisé par Donald Westlake dans Le couperet. Il permet de faire alterner les ressorts dramatiques et comiques, tout en suscitant chez le lecteur de l'empathie tant pour le meurtrier que pour les proches de la victime.

Ainsi en est-il de l'entrée des parents du petit Rémi à l'église pour la messe de minuit, au moment où le prêtre ânonne: «Oui un enfant nous est né, un Fils nous est donné...»

Antoine passera par toutes les étapes de la culpabilité, hormis l'aveu. Crise d'angoisse avant un interrogatoire de routine, tentative de suicide : rien n'y fait, il s'en sort toujours.

L'action reprend 12 ans plus tard. Antoine est devenu médecin, il revient au village voir sa mère qui lui apprend que le bois à l'abandon fera place à un lotissement immobilier. Antoine se sent cuit, mais c'est un sort tout autre que lui réserve son destin, laissant les lecteurs éberlués.

* * * *

Trois jours et une vie. Pierre Lemaitre. Albin Michel, 279 pages.

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