Quand le corps cède: prises de conscience ***1/2

La PresseJosée Lapointe 3/5

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Josée Lapointe

Recueil de nouvelles franchement abouti et divertissant, Quand le corps cède est ce genre de petit livre qu'on dévore d'une traite. Question de savoir jusqu'où l'auteure - Madeleine Allard, une nouvelle venue en solo, auteure d'un album jeunesse et coauteure d'un livre sur l'allaitement - ira avec ses histoires qui appuient là où ça fait mal.

Comme dans Le roi de la montagne, par exemple, où un nouveau père pète littéralement les plombs en faisant de la randonnée avec son frère - première nouvelle du recueil, et probablement la plus délicieuse. Ou comme dans Il fait froid, où une jeune femme, qui vient de rompre dans la douleur (la sienne!), est convaincue que si elle se montre sous son meilleur jour - donc habillée légèrement malgré un froid polaire -, son ex craquera et voudra lui faire changer d'idée. Et comme dans Bouboule, où une ancienne grosse, jamais tout à fait remise de la trahison de sa meilleure amie du secondaire, prend sa revanche sur la vie...

Ainsi, les neuf nouvelles du recueil réussissent à capter un moment où les personnages ne sont pas tant à un point de rupture dans leur vie qu'à une étape de prise de conscience.

Les lumières s'allument, et éclairés seulement par la réalité crue, ils perdent pied ou se reprennent en main.

Plusieurs marchent beaucoup, comme dans La Toblerone, où tout en grimpant une montagne, une jeune femme se souvient de son père et se débarrasse du poids de sa mère malade. Et la plupart ne savent pas se parler - le couple d'Entre les mots, aux prises avec une grossesse non désirée, est incapable de se dire les vraies choses - ou communiquent mal, sont imprécis ou de mauvaise foi. La palme revenant ici à l'ado boudeuse d'Emmène-moi jouer au baseball, parfait récit familial qui en cache un autre.

Surprenant et n'allant jamais où on l'attend, Quand le corps cède se termine en force avec la scène de l'agonie d'un grand-père à l'hôpital, qui donne la parole au mourant et à son petit-fils. Une courte nouvelle bouleversante de vérité, aussi émouvante que dépouillée - un qualificatif qu'on pourrait d'ailleurs accoler à l'écriture du livre au complet.

Voilà une auteure qui maîtrise le genre, qui sait bien raconter sans donner toutes les clés et qui est dotée d'un grand sens du punch et du dialogue. Naviguant habilement entre l'humour, la détresse et toutes les nuances des sentiments, Quand le corps cède possède un charme vénéneux franchement réjouissant. Une belle découverte.

* * * 1/2

Quand le corps cède. Madeleine Allard. Hamac, 142 pages.

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