L'hiver à Cape Cod: éloge de la fuite ***

Pierre Gobeil: «Pour moi, L'hiver à Cape Cod... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Pierre Gobeil: «Pour moi, L'hiver à Cape Cod n'est surtout pas un livre sur les difficultés d'apprentissage, sur le déficit d'attention et le Ritalin, l'école, le rôle des parents...C'est avant tout un texte.»

Photo: André Pichette, La Presse

Depuis 1988, Pierre Gobeil poursuit une oeuvre discrète mais qui résiste au temps, et qui a cette qualité rare d'imprégner la mémoire. De Tout l'été dans une cabane à bateau, premier roman sur les amours de jeunesse, à cet Hiver à Cape Cod, qu'il vient de faire paraître, de La mort de Marlon Brando, récit d'une enfance noyée, au Jardin de Peter Pan, l'histoire d'un père qui ne sait plus écrire, Pierre Gobeil vogue sur les mêmes eaux troubles, posant sur l'existence le même regard buté de celui qui cherche des réponses à des questions qui n'en ont pas.

Dans L'hiver à Cape Cod, il nous raconte ses mois passés avec son fils Peter, en 2008, loin de l'école, du pénible quotidien de cet élève aux prises avec de grosses difficultés d'apprentissage. Dès septembre, rien n'allait plus pour son fils adoptif, son «fils de Port-au-Prince», «diagnostiqué dyslexique et dysorthographique avec déficit d'attention dès sa maternelle». À mi-chemin d'un semestre scolaire qui s'annonce catastrophique, le père décide donc de sortir Peter de l'école et de partir au loin. Direction: Cape Cod. Là-bas, ils trouveront bien une maison à louer, une plage où faire courir le chiot fou dont ils doutent de venir un jour à bout. Pendant que la mère continuera de travailler au Québec, le père, lui, jouera le rôle du professeur.

C'est une histoire vraie que nous raconte ici l'auteur de Dessins et cartes du territoire (Grand Prix du livre de Montréal 1993). Cette expérience, il l'a vécue. Il a sorti son fils de l'école. Il a menti, prétexté une bourse imaginaire remise par une association d'auteurs américaine tout aussi imaginaire, pour justifier son départ. Et il est parti, pour vrai, un jour de tempête, n'en pouvant plus de voir son garçon perdre ses amis aussi vite que sa confiance en lui.

Cette expérience dont il a fait son livre n'est pas sans rappeler celle de David Gilmour qui, dans L'école des films, racontait son année passée à regarder des DVD avec son ado décrocheur. Mais contrairement à Gilmour, ce sont davantage à ses questions à lui, que nous confronte Gobeil, qu'aux difficultés de son fils. Pourquoi sommes-nous si exigeants envers les enfants? Pourquoi l'école est-elle si rigide? Pourquoi les pères ne sont-ils plus capables d'autorité? Pourquoi tant de jeunes sont-ils en difficultés - échec scolaire, décrochage, suicide...? Pourquoi ne laissons-nous pas le temps au temps et les choses suivre leur cours? En fait-on trop? Ou pas assez? «C'est terrible de marcher sur une corde raide et de ne jamais savoir», écrit-il. Terrible de reconnaître qu'on a beau être le parent le mieux intentionné du monde, certaines choses nous échappent complètement. Et que parfois, la vie est comme «une fuite d'eau (qu'on) essaie de retenir avec les mains».

Autres quêtes

Avant même de partir vers le Sud, Gobeil savait que cette aventure deviendrait un livre. Mais attention. Pas un essai, ni un pamphlet, ni un réquisitoire. Il a beau s'être inspiré directement de son expérience, «la littérature comme telle est forcément une fiction», ainsi qu'il le disait déjà lors d'une entrevue parue lors de la sortie de La cloche de verre, en 2005.

«Je suis d'abord écrivain, rappelle Gobeil. Pour moi, L'hiver à Cape Cod n'est surtout pas un livre sur les difficultés d'apprentissage, sur le déficit d'attention et le Ritalin, l'école, le rôle des parents... C'est avant tout un texte.» Comme Chagrin d'école, ce livre de Daniel Pennac qui a inspiré Gobeil. En écrivant son récit, pendant ces froides journées passées dans une maison louée qu'on aurait dite hantée, près d'une plage déserte, entre les promenades avec Nouki, le chiot indomptable, entre les cours de batteries de Peter, c'est comme si l'encre de l'écrivain venait fixer l'expérience comme le vinaigre blanc fixe les couleurs.

Trois ans après cet hiver marquant («écrire me prend du temps, dit-il en souriant. C'est toujours très long...»), son garçon n'est peut-être pas devenu un premier de classe, mais il a repris confiance en lui, et le père et le fils se sont rapprochés. La vie a repris son cours, dans une autre école. Et Gobeil a pu passer à d'autres quêtes.

Dans son prochain roman, il entend remonter dans son arbre généalogique, revisiter sa campagne à Chicoutimi, son enfance, mais aussi celle de ses parents, de ses aïeux. «On a tendance depuis trop longtemps à penser qu'on se fait tout seul. Mais on est le résultat d'une société, d'un cheminement. On est une grande chaîne. Et j'aimerais bien parler de ça. De mon chemin. Des miens.»

L'hiver à Cape Cod

Pierre Gobeil

Septentrion, collection Hamac, 2011, 207 pages

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