Emmanuelle Walter et Philippe Ducros: road trip dans le Nord

Pour écrire Le centre du monde - Une virée en Eeyou... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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Pour écrire Le centre du monde - Une virée en Eeyou Istchee Baie-James avec Roméo Saganash, la journaliste Emmanuelle Walter est montée à bord d'un pick-up en compagnie du député cri et de son adjoint, Marc Gauthier. Un périple aller-retour de Val-d'Or à Radisson qui a duré huit jours.

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Alors que se tient au pays une enquête nationale sur les femmes autochtones et qu'au Québec, on réclame une enquête sur le comportement des policiers à leur endroit, deux auteurs ont parcouru les vastes territoires du Nord-du-Québec à la rencontre de ses habitants. Entrevues croisées.

C'est sur le plateau d'une émission de Radio-Canada qu'Emmanuelle Walter, auteure de Soeurs volées, un essai important sur la disparition de femmes autochtones, a croisé le chemin du député du NPD Roméo Saganash. «Il m'avait lancé: "Bienvenue au Québec!" en cri et j'avais trouvé ça sympathique», raconte la journaliste rencontrée cette semaine pour la sortie de son nouveau livre, Le centre du monde.

«J'avais entendu parler de lui en lisant une chronique de Pierre Foglia pendant la campagne de 2011, poursuit cette Française qui vit au Québec depuis six ans. Sa circonscription comprend 54 % du territoire du Québec, c'est hallucinant! Je me suis dit: "Pourquoi ne pas faire quelque chose avec lui?"»

La journaliste est donc montée à bord d'un pick-up en compagnie du député cri et de son adjoint, Marc Gauthier. Un périple aller-retour de Val-d'Or à Radisson qui a duré huit jours. «Mon livre n'est pas une enquête exhaustive, précise l'auteure, c'est un portrait impressionniste.»

Une renaissance

En parcourant ce vaste territoire, Emmanuelle Walter a pu constater les nombreux acquis de la nation crie. «Ils ont créé quelque chose d'extraordinaire, note-t-elle, comme le droit d'enseigner le cri comme langue unique jusqu'à l'âge de 8 ans. Ils se sont réapproprié leur culture, l'ont revitalisée. Ils font vivre le territoire qui a précédé l'exploitation. On l'entend dans leur récit, quand on veut bien les écouter. Ils parlent d'avant, d'un territoire inviolé qu'ils vivent encore. C'est un gain psychique et politique essentiel, à mon avis, d'être en train de retrouver le territoire initial même s'il a été transformé.»

La journaliste a également été soufflée par l'expérience politique mise en place dans le Grand Nord. «La découverte du gouvernement régional paritaire [Jamésiens et Cris assis autour de la même table] a été pour moi un objet de surprise, avoue-t-elle. Ç'avait été présenté comme quelque chose de très plate alors que cette nouvelle gestion de la Baie-James est unique et très forte symboliquement.»

Mais, malgré toutes ces avancées, les problèmes sociaux persistent. 

«L'argent ne fait pas le bonheur. Les compensations financières n'ont pas tout réglé. Tant que la parole officielle ne reconnaîtra pas ce que les autochtones ont vécu, il n'y aura pas de guérison. Il faut nommer les choses.»

La journaliste fonde beaucoup d'espoir dans la nouvelle génération, en particulier les jeunes femmes. «Je pense aux quatre filles d'Idle No More - Natasha Kanapé Fontaine, Melissa Mollen-Dupuis, Widia Larivière, Maïtée Labrecque-Saganash -, qui sont brillantissimes. Voilà une nouvelle génération hyperactive, à cheval sur deux cultures, déterminée à agir, à trouver des solutions. Elles sont dans une position offensive, mais elles sont animées d'une volonté de réconciliation.»

Transcender les témoignages

L'homme de théâtre Philippe Ducros arrive sensiblement à la même conclusion qu'Emmanuelle Walter dans La cartomancie du territoire, un texte théâtral qui raconte son road trip en terre autochtone. «Avant qu'il y ait une réelle guérison, il faudrait reconnaître ce qui s'est passé, croit-il. Or il y a encore un discours animé par la haine à l'endroit des autochtones.»

L'auteur et metteur en scène a l'habitude des longs séjours d'observation. Il a visité le Congo, la Palestine, Israël. «Le souci de ma compagnie Hôtel-Motel est de sortir le spectateur québécois, habitué au théâtre identitaire, des cuisines. J'essaie de créer un dialogue.»

Sur le terrain, il adopte toujours la même approche, soit observer, noter puis travailler ses carnets de voyage, les sculpter afin de les transformer en texte théâtral. 

«J'essaie de sublimer le côté journalistique, de parler de l'invisible, de l'indicible.»

Pendant un mois, Philippe Ducros a donc parcouru le territoire des 11 nations autochtones du Québec, appliquant la même démarche qu'il utilise à l'étranger. Il voulait parler de racisme systémique, mais a constaté que son implication n'était pas la même puisqu'il n'était plus seulement l'étranger qui observait. Il faisait en quelque sorte partie du problème. «On ne peut pas se positionner complètement à l'extérieur, souligne-t-il, puisqu'on fait partie du système d'oppression.»

Il dit être revenu de son périple avec un sentiment ambigu. «De la tristesse, de la colère et aussi une grande admiration pour ces gens qui ont malgré tout survécu à un génocide culturel.»

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Le centre du monde - Une virée en Eeyou Istchee Baie-James avec Roméo Saganash. Emmanuelle Walter. Lux, 146 pages.

La cartomancie du territoire. Philippe Ducros. Atelier 10, 93 pages.

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