Lucien Francoeur : pour le meilleur et pour le pire

Lucien Francoeur... (Photo: archives La Presse)

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Lucien Francoeur

Photo: archives La Presse

Certains le voient comme un héros de la contre-culture «made in Quebec»; d'autres, comme un imposteur.

Il se présente comme un «bum», mais ça ne l'a pas empêché de faire son smatte sur les ondes de CKOI et de faire des annonces pour Burger King. Son oeuvre littéraire et musicale est admirée par certains, mais dénigrée par d'autres, qui le voient comme un sous-produit joualisant de Jim Morrison.

Qui est vraiment Lucien Francoeur, personnage contesté de notre scène culturelle depuis quatre décennies?Grande question, en vérité. Car l'homme est tout cela et plus encore. Rockeur. Poète. Bum. Vendu. Prof de cégep. Animateur de radio. De télé. Opinioniste. Multiple. Ambigu. Paradoxal. Insaisissable.

Selon Charles Messier, qui vient de lancer une biographie sur le rockeur-poète (Francoeur, le rockeur sanctifié, chez VLB) cet éparpillement est probablement la raison pour laquelle la «bibitte» Francoeur n'a jamais fait l'unanimité.

«Les gens n'ont jamais vraiment su où le placer, explique l'auteur de 31 ans. Pour le monde ordinaire, c'est un marginal. Pour les marginaux, c'est le gars qui vendait des Whoppers. Personnellement, je pense que c'est un vrai délinquant à la base. Mais on dirait que pour se faire aimer, il s'est senti obligé de mettre un pied dans le populaire. Le fait qu'il ne se soit jamais investi dans un domaine complètement n'a sûrement pas aidé. Mais en même temps, il dit lui-même que s'il n'avait fait qu'une seule chose, il aurait atteint ses limites.»

N'en déplaise à ses détracteurs, ce côté éclectique, voire dissipé, a quand même débouché sur de bonnes choses.

Avec le groupe Aut'Chose, au milieu des années 70, Francoeur a notamment gravé quelques classiques absolus du rock québécois, comme J't'aime pis j'te veux et Nancy Beaudouin ou Le Freak de Montréal. En solo, quelques années plus tard, il a connu le succès radio avec son fameux Rap à Billy, une chanson qui a résonné jusque dans les palmarès français.

Mais c'est avec la littérature, croit Messier, que Francoeur a vraiment tiré son épingle du jeu. En 40 ans, celui-ci a lancé près de 30 recueils de poésie. Certains lui ont valu des honneurs, dont Les rockeurs sanctifiés, lauréat du Prix Émile-Nelligan en 1983. D'autres, aujourd'hui introuvables, l'ont carrément imposé comme une icône de la contre-culture québécoise des années 70, pas trop loin de Denis Vanier, Patrick Straram ou Claude Péloquin. Pas étonnant que ses textes soient aujourd'hui repris dans les manuels scolaires. «À mon avis, c'est là qu'il a été le plus abouti, affirme Messier. Pour ceux qui s'intéressent à cette période importante, il est essentiel.»

Sexe, drogue et rock'n'roll

Messier sait de quoi il parle. C'est par la poésie qu'il a d'abord flashé sur Francoeur, au point de lui consacrer une thèse de maîtrise. «La première au Québec!», lance-t-il. De fil en aiguille, il est ensuite devenu son biographe officiel, un job à temps partiel qui lui a pris plus de sept ans de recherche et d'écriture.

Le principal intéressé lui a ouvert tout grands ses albums photo, son carnet de contacts et les portes de la perception de sa mémoire d'ancien dopé. Il ne lui a rien caché de ses périodes d'excès - sexe, drogues, rock'n'roll, méthadone et autres amitiés avec les Hells. Tout cela est raconté noir sur blanc dans le bouquin, quoiqu'un peu en surface.

L'auteur lui-même admet qu'il aurait aimé en dire plus, mais qu'il s'est retenu pour «protéger les proches». Malgré tout, il se dit globalement «satisfait du résultat».

Même si l'aventure n'a pas toujours été de tout repos (le prix à payer, dit-il, pour «travailler avec un rebelle et un poète»), Messier est content d'avoir connu l'homme derrière le personnage. Au-delà de la personnalité publique, il a découvert un artiste vulnérable, échaudé par l'acharnement de la critique et usé par des années de consommation.

Charles Messier espère au moins que sa biographie réhabilitera Francoeur le poète et lui redonnera sa juste place dans le paysage culturel québécois. Éparpillé, certes. Souvent contesté. Mais incontournable, pour le meilleur et pour le pire.

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Francoeur, le rockeur sanctifié. Charles Messier. VLB, 128 pages.




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