L'horreur, «plaisir coupable»?

En août dernier, les éditions Alire ont annoncé... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE)

Agrandir

En août dernier, les éditions Alire ont annoncé que leur auteur-vedette Patrick Senécal avait vendu plus de 1 million d'exemplaires de ses livres.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

La littérature d'horreur peut compter sur son lot de fidèles au Québec, enregistrant des ventes souvent impressionnantes. Qu'est-ce qui explique cet engouement? Nous avons posé la question à des spécialistes.

En août dernier, les éditions Alire ont annoncé que leur auteur-vedette Patrick Senécal avait vendu plus de 1 million d'exemplaires de ses livres. La peau blanche et La mémoire du lac, deux romans de Joël Champetier qui jonglent avec la peur et le suspense, ont quant à eux dépassé les 9000 exemplaires chacun, un chiffre de vente «remarquable», selon le directeur éditorial de la maison Jean Pettigrew, «si on considère comme best-seller au Québec un livre qui atteint 5000 ventes».

«Je pense qu'on consomme beaucoup de littérature d'horreur au Québec, même si j'ai l'impression qu'on est un peu gênés de dire qu'on aime ça parce que l'horreur est fondamentalement violente, noire et glauque. C'est un peu comme un plaisir coupable, je dirais», estime Pierre-Alexandre Bonin, libraire chez Monet et grand lecteur d'horreur, spécialiste de Stephen King.

L'engouement anglo-saxon pour le genre, dès les années 80, s'est globalisé à l'échelle des différentes littératures nationales, notamment sous l'impact des nombreuses adaptations cinématographiques, soutient Antonio Dominguez Lieva, professeur de littérature à l'UQAM. «Stephen King, figure majeure du boom des horror paperbacks a fait des petits partout, [...] jusqu'ici, où il y a eu, je crois, un véritable "effet Patrick Senécal"».

Les effets d'imitation et les politiques éditoriales de maisons d'édition qui se sont investies dans le genre, ajoute-t-il, ont ainsi permis sa prolifération. «Au-delà des oeuvres qui s'inscrivent explicitement dans le genre, il y a aussi tout un effet d'essaimage d'un imaginaire horrifique que l'on retrouve dans quantité d'oeuvres québécoises qui le déconstruisent et le reconfigurent, d'Arvida, de mon collègue et ami Samuel Archibald, au Cadavre de Kowalski, de Vincent Brault», note Antonio Dominguez Lieva.

Antonio Dominguez Lieva, professeur de littérature à l'UQAM... (PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK) - image 2.0

Agrandir

Antonio Dominguez Lieva, professeur de littérature à l'UQAM

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

La recherche de sensations fortes

Souvent liée au roman noir, au thriller, au fantastique ou à la science-fiction, la littérature d'horreur aborde des thématiques variées - de la peur du noir à l'arachnophobie, en passant par les tueurs en série... Chez certains éditeurs, comme Alire, on ne la catégorise pas dans un genre, mais plutôt comme une «couleur qui imprègne un texte».

Ce qui est toutefois universel et fondamental dans la littérature d'horreur, suggère Pierre-Alexandre Bonin, c'est que le lecteur puisse ressentir la peur du protagoniste par procuration.

«On vit dans une société hyper sécurisée et hyper sécuritaire où on n'a plus cet instinct de survie. Toutes nos peurs - peur du noir, des animaux sauvages - ont été évacuées, mais je pense que, fondamentalement, l'être humain a besoin de temps en temps d'avoir peur et de ressentir cette adrénaline», affirme-t-il.

«Pour moi, on est dans le même registre que les gens qui pratiquent des sports extrêmes pour éprouver les sensations fortes, qui vont faire les manèges les plus intenses et rechercher cette adrénaline. Je pense que le roman d'horreur va aller chercher les mêmes sensations.»

«"L'émotion la plus forte et la plus ancienne de l'humanité, c'est la peur, et la peur la plus ancienne et la plus forte est celle de l'inconnu", écrivait Lovecraft dans Épouvante et surnaturel en littérature», souligne de son côté Antonio Dominguez Lieva.

Pour le célèbre auteur Stephen King, le roman... (Photo François Mori, archives Associated Press) - image 3.0

Agrandir

Pour le célèbre auteur Stephen King, le roman d'horreur permet de montrer l'horreur quotidienne sous un nouveau jour.

Photo François Mori, archives Associated Press

La littérature d'horreur permettrait selon lui de confronter cette terreur fondatrice sans y succomber, «voire même de la maîtriser», un peu comme les enfants qui jouent progressivement à dominer leurs craintes d'abandon, de claustration, de dévoration.

Un effet de catharsis

Pierre-Alexandre Bonin tient à souligner que pour Stephen King, qui a abondamment théorisé sur le thème, le roman d'horreur permet de montrer l'horreur quotidienne sous un nouveau jour. 

«Le monstre n'est pas seulement une créature imaginaire, il peut très bien être humain. Ça nous permet de nous réconcilier un peu avec ce qu'on voit aux nouvelles. C'est vraiment un effet de catharsis.»

«Il y a des lecteurs qui n'aimeront pas l'horreur, ajoute-t-il, qui n'y seront pas sensibles ou avec qui ça ne fonctionnera pas. Mais pour ceux qui accrochent, ils en redemandent.»




publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer