Lola Lafon: manifeste de la jeune fille

Lola Lafon... (Photo Lynn S.K., fournie par Actes Sud)

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Lola Lafon

Photo Lynn S.K., fournie par Actes Sud

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Après s'être glissée dans la peau de la gymnaste Nadia Comaneci dans La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon nous entraîne cette fois en Californie, en marge du procès de Patty Hearst, petite-fille du magnat William Randolph Hearst, kidnappée par l'Armée de libération symbionaise (ALS) en 1974.

Mercy, Mary, Patty, de Lola Lafon... (IMAGE FOURNIE PAR ACTES SUD) - image 1.0

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Mercy, Mary, Patty, de Lola Lafon

IMAGE FOURNIE PAR ACTES SUD

Retenue en otage, la jeune femme, qui se fait désormais appeler Tania, aurait adhéré aux principes de ses kidnappeurs et mené auprès d'eux certaines actions «terroristes». Elle sera libérée neuf mois plus tard, condamnée à sept ans de prison, sortira après deux, puis obtiendra un pardon du président Bill Clinton.

Fascinée par ce personnage qui a profondément marqué la société américaine, Lola Lafon imagine une sociologue qui, embauchée par la famille Hearst, doit rédiger un rapport sur ce qui a pu motiver la jeune fille à rompre ainsi avec son milieu.

Cette sociologue embauchera à son tour une jeune Française qui, pendant quelques semaines, l'aidera dans ses recherches, une expérience qui sera déterminante dans sa vie.

Nous nous sommes entretenue avec Lola Lafon, qui signe avec Mercy, Mary, Patty un roman brillant qui parle de transmission et d'identité féminines. Entretien en six temps.

Patty Hearst... (PHOTO D’ARCHIVES) - image 2.0

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Patty Hearst

PHOTO D’ARCHIVES

PATTY HEARST

«On ne sait jamais vraiment soi-même pourquoi on écrit sur un sujet ou sur un autre. Je suis tombée sur cette photo de Patty Hearst alors qu'elle était Tania. Elle est coiffée d'un béret et tient une mitraillette. Cette photo m'a à la fois fascinée et gênée. Fascinée parce qu'elle dégageait beaucoup de charisme. Cette image a d'ailleurs été reprise partout dans les médias et jusque dans les défilés de mode. Cela parle beaucoup du pouvoir de l'image.

«J'ai été gênée parce que j'ai commencé à travailler sur ce roman tout de suite après les attentats de Paris et qu'après ces évènements, l'idée que cette image, avec la mitraillette, puisse être romantique a complètement disparu. C'est tout simplement impossible.»

LA SOCIOLOGUE

«Le personnage de la sociologue Gene Neveva est une pure fiction. J'avais en tête une intellectuelle à la Susan Sontag, quelqu'un qui travaille avec des images, comme le faisait Sontag.

«Elle est la personne qui veut tout questionner, qui n'est pas régie par ce qui est bien ou mal. Elle est paradoxale, car d'un côté, c'est une ancienne militante, mais de l'autre, elle accepte de rédiger un rapport pour le compte de la famille Hearst. Elle embauche la jeune Violaine, avec qui elle est impitoyable. Mais en même temps, elle permet à la jeune fille de développer son esprit critique. À travers son regard, on voit de quelle manière la société américaine a voulu remettre Patty Hearst à sa place.»

LA JEUNE FILLE

«Violaine, c'est la figure de la jeune fille. Quand elle prend connaissance du message de Patty Hearst, elle le reçoit et le comprend parfaitement. L'idéalisme de Hearst trouve un écho en elle. Elle est également le relais entre Gene Neveva et les jeunes étudiantes qu'elle rencontrera plus tard, lorsqu'elle sera devenue adulte. C'est une figure de transmission.»

LE MESSAGE

«Il y a un côté terriblement actuel au message transmis par Patty Hearst, cette figure de la jeune fille qui expose les travers du capitalisme. Elle fait peur, elle fait un choix incompréhensible, c'est un monstre social, car elle rejette tout ce qu'on est censé désirer. D'ailleurs, à l'époque, face à sa popularité auprès des jeunes, l'État américain a eu peur de la contagion. Ensuite, ce qui m'a fascinée dans la réaction de la presse et de l'entourage au kidnapping de Patty Hearst, c'est que la seule explication possible pour expliquer son geste a été le lavage de cerveau. Ça ne pouvait pas être autre chose, on ne pouvait pas imaginer que cette jeune femme pense par elle-même, elle devait être une victime, sinon c'était insoutenable.»

LA CRITIQUE

«Le personnage de la sociologue, c'est aussi la critique féministe des mouvements de gauche, mouvements au sein desquels les femmes se retrouvaient souvent à préparer le café. Ça m'intéressait d'aller fouiller ça. Gene Neveva est là pour détruire le mythe de l'image révolutionnaire, c'est sa fonction. Elle est également là pour analyser le personnage de Patty Hearst, lui redonner un sens. Alors que Violaine, elle, représente l'innocence, l'ignorance. Quant au discours de Patty Hearst, quand on y réfléchit, elle ne disait rien de bien extraordinaire. Elle découvre la pauvreté, les inégalités, et les dénonce. Mais elle le fait dans une société incapable d'admettre que le capitalisme n'est pas le rêve absolu. Et puis, elle a flirté avec le communisme, et ça, ça ne passe pas aux États-Unis.»

L'ÉCRITURE

«Oui, j'ai été militante et proche des mouvements anarchistes. Je ne me sens pas différente de ce que j'étais plus jeune. Le monde ne s'est pas amélioré. Bien sûr, quand on est un peu connue, c'est plus difficile, vous ne pouvez pas faire les mêmes choses. Mais j'aime bien, encore, participer à certains mouvements. Bien sûr, l'écriture est un formidable outil, mais j'aime la littérature et je ne veux pas l'instrumentaliser. J'écris avec ma tête, je m'efforce de ne jamais proposer de réponses, seulement des questions.»

Mercy, Mary, Patty

Lola Lafon

Actes Sud, 234 pages




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