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Romans québécois: nouveaux modèles, nouvelles voix

Quatre romans québécois parus au cours de l'automne... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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Quatre romans québécois parus au cours de l'automne qui ont attiré notre attention par la quête existentielle qu'ils portent et les rapports troubles des personnages à la sexualité et à l'identité.

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Josée Lapointe

Quatre romans québécois parus au cours de l'automne qui ont attiré notre attention par la quête existentielle qu'ils portent et les rapports troubles des personnages à la sexualité et à l'identité. Des livres crus, poétiques, métaphoriques, qui brossent un portrait assez juste d'une jeune génération à la recherche de nouveaux modèles.

Prague, de Maude Veilleux (Hamac): couple nouveau genre

La narratrice de Prague, deuxième roman de la poète Maude Veilleux, est mariée et entretient une relation avec un collègue de travail. Mais au fur et à mesure qu'elle écrit ce livre, son couple, qui est officiellement ouvert, vacille alors qu'elle s'enfonce dans son autre histoire.

Avec ses scènes de sexe très crues, Prague pose des questions sur la transgression des normes et sur leurs limites, porté par la parole d'une femme qui n'a pas peur des tabous et qui parle autant de désir et d'amour que de solitude et de bisexualité. Et surtout de création et de fiction, puisqu'au bout du compte, c'est l'écriture qui est le moteur de ce récit, autofiction qui ne s'assume pas toujours - pourquoi écrire de l'autofiction en 2016, 10 ans après Nelly Arcan? demande la narratrice -, mais qui préfère l'absence de représentation à l'invention de personnages.

Récit intime, troublant, parfois dérangeant, souvent narcissique, Prague est un livre qui ne se laisse pas aimer facilement, mais qui vient modifier légèrement notre perception de ce que peut être un couple aujourd'hui. Pas facile de redéfinir les modèles, manifestement.

Des femmes savantes, de Chloé Savoie-Bernard (Triptyque): cru et poétique

Nelly Arcan est aussi une référence pour Chloé Savoie-Bernard, tout comme Sylvia Plath, dans la première nouvelle de ce recueil assez brûlant en lice pour le Prix littéraire des collégiens. Deux écrivaines au destin tragique que la jeune Coralie considère comme ses «mères» parce qu'elle se sait différente des autres filles, parce qu'elle flirte avec la folie.

Ce texte donne le ton aux 14 nouvelles de ce livre qui montre du sexe assez explicite et une certaine violence dans les rapports sociaux et interpersonnels, qui parle de jalousie, d'amour fou et d'automutilation, et où liberté pure et désir de conformisme se côtoient.

Dans une langue contemporaine, crue et proche de l'oralité, ce deuxième livre de Chloé Savoie-Bernard, une auteure à la voix déjà affirmée, raconte des jeunes femmes affranchies mais pas tant que ça, en quête d'amour et de sensations fortes, à la vie intérieure riche, mais souvent bien seules. Un livre frontal qui ne fait pas de quartier, poétique, moderne, et un peu désespérant.

Coco, d'Antoine Charbonneau-Demers (VLB): brouiller les pistes

Lauréat du prix Robert-Cliche au début de l'automne, Coco est sûrement le livre plus onirique de cette sélection. Roman d'apprentissage qui raconte le parcours d'un jeune ado qui, dans son «racoin du monde», devient l'élève et le protégé de Marie-Thérèse Lambert, «grande actrice» qui a connu la gloire à New York sous le nom de Kamelia Kaze.

Jeu de chat et de souris plutôt malsain entre un élève et sa prof, portrait touchant d'un jeune adolescent qui tente de trouver sa place par rapport au «Choeur des Hommes beaux, grands et forts», voyage déjanté dans un récit qui n'a pas peur de brouiller les pistes entre la réalité et le rêve, Coco a de la gueule et du front.

C'est également un très bel hommage au théâtre, à ses excès et à son vertige, et on en ressort convaincu d'avoir fait la rencontre d'un jeune auteur au style déjà assumé, dont l'univers fait penser à celui de Simon Boulerice. Une belle découverte et un prix mérité, mais un livre qui demande tout de même au lecteur un certain abandon pour l'apprécier vraiment.

Okanagan, de Sara Lazzaroni (Leméac): devenir adulte

Sara Lazzaroni n'est jamais aussi bonne que lorsqu'elle parle de jeunes adultes en quête d'eux-mêmes. Après Patchouli, premier roman très réussi, et un passage à vide dans le suivant, Veiller la braise, elle propose avec Okanagan le voyage intérieur de Léa, qui quitte Québec pour aller cueillir des cerises dans l'Ouest canadien. Elle laisse derrière elle un travail dans un centre pour personnes âgées et une peine d'amour pour aller vivre la bohème avec son groupe d'amis, faire le plein de rencontres et de fêtes, entre l'insouciance de la jeunesse et la recherche d'un sens à sa vie. Ou plutôt, à la vie en général.

Roman au spleen assumé - même les scènes joyeuses sont traversées par une certaine mélancolie -, Okanagan respire le désir de liberté sans concession et montre que même si les générations et les modes passent, l'entrée dans l'âge adulte reste un passage empreint de doutes et d'angoisse.

Tout en images poétiques et en intériorité, Sara Lazzaroni a un don pour parler de cette période fragile et solitaire, qui fait d'elle une écrivaine aussi sensible que perspicace.




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