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Henning Mankell: le deuil d'un écrivain engagé

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Par son oeuvre, l'auteur suédois Henning Mankell n'a eu de cesse de dénoncer les injustices sociales.

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Décédé hier à l'âge de 67 ans, le Suédois Henning Mankell laisse un vide dans le milieu littéraire où il s'est démarqué à titre d'écrivain engagé, se servant de l'écriture comme d'une arme pacifique pour dénoncer les injustices sociales.

Grand voyageur, passionné d'histoire, le père de Kurt Wallander - l'un des enquêteurs les plus célèbres des 20 dernières années - n'est pas parvenu à vaincre le cancer dont il avait appris l'existence en janvier 2014, et qu'il avait choisi de divulguer.

«Personne ne devrait être seul face à son cancer, ses espoirs et ses peurs», a écrit Henning Mankell dans The Guardian, l'an dernier, alors qu'il avait entamé ses traitements de chimiothérapie et entrepris de raconter sa lutte contre la maladie dans le quotidien britannique.

Le diagnostic l'avait ébranlé, l'attente, fragilisé. Pour surmonter cette terrible épreuve, l'écrivain s'était remis à écrire. Ses réflexions et ses angoisses, doublées des souvenirs de jeunesse qui ont refait surface au cours de cette période, sont consignées dans Sable mouvant - Fragments de ma vie, qui sera en librairie au Québec la semaine prochaine - plus tôt que prévu.

Le testament d'une vie

Au-delà de sa peur de mourir et de sa crainte d'être oublié, Henning Mankell y expose sa vision du monde, son opposition à l'énergie nucléaire, sa grande passion pour l'histoire. Mais surtout, la nécessité selon lui de prendre position lorsqu'on possède le privilège de choisir.

«Nous sommes tous des êtres politiques», écrit-il, fidèle aux convictions qui ont modelé son oeuvre.

Si Henning Mankell doit sa notoriété avant tout à sa série de romans policiers, l'écrivain s'est plus d'une fois retrouvé au coeur de l'actualité, entre autres pour avoir fait partie, à deux reprises, d'une flottille internationale tentant d'acheminer de l'aide humanitaire à Gaza.

Il n'a pas hésité non plus à s'exprimer dans des quotidiens comme Haaretz pour souligner son désaccord avec le blocus israélien, ou se servir de ses romans pour dévoiler les travers de la société.

Livre quasi posthume, le dernier ouvrage de l'écrivain suédois est le point final d'une vie où la littérature n'a jamais cessé d'être un vecteur de communication, et où chaque geste aspirait à améliorer notre condition d'être humain.

ENTRE POLARS ET THÉÂTRE

Traduite en plus d'une trentaine de langues, la série Wallander, située à Ystad, en Scanie, province du sud de la Suède, a été transposée au petit écran, notamment par la BBC. Elle a par ailleurs permis à la petite ville d'acquérir une notoriété internationale en attirant, depuis la fin des années 90, des milliers de fans du monde entier.

Henning Mankell est aussi l'auteur de livres pour jeunes et de pièces de théâtre. Il a passé plus de la moitié de sa vie entre la Suède et l'Afrique, où il a travaillé pendant 30 ans au théâtre Avenida de Maputo, au Mozambique.

Sable mouvant - Fragments de ma vie (Seuil) sera en librairie le 14 octobre.

Henning Mankell en cinq romans

Meurtriers sans visage

Premier roman de la série Wallander, paru en Suède en 1991, Meurtriers sans visage révèle un commissaire taciturne et solitaire, empêtré dans ses problèmes familiaux, qui deviendra le héros de dix autres enquêtes policières. Le meurtre sauvage d'un couple de vieux fermiers en Scanie, dans le sud de la Suède, expose la xénophobie croissante qu'Henning Mankell découvre à son retour d'Afrique, à la fin des années 80. «À mes yeux, le racisme est un crime, donc il relève de la police. Qui dit police dit enquête, qui dit enquête dit officier de police... L'urgence à mes yeux était le sujet, pas le personnage», confiait-il en 2013 à l'hebdomadaire français Le Figaro littéraire.

Profondeurs

Ce drame psychologique plonge dans les abysses du mensonge et s'inscrit sans contredit comme l'un des grands romans de l'écrivain, passionné d'histoire. En 1914, un officier de la marine suédoise, chargé de sonder les profondeurs de la mer Baltique, devient obsédé par une femme qui vit seule sur une île au large des côtes. Le capitaine s'enfonce rapidement dans une double vie. Tout le génie d'Henning Mankell tient au fait qu'il parvient à nous tenir en haleine tout au long de la descente aux enfers du capitaine, qui finit par sombrer dans la folie. Le suspense est haletant, le roman, bouleversant.

L'oeil du léopard

Avec Un paradis trompeur, c'est l'un de ses romans essentiels consacrés à l'Afrique. L'écrivain se sert de deux personnages suédois, établis sur le continent à deux périodes différentes du XXe siècle, pour dénoncer l'injustice et le racisme qui sévissaient au sein des sociétés coloniales. Dans L'oeil du léopard, Hans Olofson quitte son Norrland natal pour la Zambie, dans les années 60, où il fait face à la peur viscérale des Blancs envers les Noirs. En 1904, au Mozambique, l'héroïne d'Un paradis trompeur découvre pour sa part que cette peur est réciproque, malgré tous ses efforts pour abattre les frontières raciales.

Le Chinois

Henning Mankell se sert de ce roman policier mettant en scène une juge d'Helsingborg pour révéler la face cachée de l'empire du Milieu, dont il a pu constater les machinations obscures sur le continent africain. Après le massacre de 19 personnes en Suède, Birgitta Roslin remonte la piste de son enquête jusqu'en Chine. Ce qu'elle découvre est au-delà de ce que l'on pourrait imaginer. «Je suis effrayé de voir comment les Chinois se comportent en Afrique. Ils me font l'effet de nouveaux colonisateurs», avait dit l'écrivain en entrevue avec Le Nouvel Observateur à la parution du livre en français, en 2011.

Tea-Bag

Publié en 2001 en suédois, six ans plus tard en français, ce roman est plus que jamais d'actualité dans le contexte actuel de la crise des migrants. Henning Mankell raconte l'histoire - fictive, mais brûlante de vérité - de trois jeunes femmes qui ont quitté leur pays d'origine dans l'espoir de se construire un avenir meilleur en Suède. Devant l'impossibilité de s'intégrer à leur société d'accueil, la facilité de se greffer à des microcosmes parallèles leur apparaît comme l'unique solution. L'écrivain engagé y manifeste une fois de plus son désir de sortir de l'ombre les nombreux laissés-pour-compte qui peuplent l'Europe.

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