Critique

Millénium 4: Lisbeth Salander est de retour

Ce qui ne me tue pas, le quatrième... (PHOTO MIGUEL MEDINA, AFP)

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Ce qui ne me tue pas, le quatrième tome de la saga Millénium.

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(PARIS) Dans Ce qui ne me tue pas, le quatrième tome de la saga Millénium publié cette semaine par Actes Sud, écrit par un autre auteur que les trois premiers, celui-ci étant mort il y a 11 ans, la redoutable minuscule hacker tatouée nous en met plein la vue. Elle est plus caricaturale, plus prévisible, encore plus bédéesque qu'avant, mais elle est en pleine forme, fâchée comme toujours et prête à tout pour empêcher toutes sortes d'ordures de profiter des bons citoyens.

Pour l'aider dans tout ça, il y a comme toujours le journaliste Mikael Blomkvist, qui vit un creux dans sa carrière, mais ça, on le sait, ça ne l'a jamais empêché de rebondir et de mélanger reportage, enquête et quête de justice pour trouver un bon scoop.

Et il y a un petit garçon autiste au génie opaque s'exprimant par les maths et le dessin, qui jouera un rôle clé dans la trame narrative de ce suspense articulé autour de thèmes très technos.

On s'y balade dans un Stockholm informatique à mort - celui qui aujourd'hui, pour vrai, produit des start-ups milliardaires comme aucune autre ville, pensez Mojang, King, Spotify... On est manifestement à l'ère de Wikileaks et de Julien Assange, mais aussi d'Edward Snowden et de la réalisation que l'État en sait long sur nous en puisant dans nos renseignements électromagnétiques.

Et dans cette nouvelle histoire, on «hacke» plus que jamais, ce qui tombe bien car personne ne le fait aussi bien que Lisbeth Salander - mettez l'accent sur le «an» si vous voulez avoir l'air suédois. Et en fond de trame, il y a des criminels vraiment très criminels et le passé de Lisbeth, issue d'une famille qui, comme nous l'ont appris les trois premiers livres de la série, n'est pas exactement calmement banlieusarde. Et ce n'est pas parce qu'une des figures clés de ce clan est morte dans un autre épisode que tout le réseau est décimé...

Il y aura des morts, il y aura du sang.

Eva Gabrielsson, la veuve de Stieg Larsson, l'auteur original, trouve inconcevable l'idée d'avoir pris les personnages créés par son compagnon et de les avoir confiés à un autre auteur, le biographe à succès David Lagercrantz. Elle a dit qu'elle ne lira pas le livre. C'est probablement mieux ainsi. Si elle n'a pas aimé comment les trois longs métrages suédois tirés des premiers romans en ont fait des histoires d'action, elle détesterait comment Millénium nouvelle mouture est plus mouvementé et plus haletant que jamais.

La violence est beaucoup plus dans l'action et bien moins dans la cruauté psychologique ou dans les descentes infernales et terrifiantes dans les bas-fonds tordus de la nature humaine, que dans les trois livres de Larsson.

Durant la conférence de presse où il présentait son roman, l'auteur Lagercrantz a expliqué mercredi à Stockholm qu'il laissait maintenant les critiques et observateurs débattre de l'à-propos de poursuivre une oeuvre lancée par un autre. «Mais mon Dieu que j'ai fait de mon mieux!», a-t-il ajouté. Il est vrai qu'on ne peut pas reprocher au livre d'avoir pris des raccourcis. Les personnages sont tous bien campés, un certain humour, injecté par clins d'oeil, est au rendez-vous. Les thèmes chers à Larsson sont là aussi. La bêtise des machos, la rage contre l'injustice, l'arrogance du pouvoir et de ceux qui se croient au-dessus des lois... Le récit est dense.

Il est clair qu'on a changé d'auteur même si le cadre est respecté. La sensibilité féministe, notamment, n'est pas la même. Une des forces du personnage de Salander, telle que mise en vie par Larsson, a toujours été une transparence, une limpidité dans l'expression et la description de la colère rarement vue dans la littérature policière. Dans le nouveau tome, on est ailleurs.

En ce sens, certains lecteurs attirés par le polar grâce au regard particulier de Larsson seront peut-être déçus par le tome 4. Et on comprendra ceux qui diront que la complexité et la profondeur psychologiques et émotionnelles des trois premiers n'étant plus là, le nouveau livre est beaucoup moins particulier.

Sauf que la trame narrative l'est, elle, riche, complexe, enlevante.

On aurait aimé que Larsson soit là pour écrire encore. On aurait aimé que la saga entre la veuve et les ayants droit de l'auteur ne soit pas aussi sordide, ce qui aurait évité le dilemme moral auquel on fait face devant le nouvel ouvrage.

Mais le sort en a décidé autrement.

Et les amateurs de romans policiers sont ici devant un récit franchement très prenant.

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