Quand la littérature se fait manga

Extrait des Misérables, en version manga.... (Illustration tirée des Misérables)

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Extrait des Misérables, en version manga.

Illustration tirée des Misérables

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Pour les non-initiés, les mangas se résument à un monde de monstres sanguinaires, d'héroïnes fleur bleue et de robots futuristes. Fait moins connu, les bandes dessinées nipponnes ont aussi jeté des ponts vers les belles-lettres, avec l'adaptation de grands classiques, et même l'émergence d'un « courant littéraire » du manga.

A priori, l'idée de conjuguer l'univers d'un Victor Hugo avec celui des mangas peut sembler saugrenue. Mais à bien y regarder, bien des passerelles relient ces deux sphères artistiques contrastées.Ainsi, des éditeurs audacieux n'ont pas hésité à faire tremper Cosette, Julien Sorel, ou encore les héros shakespeariens dans la sauce japonaise. Depuis quelques années, l'aventureuse maison d'édition Soleil Manga publie, en français, de grands classiques de la littérature occidentale : À la recherche du temps perduLes misérablesGuerre et paix, ou encore Le Rouge et le Noir - tous offerts au Québec.

Ont également été portés sur les planches de nombreuses pièces de Shakespeare (HamletOthello), de même que Kafka, Goethe, Dante et Cervantes ! - en anglais seulement, pour la plupart d'entre eux.

« Les générations qui sont fidèles aux mangas ont vieilli et se tournent vers ces classiques », explique Misa Hirai, maître de langues à l'UQAM qui utilise les bandes dessinées comme support pédagogique.

« Ce sont des versions très raccourcies. Souvent, les milliers de pages de plusieurs volumes tiennent en un seul livre. Mais c'est une façon très pratique et rapide de survoler ces grandes oeuvres littéraires. Le contexte dans lequel l'oeuvre a été écrite, l'environnement et la période de l'histoire y sont expliqués », indique-t-elle.

Même si on y emprunte des raccourcis et que les intrigues défilent à toute vitesse, la périlleuse conciliation des codes respectifs de ces deux arts (écriture élitiste et dessin populaire) s'avère plutôt réussie. Après tout, l'étymologie de manga ne signifie-t-elle pas « images dérisoires » ?

Soleil levant et rayons littéraires

Ces transpositions, très courantes au Japon, constituent par ailleurs une excellente introduction à la littérature classique nipponne - et ce, même si les adaptations en manga d'incontournables, tels que le monumental Dit du Genji, ou le conte Kaguyahime, princesse de la lune, n'ont pas (encore) été traduits dans la langue de Molière, ou sont très difficiles à trouver.

Extrait du manga Vagabond, inspiré des écrits d'Eiji... - image 2.0

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Extrait du manga Vagabond, inspiré des écrits d'Eiji Yoshikawa.

On peut toutefois se rabattre sur la série Vagabond, directement inspirée du roman populaire Musashi, oeuvre d'Eiji Yoshikawa parue en français en deux tomes (La pierre et le sabre et La parfaite lumière). Y sont relatées les trépidantes tribulations du samouraï Myamoto Musashi, héros du XVIIe siècle. Le manga tout comme le roman s'avèrent deux brillantes réussites.

À consulter également : Nouvelles de la littérature japonaise, signé Ryoichi Ikegami, adaptation de cinq classiques littéraires nippons du début du XXe siècle.

Du roman vers le manga... et vice versa. De plus en plus d'éditeurs publient de courtes histoires (baptisés light novels), rédigées à partir des bandes dessinées. Quelques-unes de ces parutions sont traduites en français, comme D. Gray-man Reverse.

Certes, une littérature qui ne figure pas parmi les plus nobles (axée sur l'action et des dialogues sommaires), mais au moins a-t-elle le mérite d'aiguiller la jeunesse vers d'autres types de lecture...

L'émergence du «manga littéraire»?

Tentaculaire, le vaste monde du manga (qui embrasse tous les domaines, de la pornographie aux récits historiques) a, imparablement, vu émerger un « courant littéraire ». Il n'est plus question ici d'adaptations, mais de créations à partir de récits plus posés, réalistes et dramatiques, où monstres et robots sont relégués au vestiaire.

Étrangement, la figure de proue de ce mouvement, Jiro Taniguchi, très célèbre en Occident, reste peu connu au Japon, souligne Mme Hirai. Sa série Au temps de Botchan, cosignée avec Natsuo Sekikawa, met en scène écrivains et poètes de l'ère Meiji (fin du XIXe siècle). Ses autres oeuvres (Quartier lointainLe gourmet solitaire, etc.) présentent également une saveur romanesque.

On peut également évoquer le courant Gekiga, bandes dessinées « sérieuses » destinées aux adultes. Un exemple éloquent ? Une vie dans les marges, de Yoshihiro Tatsumi, qui dépeint le milieu éditorial et l'essor du manga dans le Japon d'après-guerre, au gré d'une fresque autobiographique. Une remarquable mise en abyme !

Et pour ceux qui ont toujours un doute sur la pertinence littéraire du dessin nippon, ils pourront méditer la question aux côtés d'un grand penseur : le second tome des Entretiens de Confucius a récemment été publié. En version manga, bien entendu.

Des Québécois et des mangas

Les auteurs québécois n'ont pas été oubliés. En écumant les bibliothèques, nous avons mis la main sur la version manga d'Amos Daragon, tirée des écrits de Bryan Perro, publiée aux éditions Les Intouchables. Fausse joie ? Seuls trois tomes sont sortis avant que le projet n'avorte...

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