Pascale Quiviger: casser la voix

L'écrivaine québécoise Pascale Quiviger.... (PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'écrivaine québécoise Pascale Quiviger.

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Un roman sur un trentenaire dans le coma et ses proches, pendant un an: Si tu m'entends, sixième livre de la Québécoise Pascale Quiviger, pourrait rebuter. Et pourtant, il se lit à la fois comme un suspense, un recueil de poésie, un roman d'amour et une réflexion sur la méditation. Qui se déroule de juin à juin...

Si tu m’entends, de Pascale Quiviger... (ALBIN MICHEL) - image 1.0

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Si tu m’entends, de Pascale Quiviger

ALBIN MICHEL

Écrivaine, auteure jeunesse, peintre, mais aussi professeure de méditation et hypnothérapeute (« Mais pas tout ça en même temps ! », dit-elle en riant) qui a notamment étudié et vécu en Italie, Pascale Quiviger habite désormais en Angleterre, à... Nottingham, la ville de Robin des Bois et Marianne. Les personnages qu'elle a imaginés dans son récent roman Si tu m'entends n'ont pourtant rien du héros légendaire : ils ne détroussent aucun « méchant » pour redistribuer aux plus démunis ! Ils ont pourtant quelque chose d'héroïque : dès les premiers mots, nous suivons David au moment où le trentenaire tombe d'un échafaudage. Chute. Traumatisme. Coma.

« Je voulais confronter des personnages tout à fait normaux, ordinaires, à un mystère, à une zone inexplorée : celle qui survient quand quelqu'un est dans le coma », explique la lauréate du Prix du Gouverneur général 2004. Coma ou pas, la vie continue. Tant pour David plongé dans ce sommeil qui n'en est pas un, pour sa femme Caroline, son jeune fils Bertrand, que pour le personnel infirmier, les parents de David, la soeur de Caroline, les confrères de travail...

Ce sont leurs réflexions, leurs gestes et leurs paroles pendant un an, de juin à juin, qui constituent ce roman qu'on lit avidement alors même qu'il ne s'agit pas d'une enquête, avec souvent des arrêts sur les poèmes qui entrecoupent la narration : ces poèmes, c'est la voix de David, qui s'enfonce dans un autre univers, parallèle au nôtre.

« Je voulais, dans ce livre, m'interroger sur l'élasticité de notre perception du temps. »

« Quand il y a un accident, on a l'impression que le temps passe lentement, qu'il s'étire douloureusement ; quand une certaine normalité reprend, on a l'impression qu'il passe vite, explique Pascale Quiviger. C'est pourtant toujours le temps, mais il n'est peut-être pas si linéaire qu'on le croit. »

Le temps ne guérit pas toujours tout, mais il change notre perception des choses, altère certains aspects du quotidien, en fait évoluer d'autres... « Je sais que ce n'est pas très original, dit Pascale Quiviger, elle-même mère d'une petite fille, mais j'avais envie de questionner notre matérialisme, qui tend toujours à se développer au détriment de notre spiritualité - oui, je sais que des mots comme "spiritualité", ça fait quétaine ! C'est d'ailleurs étrange - et révélateur... - comme tout ce qui porte sur le spirituel, nous avons tendance à l'oublier, le nier ou le ridiculiser, alors même que cela se rapporte à notre mystère... Mais quand un accident survient, quand un être cher soudain ne répond plus à tout ce qui bouge et se produit autour, c'est justement d'ouvrir son esprit à d'autres voies qui s'imposent, peu à peu. »

Ce n'est pas un hasard si le jeune garçon de David, tout juste sorti de la petite enfance, est celui qui parvient à « entendre » la voix de son père dans le coma... L'entend-il vraiment ou pas ? Est-ce vraiment la question, dans les circonstances , répond l'auteure.

Transformation extrême

Tous les personnages du roman se transforment ainsi, peu à peu : « Ils ont chacun un point de vue différent sur la vie : certains ont la foi, d'autres pas, certains sont manuels ou spontanés ou sceptiques... »

« Celui qui se transforme le plus, c'est évidemment David, dit Pascale Quiviger. On sait, par les témoignages de gens sortis du coma, qu'ils ont accédé à des niveaux de conscience auxquels ils n'étaient jamais parvenus avant. Mais je ne voulais pas du tout faire quelque chose à partir d'histoires vécues, j'ai essayé d'imaginer une voix à David. »

Et cette voix, ce sont des poèmes : « Ça m'a pris beaucoup de temps pour trouver la voix de David. Si j'ai choisi la voix poétique, c'est que j'avais besoin de briser la grammaire, de créer un langage avec beaucoup de marge de manoeuvre, parce que David n'est plus dans la langue rationnelle telle que nous la parlons, avec nos corps qui fonctionnent, alors que le sien ne fonctionne plus vraiment. Comment dire ? Il devient de moins en moins tangible, de moins en moins David... »

« Il y a littéralement une expérience incommunicable dans ce qu'il vit, et le poème me permettait de le faire comprendre au lecteur, du moins je l'espère. » - Pascale Quiviger

À partir du moment où les divers personnages acceptent de laisser tomber leurs exigences - accepter que rien ne sera jamais plus pareil, en fait -, ils s'ouvrent tous à quelque chose d'inconnu, qui ne prend pas le même visage pour chacun d'entre eux. « Écrire ce roman m'a fait participer à la même chose, d'ailleurs, conclut Pascale Quiviger. Plus jeune, j'ai fait beaucoup d'exploration verticale du monde : des voyages, des déplacements... Maintenant, je l'explore autrement, de façon plus immobile et, notamment, en écrivant ce roman, où le défi était de réussir à parler de la mort de manière à ce que les gens aient le goût de vivre. »

Si tu m'entends, Pascale Quiviger, Albin Michel, 400 pages

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