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Joël Dicker: un rêve américain, un succès français

Joël Dicker ne voulait pas écrire La vérité... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Joël Dicker ne voulait pas écrire La vérité sur l'affaire Harry Quebert «en touriste», c'est pourquoi il lui a fallu assumer totalement l'américanité de ses personnages.

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

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De passage au Québec, où il a vendu plus de 20 000 exemplaires de son roman La vérité sur l'Affaire Harry Quebert, le jeune écrivain Joël Dicker revient sur la folle aventure qui a fait de lui l'un des auteurs les plus populaires de l'heure.

Si la recette du best-seller était connue, cela se saurait. Le roman « pour adultes » de J.K. Rowling n'a pas enflammé le lectorat comme prévu, la popularité de Cinquante nuances de Grey de E.L. James a étonné tout le monde, et entre les deux est paru La vérité sur l'affaire Harry Quebert, du jeune écrivain suisse Joël Dicker, qui a fait un carton en France. Grand Prix du roman de l'Académie française et Prix Goncourt des lycéens, ce roman a séduit un public plutôt vaste, ce qui a aussitôt suscité la méfiance.

Il est jeune, il est beau, il est populaire, et il a eu l'audace d'écrire un pavé de 670 pages à « l'américaine «, sans aucune culpabilité. Si bien que plusieurs critiques ont eu l'impression de lire la traduction d'un best-seller américain... À cette question qu'on n'a cessé de lui poser, Joël Dicker répond : « En fait, je n'ai pas écrit un roman «américain», je dirais que le décor américain du livre est venu à moi. Si j'avais écrit un roman qui se passe en Inde, est-ce qu'on n'aurait pas dit à quel point c'est intéressant, cette ouverture sur le monde? Mais dès que ça touche l'Amérique, tout d'un coup, ça devient louche. J'aurais difficilement pu faire ce livre ailleurs. À Genève, peut-être, mais je ne voulais pas me raconter, avoir ce manque de recul par rapport à mon livre. De le situer aux États-Unis me permettais de mettre 6000 kilomètres entre moi et mon roman. »

De fait, il n'y a rien de suisse ou de français dans cette histoire à la croisée du polar et du roman d'apprentissage. L'année de l'élection de Barack Obama, Marcus Goldman, qui a atteint la gloire avec un premier roman, connaît un dur syndrome de la page blanche. Il demande l'aide de son ancien professeur et mentor, Harry Quebert, l'un des plus grands écrivains américains, qui sera soudainement accusé d'avoir assassiné Nola Kellergan, une adolescente de 15 ans disparue en 1975, et dont on vient de retrouver le cadavre sur le terrain de sa maison au New Hampshire. Dès lors, Goldman n'a qu'une idée en tête : faire sa propre enquête pour disculper son ami, et s'en inspirer pour écrire son deuxième roman.

La vérité sur l'Affaire Harry Quebert est un « page turner », comme on dit en bon français, plein de rebondissements, d'humour, d'action et de réflexions, car au travers de l'intrigue, il y a les 31 conseils d'écriture de Harry Quebert pour accoucher d'un grand roman, défi qu'il compare à un match de boxe...

Joël Dicker ne voulait pas écrire cette histoire « en touriste», c'est pourquoi il lui a fallu assumer totalement l'américanité de ses personnages, du territoire, et même du style. Il avait l'avantage d'avoir passé toutes ses vacances dans le Maine depuis son enfance. Mais rien ne lui fait plus plaisir que de se faire dire qu'il s'agit d'un roman d'apprentissage, car c'est ainsi qu'il voit sa création. « En fait, je ne suis pas vraiment un lecteur de polars, dit-il. Jusqu'à la fin, j'ai hésité à mettre dans mon livre les conseils de Harry Quebert, j'avais peur qu'on me dise «pour qui te prends-tu? «. Mais il fallait aller jusqu'au bout du personnage, qu'on croit à cet écrivain dans la soixantaine et non qu'on entende les conseils de Joël Dicker. Le plus étonnant est que beaucoup de gens sont venus me voir pour me demander s'ils feraient un bon roman en suivant les conseils de Quebert! »

Jamais il n'aurait pensé connaître un tel succès avec ce roman qui le rapproche presque de la vie rêvée de son personnage Marcus Goldman. Son précédent roman, Les derniers jours de nos pères, paru au début de 2012, n'avait pas fait de vagues, et il ne pensait même pas publier La vérité sur l'Affaire Harry Quebert cet automne, mais l'éditeur Robert de Fallois s'est entiché du bouquin et a travaillé fort pour le faire paraître pour la grande rentrée littéraire française. « Mon livre parle de célébrité, mais je précise que ce n'est pas une projection, c'est un fantasme! Mais il y a deux choses qui me plaisent aux États-Unis par rapport au succès. Le premier est que le succès est vu comme un bon signe pour un livre, ce qui est l'inverse en France. Si un livre se vend, ça veut dire que c'est mauvais, ce qui est très étrange. Ce qui me plaît dans l'idée qu'un livre soit très lu, c'est qu'il a plu à un tas de gens différents! Enfin, en Amérique, il y a cette culture de l'échec qui n'est pas la même. La mentalité nord-américaine est plutôt de se dire qu'au fond, on peut difficilement réussir sans avoir échoué quelques fois avant. Si on se trompe, ce n'est pas grave. »

Comme pour son personnage Marcus Goldman, les attentes seront grandes pour le prochain roman et il en est conscient. « Je dois absolument réussir à faire baisser ma propre pression, car si je m'en mets trop, ça va être un enfer. Si j'y pense trop, je vais me planter. Le plus important dans l'écriture est d'avoir du plaisir. Ensuite, ce qui fait qu'un roman a du succès ou pas ne m'appartient pas, car ça dépend de tellement de choses! Alors l'enjeu pour moi est de rester le plus zen possible et de garder le plaisir d'écrire. »

La vérité sur l'Affaire Harry Quebert

Joël Dicker

Éditions de Fallois/L'âge d'Homme

670 pages

Extrait:

» Au début de l'année 2008, soit environ un an et demi après être devenu, grâce à mon premier roman, la nouvelle coqueluche des lettres américaines, je fus frappé d'une terrible crise de page blanche, syndrome qui, paraît-il, n'est pas rare chez les écrivains ayant connu un succès immédiat et fracassant. La maladie n'est pas venue d'un coup, elle s'était installée en moi lentement. C'était comme si mon cerveau, atteint, s'était figé peu à peu. »

 

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