Nicolas Langelier: le blues du hipster

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Nicolas Langelier ne veut pas donner de leçon,... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Nicolas Langelier ne veut pas donner de leçon, mais constate que sa génération à tendance à s'éparpiller. «Je suis la première victime de ça.»

Photo: André Pichette, La Presse

Chantal Guy
La Presse

Quand la modernité ne tient plus ses promesses, qu'on découvre qu'on a passé son temps à sacrifier les choses les plus importantes aux choses les plus futiles, il ne reste plus qu'à sauver le reste de notre vie. Ce que Nicolas Langelier propose de faire en 25 étapes pas si faciles que cela, dans un roman-essai qui n'offre pas de réponses, mais qui pose beaucoup de questions.

Nicolas Langelier est l'image même du gars cool, hipster jusqu'au bout des ongles. Chroniqueur des tendances à La Presse ou à la radio de Radio-Canada, fondateur du magazine branché P45, vêtu à la dernière mode, on l'a vu de toutes les fêtes où il fallait être, de tous les shows qu'il fallait voir.

Mais un jour, ça ne va plus. Il n'a pas envie d'être à ce lancement, ce spectacle, ce party, et il ne sait pas pourquoi il craint de ne pas y être. Ce qu'il nomme comiquement dans son livre le symptôme FOMO: Fear of Missing Out: la peur de manquer quelque chose. D'une certaine façon, Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles découle un peu du FOMO, canalisé cette fois en une peur plus profonde: celle de passer carrément à côté de sa vie à force de dispersion.

Un déclic qui s'est produit à la mort de son père, il y a quatre ans. «Ça a vraiment été un tournant dans ma vie, note-t-il. Ça m'a confronté, c'est con à dire, à cette idée que oui, un jour, je vais mourir. Et je me suis demandé si les choses que je faisais dans ma vie étaient signifiantes. À la plupart des questions de ce genre que je me suis posées, j'ai répondu non.»

Dur constat, alors que tout semble lui réussir. «La modernité a beaucoup inculqué la nécessité de vivre au maximum, d'exploiter tous nos talent, notre potentiel, de mener une existence extraordinaire, mais la mort te ramène à une fin, ça te confronte à tes limites, et tu te rends compte que c'est impossible d'avoir exploité au maximum ta vie, dit-il. Dans la mesure où la mort, c'est la culmination de la vieillesse, et la vieillesse a été évacuée de nos valeurs. On est dans une société où il faut être jeune le plus longtemps possible, ce qui est valorisé, c'est la nouveauté, la fraîcheur, autant pour la culture que pour les individus. Alors la mort en tant que culmination de la vieillesse, c'est le bout du bout!».

Nicolas Langelier aurait pu écrire un autre livre sur la crise de la trentaine, sur le deuil et la peine d'amour, mais, hyper-conscient du style, si on peut dire, il a transformé ses réflexions en un livre tout à fait original, qui calque les manuels de croissance personnelle, phénomène auquel il s'intéresse. D'ailleurs, il voulait au départ intituler son livre Grandir, mais ça sonnait trop «psycho-pop»... On y trouve des questionnaires, des jeux, des exercices, le tout entrecoupé d'un témoignage écrit non au «je», mais au «vous». «Je voulais démontrer notre incapacité à être vraiment authentique dans nos sentiments en employant un mécanisme un peu froid et artificiel, dit-il. J'avais une certaine crainte d'écrire ce qu'on a beaucoup vu depuis 20 ans, ces livres de jeunes trentenaires désabusés de la société qui ne savent pas trop où il s'en vont. Je n'avais pas non plus envie de faire un roman avec des grosses ficelles, des dialogues dans lesquels on plaque du contenu sociologique. J'y suis allé à visage découvert, selon mes intérêts.»

Qu'est-ce que l'hypermodernité?

Nicolas Langelier conteste le concept de postmodernité, car cela voudrait dire qu'on en serait sorti, de cette modernité. Il lui préfère le terme d'«hypermodernité», «parce qu'on assiste plus à une accélération, une amplification de ce qui a caractérisé la modernité, croit-il. La mobilité des gens et des capitaux, l'individualisme, la technologie... Nous sommes dans les excès, l'hyperindividualisme, l'hyperconsommation, l'hypermédiatisation, etc. C'est ce ras-le-bol que je voulais écrire.

«J'aimerais être plus en paix avec mon époque, la trouver formidable. Mais quand je me regarde, quand je regarde les autres autour de moi, ça me fait peur, j'ai l'impression qu'on est en train de passer à côté de quelque chose. Juste de dire cela, je me trouve réactionnaire, mais est-ce qu'on peut se poser des questions? Est-ce que Facebook, Twitter, la mode, être cool, est-ce que ça me fait du bien, est-ce que cela m'apporte vraiment quelque chose dans ma vie?»

C'est pourquoi le fondateur de P45 songe à lancer un autre magazine, tout à fait différent. «Quelque chose qui sera plus dans la longueur et la profondeur, je pense qu'il y a de la place pour ça. Ça m'inquiète de voir que nous sommes rendus des lecteurs superficiels, qui avons de la difficulté à entrer dans des textes.»

D'ailleurs, pour écrire son livre, Nicolas Langelier s'est enfermé dans un ermitage, où il n'y avait pas d'électricité. Il rechargeait son ordinateur la nuit sur une génératrice! «J'étais incapable d'écrire en ville, confesse-t-il. En fait, depuis deux ans, je réfléchis sur la notion de distraction. Tu ne peux pas réfléchir comme du monde quand tu es écartelé entre plein de choses. Notre esprit est constamment divisé, nous n'avons plus d'espace mental. J'ai l'impression de donner des leçons quand je dis ça, mais je suis la première victime de ça. Je crois que notre génération va pouvoir faire des oeuvres significatives si elle est capable de se donner cet espace mental. Je connais tellement de gens géniaux qui consacrent leur temps à des choses qui disparaissent à jamais...»

Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles

Nicolas Langelier

Boréal, 222 pages, 24,95$ En librairie le 14 septembre

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