Sortir le papier des palais de justice

Nima Jalalandi, Jean-Olivier Bouchard et Amir Tajkarimi, les... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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Nima Jalalandi, Jean-Olivier Bouchard et Amir Tajkarimi, les trois cofondateurs de Lexop. En cette époque d'informatique en nuage, de mégadonnées, de téléphones intelligents et de tablettes, l'immense majorité des procédures judiciaires dépend encore du papier. Ce à quoi veut remédier Lexop.

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«Si on demandait à un avocat du XVIIe siècle de venir plaider dans nos palais de justice, il saurait presque exactement quoi faire tellement ça n'a pas changé.»

C'est avec cette constatation, exagérée en apparence, mais pas dénuée de vérité, qu'Amir Tajkarimi tente de faire comprendre l'état archaïque des procédures employées dans les palais de justice québécois. Et du même coup, de vendre la solution conçue par son entreprise, Lexop.

Difficile de le contredire. En cette époque d'informatique en nuage, de mégadonnées, de téléphones intelligents et de tablettes, l'immense majorité des procédures judiciaires dépend encore du papier.

«Si on enlève quelques salles d'audience et bureaux, le palais de justice, c'est un gros entrepôt de papier, estime M. Tajkarimi. Ça coûte cher à entretenir et ça ralentit les procédures.»

Lui-même avocat, c'est en 2010, alors qu'il travaillait au défunt cabinet Heenan Blaikie, que l'idée lui est venue. Exaspéré des délais engendrés par l'utilisation du papier, il souhaite créer une plateforme pour à tout le moins faciliter les échanges procéduraux entre avocats.

Pour ce faire, il commence par embaucher un concepteur de sites web, Jean-Olivier Bouchard, qui deviendra éventuellement l'un des cofondateurs de Lexop.

«Il commençait à me coûter cher, dit en rigolant M. Tajkarimi, et il était aussi intéressé de son côté à en faire une entreprise.»

Un autre associé, davantage spécialisé dans la programmation, Nima Jalalandi, se joindra éventuellement au groupe. Les trois cofondateurs ne se concentrent toujours pas à temps plein sur Lexop. M. Tajkarimi est pour sa part employé de la Banque Nationale depuis 2012.

D'abord l'échéancier

Le premier produit de Lexop est donc une plateforme qui permet aux avocats impliqués dans une cause d'établir rapidement l'échéancier. Il s'agit d'une étape qui est incontournable pour tous les dossiers ouverts à la cour et où il se perd beaucoup de temps, estime M. Tajkarimi.

«Un avocat peut gagner jusqu'à 65% de temps sur cette étape, fait-il valoir. Souvent, c'est une étape qui prend tellement de temps que les avocats ne le facturent même pas à leurs clients. Ils se disent qu'ils ne peuvent pas facturer leur client parce qu'ils n'arrivent pas à trouver une date avec l'autre avocat, ils ont des remords éthiques.»

La plateforme Lexop permet notamment d'utiliser une signature électronique, ce qui élimine la nécessité d'imprimer chaque document, de le signer à la main puis de l'envoyer par télécopie.

Les avocats peuvent s'abonner gratuitement au service. Chaque dossier négocié par l'entremise de ce canal leur coûte ensuite 32$.

Il a fallu près de quatre ans de développement pour mener cette seule plateforme à bon port. Et beaucoup d'effort pour simplifier l'interface au maximum.

«Les avocats n'aiment pas trop le changement, constate M. Tajkarimi à propos de sa propre profession. S'il faut plus que trois clics, ils abandonnent. Et si tu donnes la moindre raison à un avocat de ne pas employer un logiciel, il va l'exploiter et ne pas s'en servir.»

C'est peut-être d'ailleurs pourquoi, selon lui, le vaste chantier d'informatisation de la justice québécoise, qui s'est étalé de 1999 à 2012, a finalement été voué à l'échec. Le projet, qui a coûté 75 millions de dollars, a fini par être abandonné, faute de progrès.

«Il faut que ça se fasse de façon modulaire, croit M. Tajkarimi. On donne un petit coup, les gens l'adoptent, on passe à une prochaine étape et on répète. Si on essaie de tout faire d'un coup, c'est trop gros.»

Une autre étape

C'est d'ailleurs l'approche qu'emploie Lexop. Maintenant qu'elle a livré une plateforme pour la négociation des échéanciers, elle veut s'attaquer au dépôt de documents.

«C'est incompréhensible qu'en 2015, on doive encore aller au palais de justice pour déposer un document, s'indigne M. Tajkarimi. Les États-Unis ont le système PACER depuis longtemps, et la Cour canadienne de l'impôt offre elle aussi le dépôt électronique maintenant.»

Le moment est idéal, selon l'entrepreneur, qui est à la recherche d'investisseurs pour embaucher des employés et accélérer le développement des prochaines étapes.

«Le nouveau code de procédure qui va entrer en vigueur en septembre encourage noir sur blanc l'utilisation des technologies.»




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