Le pari solaire de Rackam

Mathieu Chagnon, à gauche, et Jacques-Alexandre Fortin, respectivement... (PHOTO RENÉ MARQUIS, LA TRIBUNE)

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Mathieu Chagnon, à gauche, et Jacques-Alexandre Fortin, respectivement président et coprésident de Rackam.

PHOTO RENÉ MARQUIS, LA TRIBUNE

Hélène Baril

Le Québec profite de tarifs d'électricité parmi les plus avantageux en Amérique du Nord. Le prix du gaz naturel y est très bas, grâce à l'abondante production de gaz de schiste américain. Le soleil brille, mais pas autant que dans les régions plus au sud. Vouloir gagner sa vie avec l'énergie solaire, dans ces conditions, est un pari plutôt risqué.

C'est pourtant ce que fait Rackam depuis presque quatre ans, avec l'ambition de conquérir le monde, précisent Mathieu Chagnon et Jacques-Alexandre Fortin, respectivement président et coprésident de la petite entreprise de Sherbrooke.

Il fait chaud dans le loft du centre-ville qui leur sert de quartier général. On a beau être spécialisé en énergie, on n'a pas toujours le temps de s'occuper de ce genre de chose quand on démarre une entreprise.

Le travail ne manque pas, chez Rackam, qui emploie une vingtaine de personnes. «Dès le début, on a eu des clients à l'étranger», racontent les deux ingénieurs, qui ne se connaissaient pas avant de s'associer, en 2010.

Ils ont fait leurs premières armes ensemble à la Laiterie Chagnon, de Waterloo, fondée par le grand-père de Mathieu. L'entreprise les a laissés expérimenter. Une expérience d'une valeur inestimable. «Sans eux, on n'existerait pas», résume Jacques-Alexandre Fortin.

Les capteurs solaires de Rackam ont ensuite suscité l'intérêt de clients jusqu'en Espagne, mecque de l'énergie renouvelable en général et solaire en particulier. Le fabricant de croustilles espagnol Papes Safor a installé un système conçu par Rackam pour préchauffer son huile de cuisson.

«En Espagne, l'industrie solaire est très développée, mais pas dans les systèmes adaptés aux procédés industriels, qui est notre spécialité», explique Jacques-Alexandre Fortin.

Les solutions industrielles de Rackam proposent des capteurs qui concentrent les rayons du soleil et transmettent son énergie par un liquide pour chauffer, sécher ou climatiser, selon les besoins de l'usine.

Les miroirs paraboliques faits d'aluminium et de mousse peuvent être installés sur le toit de l'usine ou au sol. Ils peuvent se replier en cas de neige ou de vents forts. «Là où des panneaux photovoltaïques sont efficaces à 15%, nos capteurs peuvent récupérer 60% de l'énergie du soleil», illustre Mathieu Chagnon.

Se développer à partir d'ici

Aussi efficaces soient-ils, ces capteurs ne fonctionnent que sous un ciel sans nuages, ce qui limite leur utilisation dans les régions nordiques. Rackam risque donc de trouver plus de clients à l'étranger qu'au Québec. «C'est vrai, et on n'a rien contre ça. On pense qu'on peut se développer dans le monde à partir du Québec.»

Mais même avec le bas prix de l'énergie et des conditions d'ensoleillement qui ne sont pas optimales, les solutions solaires de Rackam ont séduit des entreprises d'ici.

Récemment, Cascades a eu recours à l'expertise de Rackam pour réduire la facture d'énergie de son complexe industriel de Kingsey Falls. L'aluminerie Alouette installera ses capteurs dans le pavillon de l'Université du Québec à Chicoutimi qu'elle construit à Sept-Îles au coût de 10 millions.

Les deux associés se disent que si leur expertise trouve preneur actuellement, elle sera encore plus recherchée à mesure que le coût de l'énergie augmentera.

Rackam ne fait donc pas une croix sur le marché québécois. «L'environnement énergétique, ça peut changer», croit Mathieu Chagnon, qui cite l'exemple des récentes hausses des tarifs d'Hydro-Québec.

Et puis il y a les marchés qui ne sont pas liés au réseau d'Hydro-Québec, comme les mines. «Quand on doit faire venir du diesel à des milliers de kilomètres, le coût de l'énergie ne veut pas dire la même chose.»

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RACKAM EN BREF

L'idée: Utiliser l'énergie solaire dans les procédés industriels

L'ambition: Réduire les coûts de production des entreprises

Ils y croient et y ont investi: Les gouvernements du Québec et du Canada, Louis-Armand Bombardier, Bernard Colas, Anne Larkin et Normand Chagnon




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