Redorer sa cote de crédit: la gestion de la dette... personnelle

Depuis la crise financière de 2008, deux fois... (PHOTO FRANCOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

Depuis la crise financière de 2008, deux fois plus de ménages canadiens ont une dette dépassant 350% de leur revenu brut, selon la Banque du Canada.

PHOTO FRANCOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Samuel Larochelle

Collaboration spéciale

La Presse

Depuis la crise financière de 2008, deux fois plus de ménages canadiens ont une dette dépassant 350 % de leur revenu brut, selon la Banque du Canada. Bon nombre de ces ménages font partie des consommateurs qui accumulent les retards de paiement, les cartes de crédit pleines et les faillites. Une situation aux conséquences dramatiques sur leur cote de crédit.

Comment effacer un «médiocre» au dossier

Un pointage de crédit situé entre 650 et 900 points est considéré comme «bon» ou «très bon» par les institutions financières. À l'inverse, les mots «moyen», «médiocre» et «très médiocre» sont utilisés pour qualifier ceux dont la cote est plus faible. Il est toutefois possible de redresser la situation. Trois consommateurs relèvent ce difficile défi.

François, 24 ans

Bachelier en droit

PROBLÉMATIQUE

Malgré un boulot à temps partiel, l'étudiant n'arrivait pas à payer les intérêts de sa marge de crédit (35 000 $) et de sa carte de crédit (7500 $). Encore moins à s'acquitter de ses autres dépenses (cellulaire, télévision, droits de scolarité, etc.). « J'ai essayé de prendre des arrangements avec ma banque, mais on m'a dit qu'ils ne pouvaient pas m'aider à cause de ma cote de crédit descendante. J'étais coincé. »

Le jour où il a reçu une mise en demeure de sa banque à propos des intérêts non payés, François a eu un choc. « J'ai appelé mon conseiller financier pour avoir de l'aide, mais j'ai reçu une réponse nébuleuse. Ensuite, j'ai essayé de changer d'institution, mais personne ne voulait de moi avec ma cote de crédit douteuse. Je me suis donc rendu en personne à la banque pour forcer la main à mon conseiller, afin qu'il m'aide. On a mis en place plusieurs mesures. »

SOLUTIONS

Diminuer les dettes de sa carte de crédit pour payer moins d'intérêt.

« J'ai emprunté de l'argent à mes proches pour sortir la tête de l'eau. Montant que j'ai remboursé à pleine valeur rapidement, car ils ne roulent pas sur l'or non plus. »

Mieux planifier.

« Chaque paie était divisée de façon à rembourser certaines choses, selon leur importance. »

Consolider ses dettes restantes en un seul prêt, avec un taux d'intérêt assez bas.

Mettre en place de bonnes habitudes.

« Au quotidien, je devais garder en tête que chaque 0,25 $ emprunté pouvait finir par en coûter le double. J'ai travaillé 70 heures par semaine pendant tout un été et j'ai réussi à remonter le tout. Ma cote est passée de 498 à 650. »

Nadia, 33 ans

Étudiante à la maîtrise et propriétaire d'un salon de coiffure

PROBLÉMATIQUE

Il y a dix ans, alors mère monoparentale de deux enfants, Nadia a senti l'étau se resserrer sur elle. Il lui manquait 10 000 $ pour retrouver sa santé financière. « Aujourd'hui, ce serait une peanut, mais à l'époque, cette somme était énorme pour moi ! Je payais ma voiture et mon loyer à temps, mais mes cartes de crédit débordaient. »

Elle a alors osé la faillite. « Je n'ai pas demandé conseil à mes proches avant de le faire, car j'avais trop honte. Si je l'avais fait, peut-être que quelqu'un aurait pu me prêter le montant nécessaire. Néanmoins, la vie continue, et ce qui ne tue pas nous rend plus forts ! »

SOLUTIONS

La faillite.

« Je devais m'acquitter d'un paiement minimal mensuel pendant neuf mois et, surtout, vivre avec une cote de 9, la pire de toutes. J'ai recommencé à zéro, avec une faillite à mon dossier pendant six ans. »

Améliorer son crédit.

« Une amie m'a inscrite comme deuxième propriétaire de sa carte de crédit, ce qui a amélioré ma cote. Ensuite, la carte Capital One m'a offert une limite de crédit de 300 $. Le truc était de m'en servir chaque mois et de payer le solde complet, ou du moins un peu plus que le paiement minimum chaque mois. »

Accepter de l'aide inattendue.

« Mon concessionnaire automobile a financé lui-même l'achat de ma voiture, à l'époque. »

Prendre de bonnes habitudes.

« Je ne saute aucun paiement, quitte à emprunter à un proche pour une journée ou deux. Je mets des sous dans un REER et un CELI. Et je profite de l'aide financière du gouvernement pour les femmes monoparentales qui retournent aux études. »

Florence, 30 ans

Salariée du milieu hôtelier

PROBLÉMATIQUE

En raison de ses dépenses d'études et de voyages depuis 13 ans, Florence peine à rembourser son prêt étudiant (15 000 $), sa marge de crédit (43 000 $) et sa carte de crédit (3000 $). « Chaque mois, je paie environ 550 $ sur mes dettes et je couvre à peine plus que les intérêts. Je n'ai pas de retard de paiements, mais j'arrive très serrée. Mon budget est géré une paie à la fois. »

Bien qu'elle gagne désormais 40 000 $ annuellement, les institutions financières refusent de lui consentir un prêt pour acheter une propriété ou une voiture récente. « Ma conseillère m'a recommandé de réduire ma dette globale de moitié et de mettre ma carte de crédit à zéro, avant de penser à un emprunt important. Je me suis donc trouvé un coach financier pour m'aider. »

SOLUTIONS

Prendre conscience de ses dépenses et de ses objectifs.

« J'ai réalisé concrètement où je dépensais le plus et ce que je pouvais couper. Maintenant, je dois appliquer ça au quotidien. Ce n'est pas facile ! »

Changer ses habitudes.

« J'essaie d'inviter les amis à manger chez moi plutôt que d'aller au resto. Je planifie les repas et les lunchs pour économiser. Je réduis mes sorties dispendieuses et je trouve des passe-temps peu coûteux. »

Faire un suivi.

« Je communique avec mon coach toutes les deux semaines et nous discutons de mes efforts et de ma situation. Il me donne des trucs et je tente de les appliquer au mieux. »

Les pires ennemis de la cote de crédit

FAILLITE

La faillite reste au dossier pendant six ans et tous les outils de crédit deviennent plus chers pendant cette période. Pour certains, c'est toutefois préférable que de traîner de lourdes dettes.

RETARDS

Certains consommateurs paient leur compte en retard. Chèques sans fonds, paiements oubliés, retards, paiements préautorisés sans fonds ou logement impayé, ces choses font mal à une cote.

MULTIPLICATIONS DES OUTILS DE CRÉDIT

Avoir plusieurs cartes de crédit, même si on ne les utilise pas toutes, peut diminuer notre pointage. Ces cartes sont considérées comme un endettement potentiel énorme.

SOLDE DE CRÉDIT ÉLEVÉ

Avoir 6000 $ de dettes sur une limite de 12 000 $ aura un impact moins négatif que sur une limite de 7000 $.

FAIBLE HISTORIQUE DE CRÉDIT

Un consommateur qui n'a jamais eu de prêt pour un achat majeur aura droit à moins de crédit pour un prêt hypothécaire. Un utilisateur de carte de crédit qui paie toujours à temps depuis 20 ans aura plus de valeur qu'un autre qui utilise une carte depuis un an. Néanmoins, les institutions tiennent compte de l'âge des consommateurs.

Sources : Vincent D'Orangeville, directeur principal intelligence client et modalisation à la Banque Nationale, et Martine Marleau, conseillère budgétaire à l'Association coopérative d'économie familiale de l'est de Montréal

Prévenir les taches

Un faible pointage de crédit peut entraîner un refus pour un prêt, une marge de crédit ou une carte de crédit, ainsi qu'une demande de garanties supplémentaires (signature de coemprunteur, preuves d'emploi et de revenus). Pourtant, même si votre situation financière est précaire, il existe des moyens pour éviter de faire chuter votre cote.

D'abord, la cote n'est pas le seul facteur considéré par les institutions. « Nous ne choisissons pas d'accepter ou de refuser uniquement en nous basant sur un chiffre, confirme Vincent D'Orangeville, directeur principal, intelligence client et modalisation, à la Banque Nationale. Les dossiers sont analysés par des spécialistes de crédit en fonction de plusieurs éléments. Par exemple, si un client qui a déjà des produits avec nous veut une nouvelle carte de crédit, on peut utiliser les informations internes pour bonifier nos décisions. Il existe des zones grises. »

Il se peut également que vos finances ne soient pas optimales, sans que votre dossier de crédit ne soit entaché. Il devient alors nécessaire, voire urgent, de réagir afin d'éviter la dégringolade de votre pointage, comme l'explique Martine Marleau, conseillère budgétaire à la Coopérative d'économie familiale de l'est de Montréal. « Parfois, on est serré dans nos finances et on a de la difficulté à respecter nos engagements pour rembourser nos dettes. On n'a pas encore de retards, mais on coupe drastiquement dans notre budget. À ce moment-là, une consolidation de dettes peut être une option très intéressante, sans dommage sur le dossier de crédit. »

L'idée est de voir venir les ennuis avant d'être dedans. « Pour consolider ses dettes, il faut que son dossier soit encore beau, précise Mme Marleau. Cela permet de rembourser ses dettes plus efficacement, avant d'avoir des retards. » Il faut cependant être vigilant, car certaines institutions exigent l'annulation des cartes de crédit.

Autres moyens pour éviter des comportements dommageables sur le pointage de crédit : emprunter à des proches avant un défaut de paiement, vendre certains actifs ou réaménager son budget temporairement, en réduisant ses dépenses et en augmentant ses revenus.

Ou revoir la coordination des entrées et des sorties d'argent. « Parfois, certaines personnes ont des retards parce que leur paye arrive deux jours après la date d'un paiement, explique Martine Marleau. On peut régler le problème en faisant un budget hebdomadaire pour plusieurs semaines, en notant quand ont lieu les entrées et les sorties. Ainsi, on peut faire des modifications et mieux coordonner le tout. »




Les plus populaires : Affaires

Tous les plus populaires de la section Affaires
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer