L'argent pousse... dans le potager

Éric Duchemin tire le maximum de sa petite... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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Éric Duchemin tire le maximum de sa petite cour du quartier Pointe-Saint-Charles : parterre avant, balcons, clôture arrière où grimpent des plants, pergola au-dessus du hamac... Chaque espace est utilisé le plus efficacement possible.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

Après un hiver où l'explosion des prix du chou-fleur et du céleri ont fait les manchettes, les consommateurs pourraient réduire leur facture d'épicerie en faisant pousser leurs propres fruits et légumes. Mais pour rentabiliser son potager, il faut jardiner de façon stratégique, en misant sur les fruits et légumes les plus productifs et les plus coûteux.

Éric Duchemin et sa famille économiseront plus de 1200 $ sur leur facture d'épicerie cette année. Comment ? En se salissant les mains quelques heures par semaine pour faire pousser une bonne partie de ce qu'ils mangent.

« Nous sommes presque autosuffisants en légumes pour notre famille de quatre. Et je n'ai pas acheté de confiture depuis au moins 10 ans ! », lance Éric Duchemin, en montrant les conserves qui s'empilent dans son garde-manger et les sacs rangés au congélateur, résultats de ses récoltes de l'année dernière.

Pourtant, le professeur à l'Institut des sciences de l'environnement de l'UQAM ne vit pas à la campagne sur un immense terrain. Mais il tire le maximum de sa petite cour du quartier Pointe-Saint-Charles : parterre avant, balcons, clôture arrière où grimpent des plants, pergola au-dessus du hamac... Chaque espace est utilisé le plus efficacement possible.

« Un bon jardinier peut produire cinq kilos par mètre carré », estime M. Duchemin, qui est aussi coordonnateur du portail Agriculture urbaine Montréal.

« On peut donc récolter pour 1000 $ de fruits et légumes avec un potager de 30 à 40 m2. »

- Éric Duchemin, professeur à l'Institut des sciences de l'environnement de l'UQAM

Depuis près de 10 ans, le jardinier urbain a économisé plus de 10 000 $. Les premières années, il compilait toute sa production, en pesant chaque produit récolté avant de le consommer. Il a ainsi calculé le rendement de son potager, illustré à l'aide de graphiques.

Il a maintenant laissé tomber cette analyse fastidieuse, mais a une bonne idée de ce que produit son lopin de terre.

Évidemment, il ne calcule pas le temps qu'il met à faire ses semis, à préparer la terre, à semer, à arracher les mauvaises herbes, à arroser. « C'est un loisir pour moi, un moment de détente », explique-t-il.

PRIX EN HAUSSE

Selon Éric Duchemin, il faut prévoir un investissement de 50 à 100 $ pour commencer un potager. Faire ses propres semis et son compost permet de réduire la facture.

Plus de consommateurs décideront peut-être d'investir temps et argent dans le potentiel de leur terrain après les importantes augmentations de prix des fruits et légumes, l'hiver dernier.

Hausse de prix en 2015 :

  • Fruits et noix : 10 %
  • Légumes : 9 %

Prévisions 2016 :

  • Fruits et noix : 2,5 % à 4,5 %
  • Légumes : 2 % à 4 %

Source : Institut alimentaire, Université de Guelph

L'Institut alimentaire de l'Université de Guelph évalue que les ménages canadiens ont dépensé en moyenne 325 $ de plus pour leurs aliments en 2015, et qu'ils doivent s'attendre à débourser environ 345 $ de plus en 2016.

Comme 80 % des fruits et légumes consommés au Canada sont importés, ils sont vulnérables aux variations des devises, en plus des aléas de la météo dans les pays producteurs. « Des produits comme la laitue (+ 22 %), les tomates (+ 11 %) ont parfois enregistré des hausses mensuelles spectaculaires durant l'année. Plusieurs fruits populaires qui sont importés comme les oranges (+ 14,9 %), les fraises et les framboises (+ 17,4 %) ont augmenté de façon importante », indique le Rapport sur les prix alimentaires à la consommation 2016.

Le prix des aliments augmente plus vite que l'inflation, notamment à cause des fruits et légumes, qui représentent 20 à 25 % de la facture d'épicerie des ménages. Pour une année entière, la moyenne des dépenses d'une famille en alimentation est d'environ 8600 $, incluant 2700 $ au restaurant.

Selon un importateur québécois, les prix sont plus élevés que d'habitude, à cette période de l'année, pour les framboises, l'ail, les tomates, la laitue, le chou-fleur, les haricots, les oignons et les choux de Bruxelles, notamment.

MANGER BIO MAISON

Plus que la recherche d'économies, beaucoup de jardiniers amateurs sont motivés par le désir de connaître la provenance de leur nourriture et d'éviter les pesticides. « Ils veulent avoir des produits frais, et connaître les conditions dans lesquelles ils ont poussé », mentionne Violaine Simard, coordonnatrice des Jardins-jeunes du Jardin botanique de Montréal, un programme d'initiation pour les enfants et les adolescents.

Ceux qui manquent d'espace peuvent miser sur des légumes qui peuvent être cultivés en bacs, comme les fines herbes, les tomates et la laitue, ou sur des plants qui grimpent sur des surfaces verticales, comme les haricots, les concombres et les pois mange-tout.

Peur de manquer de temps pour l'entretien ? N'oubliez pas que si vous avez un espace potager dans votre cour au lieu du gazon, passer la tondeuse prendra moins de temps.

UN EXEMPLE DE JARDIN URBAIN

30 m2 à la maison

Productivité : 4,7 kg/m2

10 m2 au jardin communautaire

Productivité : 3,2 kg/m2

Total : 173 kg de fruits et légumes

Valeur sur le marché : 1244 $

Produits cultivés : kiwis, raisins, haricots, tomates, rhubarbe, gingembre, champignons (pleurotes), courges, courgettes, bettes à carde, concombres, bleuets, cassis, groseilles, framboises, échalotes, ail, fraises, fines herbes, betteraves, pommes de terre, kale, cerises de terre, cornichons, carottes, navets, aubergines, poivrons, mesclun.

LE POTAGER LE PLUS PAYANT

Tous les fruits et légumes ne sont pas égaux : certains sont plus rentables à cultiver. Tant qu'à vous activer à bêcher, racler, semer, arroser, fertiliser, renchausser, désherber, aussi bien que cette sueur rapporte son pesant d'or. Voici quelques-unes des cultures qui vous permettront de réaliser les plus importantes économies.

FINES HERBES

La culture des fines herbes est l'une des plus rentables et des plus faciles. Et au supermarché, les petits paquets d'herbes sont plutôt chers. Par exemple, le prix du basilic, pourtant cultivé en serres au Québec, a augmenté de 12 % au début de 2016. Avec deux plants, Éric Duchemin récolte 665 g de basilic par saison. Valeur sur le marché actuellement : 32 $. D'autres fines herbes faciles à cultiver : persil, menthe, thym, origan, verveine, ciboulette et coriandre. Elles peuvent pousser en pots sur le balcon et même sur le rebord d'une fenêtre.

TOMATES

Les plants de tomates cerises occupent environ 1 m2 dans le potager Duchemin, et produisent 31 kg de fruit. Valeur sur le marché actuellement : 341 $. D'autres variétés se vendent moins cher à l'épicerie et dans les marchés. Les prix chutent aussi en période de récoltes. Mais dans l'ensemble, le prix des tomates a augmenté de 11 % en 2015. Vous craignez d'avoir plus de tomates que vous ne pouvez en manger au moment de la récolte ? Congelez-les ou faites des conserves.

AIL

Dans un demi-mètre carré, on peut facilement planter 50 bulbes d'ail, ce qui est plus que suffisant pour une famille, pour un an. Un bulbe biologique se vend 3 $ à l'épicerie, donc 50 bulbes valent 150 $. Si on utilise le prix des bulbes ordinaires comme référence, on obtient une valeur totale de 55 $ (1,10 $/bulbe). Cependant, l'ail est sensible aux maladies, exige du soleil et beaucoup de compost au moment de la plantation. Il peut être difficile d'obtenir des bulbes de bonne taille.

FRAMBOISES

Le prix des framboises a augmenté de 17,8 % en 2015, selon l'Institut alimentaire de l'Université de Guelph. Avec une dizaine de plants, qui occupent environ 2 m2, Éric Duchemin récolte 3,5 kg du petit fruit. Valeur sur le marché actuellement : 72 $. Évidemment, les framboises sont moins chères en période de récoltes. Mais la production peut être congelée et transformée en confiture, pour être consommée toute l'année. Le rendement varie selon les variétés. Certains framboisiers produisent moins, mais les fruits plus petits sont parfois plus sucrés. Pour commencer la culture des framboises, il suffit de trouver une connaissance qui veut se débarrasser des racines envahissantes de ses plants.

« RENDEMENT SUR L'INVESTISSEMENT »

L'auteur américain Mel Bartholomew a développé une méthode appelée « jardinage au pied carré », basée sur l'investissement de départ, la quantité de légumes récoltés par pied carré et la valeur de la récolte sur le marché. Selon sa formule, la culture de l'ail procure un rendement de 25,21 $US par pied carré, soit un rendement sur l'investissement de 25 213 % ! L'investissement de départ n'est que de 0,10 $US, pour produire 6,75 lb d'ail par pied carré. Le thym est le gagnant en dollars, avec un rendement de 69,08 $US par pied carré, soit un rendement sur l'investissement de 437 %.

Voici sa liste des cultures offrant les meilleurs rendements : fines herbes, panet, tomates cerises, ail, tomates Heirloom, navet, poireau, courge d'hiver, épinards, tomates hybrides.

AMÉLIOREZ VOS ÉCONOMIES

Voici quatre astuces pour tirer de la terre le maximum de ce qu'elle peut offrir.

EMPRUNTER DU TERRAIN

Vous n'avez pas de terrain, ou alors vos balcons ne suffisent pas à vos ambitions potagères ? Des jardins communautaires offrent des lopins de terre dans différents quartiers de Montréal. Des emplacements très recherchés et qui s'envolent vite.

Consultez le site de la Ville de Montréal >>

Le Jardin botanique offre aussi des espaces à cultiver aux jardiniers en herbe, avec son programme Jardins-jeunes.

http://espacepourlavie.ca/jardins-jeunes

VOTRE AMI LE CONGÉLATEUR

Peur de ne pas pouvoir manger tout ce que vous faites pousser ? Congelez vos récoltes ! Plusieurs fruits et légumes se conservent pendant plusieurs mois au congélateur.

Les tomates, par exemple, peuvent se congeler entières. Au moment de la décongélation, la peau s'enlève facilement et il est simple ensuite de les transformer en sauce, qui peut être congelée à nouveau.

Autre astuce d'Éric Duchemin : transformer courgettes, tomates et aubergines en ratatouille, à congeler. Les courgettes peuvent aussi être râpées et congelées, pour remplacer les carottes dans le gâteau aux carottes.

CUEILLEURS À DOMICILE

Pas le temps de récolter la production de votre arbre fruitier ? Faites appel à des cueilleurs qui s'en chargeront. La récolte sera partagée entre le propriétaire de l'arbre, les cueilleurs et des groupes communautaires oeuvrant en sécurité alimentaire.

À L'ÉCOLE DU JARDINAGE

Plusieurs organismes offrent des formations reliées à la culture des fruits et légumes. En voici quelques-uns : 

Agriculture urbaine Montréal >>

Collectif de recherche en aménagement paysager et en agriculture urbaine durable (CRAPAUD) >>

Les amis du Jardin botanique >>




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