Bourses: gare au risque de rebond de la volatilité!

Alain Bergeron, vice-président principal, gestion de placements, et... (Photo Investissements Mackenzie)

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Alain Bergeron, vice-président principal, gestion de placements, et directeur de l'allocation d'actifs chez les fonds Investissements Mackenzie.

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Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Alain Bergeron, vice-président principal et chef de l'équipe de répartition de l'actif chez Placements Mackenzie, firme spécialisée en fonds d'investissement pour les particuliers.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

C'est le repli soudain observé sur les marchés boursiers sans qu'il y ait eu de nouvelles fondamentales justifiant un tel mouvement.

À mon avis, ça indique qu'il y a plus de risque et de nervosité dans les marchés que ne le montrent les indicateurs traditionnels de volatilité.

Par exemple, du côté de l'indice américain S & P 500, l'écart-type des rendements journaliers depuis un an est d'à peine 11,5 %. Une volatilité aussi faible peut sembler positive à première vue, pour les perspectives boursières.

Mais en fait, cette mesure de volatilité depuis un an est beaucoup plus faible que la moyenne historique à long terme, qui se situe autour de 18 %.

Et on a vu récemment qu'il en faut très peu pour que la volatilité rebondisse soudainement en Bourse. Dans ce contexte, c'est encore plus important de maintenir ses placements bien équilibrés et diversifiés.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment?

Je suis les indicateurs de l'activité manufacturière en Chine. Récemment, ils ont montré une faiblesse, ce qui amène un risque pour les marchés internationaux.

Notamment parce que la dette que les Chinois ont accumulée depuis 2008 est importante. Mais aussi parce que l'objectif du gouvernement chinois de réorienter l'économie vers la consommation est un défi de taille.

Un autre indicateur que je suis est celui de l'inflation en Europe. Elle est en baisse depuis 2012 et elle vient d'atteindre son plus bas niveau depuis 2009, à 0,5 %. À ce rythme, l'Europe court le risque d'aller en déflation.

Entre-temps, il y a de plus en plus de signaux indiquant que la Banque centrale européenne (BCE) agira si l'inflation reste basse ou continue à diminuer.

Si la BCE intervient en annonçant de nouvelles mesures d'expansion économique, ça aurait un impact positif sur les actions européennes, mais ça toucherait négativement l'euro. Si la BCE laisse la déflation se produire, cependant, l'économie européenne pourrait replonger en situation précaire.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir?

D'emblée, je recommande le maintien d'un portefeuille bien équilibré, avec un niveau de risque n'excédant pas ce que l'investisseur trouve confortable.

Par équilibré, j'entends un portefeuille diversifié par régions géographiques, par classes d'actifs et par expositions à différents risques. C'est d'ailleurs l'objectif de certains produits de placement comme les portefeuilles Symétrie chez Placements Mackenzie, dont je dirige la répartition d'actifs.

Ce type de placements équilibrés est une façon éprouvée pour les particuliers investisseurs d'accroître leur portefeuille à long terme tout en minimisant les pertes de capital au fil du temps.

Par ailleurs, je suggérerais assurément d'avoir un plan établi à l'avance. Les études démontrent l'une après l'autre que, sans un tel plan, les particuliers investisseurs peuvent devenir victimes de leurs émotions, en achetant et en vendant au mauvais moment.

En placements, la discipline est une condition nécessaire au succès. Et ce, autant chez les particuliers investisseurs que les gestionnaires de grands portefeuilles institutionnels.

Quel placement évitez-vous ces temps-ci?

J'éviterais des placements très concentrés dans peu de secteurs des marchés. La diversification est l'un des rares « free lunches » en gestion de placements.

J'éviterais également des placements qui ont un risque sous-jacent plus élevé que ce qu'en perçoivent les investisseurs, et ce qu'ils pourraient en tolérer.

Par exemple, ces temps-ci, il faut se méfier du risque de surévaluation du dollar canadien par rapport au dollar américain. Cette surévaluation s'est atténuée un peu depuis quelques mois, mais il en reste encore 4 à 5 % à évacuer, à mon avis.

Pour les placements boursiers, je préconise la réduction du risque d'un ajustement des valeurs en Amérique du Nord avec une légère surpondération de titres européens.

L'économie européenne est toujours en relance de sa croissance. Dans ce contexte, les Bourses européennes ont un meilleur potentiel de redressement des valeurs à moyen terme comparativement aux autres principaux marchés.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement?

Je persiste à dire que c'est le niveau réel de risque dans les marchés.

Actuellement, il y a un certain niveau de confort probablement attribuable au fait que les marchés boursiers ont connu une très bonne performance au cours des cinq dernières années, et que la croissance économique mondiale est en expansion.

Cela dit, une grande partie de ces facteurs positifs est due aux politiques monétaires et fiscales sans précédent qui ont été mises en oeuvre à la suite de la crise financière de 2007-2008.

Éventuellement, ces stimuli devront être réduits, ce qui risque d'engendrer beaucoup de volatilité sur les marchés.

Par ailleurs, avec la réduction des mesures d'assouplissement quantitatif (achats massifs d'obligations gouvernementales par la Fed et la BCE), la relance de la croissance économique risque de perdre de son élan en dépit des politiques monétaires expansionnistes, avec le maintien de faibles taux d'intérêt.

Pendant ce temps, les gouvernements ont beaucoup moins de marge de manoeuvre financière et budgétaire qu'en 2007 : ils sont plus endettés et les taux d'intérêt sont pratiquement toujours à zéro.

Dans ce contexte, les investisseurs ne doivent pas être pessimistes, mais au moins conscients des risques qui continuent de peser sur les marchés.

***

Chez Placements Mackenzie, Alain Bergeron est vice-président principal et chef de l'équipe de répartition de l'actif et des stratégies alternatives. Il supervise la gestion de plus de 4 milliards de dollars d'actifs, répartis parmi les fonds diversifiés et les portefeuilles gérés offerts par Mackenzie.

Titulaire d'une maîtrise en finances à HEC Montréal et détenteur du titre de CFA, Alain Bergeron possède plus de 13 ans d'expérience dans la gestion des placements.




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