Matériel de seconde main: bonheur d'occasion

Si certains croyaient que l'achat de biens d'occasion... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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Si certains croyaient que l'achat de biens d'occasion était l'apanage des pauvres et des étudiants, c'est de moins en moins le cas: bien des inconditionnels des petites annonces sont loin d'être démunis.

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L'achat de produits d'occasion est à la mode. De plus en plus de consommateurs, soucieux d'éviter le gaspillage et de ménager leur portefeuille, cherchent des aubaines dans les petites annonces du web ou dans les brocantes. Ils économisent, et sont convaincus de trouver des produits de meilleure qualité.

ÉCONOMISER EN DONNANT UNE SECONDE VIE AUX PRODUITS

Pourquoi acheter des produits neufs à plein prix dans les magasins, alors qu'il est possible de trouver, pour une fraction du coût, des articles d'occasion qui répondent exactement à nos besoins ? C'est la réflexion que se font un nombre grandissant de consommateurs, qui délaissent les commerces traditionnels pour magasiner plutôt dans les petites annonces du web, boutiques de biens d'occasion, marchés aux puces, encans, bazars et ventes-débarras.

Selon un sondage de l'Observatoire de la consommation responsable dévoilé l'automne dernier, 74 % des Québécois ont fait des achats d'occasion au cours de la dernière année -  15 % d'entre eux l'ont fait plus de 10 fois. Et 11 % de ces consommateurs révèlent avoir ainsi épargné plus de 750 $.

Les adeptes des achats d'occasion sont motivés par le désir de payer moins cher, bien sûr, mais aussi par la recherche de biens plus durables et uniques, ainsi que par des préoccupations écologiques : ils se font une fierté de montrer leurs trouvailles rescapées des ordures.

« Dès que j'ai besoin de quelque chose, mon premier réflexe est d'aller regarder dans les petites annonces », dit Isabelle Clément, dont la page Facebook De la ruelle au salon est suivie par près de 15 000 amateurs de décoration vintage. « J'y ai trouvé mon chalet, mon auto, ma sécheuse, les livres scolaires de ma fille, mon ordinateur, et tout ce qui meuble mon appartement. »

Le résultat ? Un intérieur original et coloré, qui ne lui a pratiquement rien coûté : depuis quelques années, elle a vendu tous ses meubles « ordinaires » provenant de grands détaillants pour les remplacer par des pièces d'occasion dénichées un peu partout, dans le style qu'elle affectionne. L'opération s'est soldée par un résultat positif : ses ventes ont été plus élevées que ses achats, surtout qu'elle a parfois mis la main sur des trésors totalement gratuits, comme ce canapé à fleurs bleues qui trône dans son salon. D'autres bons coups ? Quatre chaises à 5 $ chacune, qui n'ont eu besoin que d'une couche de peinture et de nouveaux coussins, une sécheuse à 40 $, une desserte d'un designer italien des années 50 à 40 $, etc. Elle a aussi rénové son chalet grâce à des matériaux obtenus pour une bouchée de pain.

« De plus, les produits d'occasion sont souvent de meilleure qualité, parce qu'ils étaient mieux construits avant, note Isabelle Clément. Ils peuvent souvent être réparés ou transformés facilement. Mais essayez donc de réparer un meuble Ikea abîmé. C'est souvent impossible. »

Sa passion des bonnes affaires a transformé Mme Clément en chineuse professionnelle. Enthousiasmée par toutes les aubaines qu'elle trouvait dans ses recherches, elle s'est mise à les relayer sur sa page Facebook, pour que d'autres puissent en profiter. Elle a récemment décidé de laisser son emploi dans le domaine des communications et de lancer un nouveau blogue, delaruelleausalon.com, pour se consacrer à sa passion à temps plein.

Mieux utiliser son argent

Si certains croyaient que l'achat de biens d'occasion était l'apanage des pauvres et des étudiants, c'est de moins en moins le cas. Bien des inconditionnels des petites annonces sont loin d'être démunis. Mais ils ont comme point commun une allergie aux dettes et cherchent à utiliser leur argent le plus judicieusement possible.

Marie-Paule Villeneuve, par exemple, a pris sa retraite l'année dernière après une carrière dans les médias, pour se consacrer à l'écriture (elle a déjà publié six livres). Elle a réalisé un vieux rêve en achetant une ancienne église dans les Cantons-de-l'Est et en la rénovant pour s'y installer. Dans la philosophie de la simplicité volontaire. « J'ai toujours été à l'aise financièrement, mais j'ai décidé de réduire ma consommation il y a quelques années, pour éviter le gaspillage, raconte-t-elle. Et pour consacrer mes ressources financières à des projets qui me tiennent à coeur. »

Comme la rénovation de son église. « Tous les matériaux et le mobilier ont été récupérés, recyclés, transformés, dit-elle. Trouvés dans les petites annonces, les ventes-débarras, même dans les poubelles. Ce qui m'a permis de faire tous les travaux pour 25 000 $, au lieu de 100 000 $ si j'avais tout acheté neuf. Je n'aurais jamais pu réaliser ce projet autrement. »

Parmi ses meilleures trouvailles : un lavabo en porcelaine et une toilette payés 25 $ dans une vente-débarras, un lit en pin massif trouvé dans les petites annonces pour 100 $, une porte de confessionnal en chêne récupérée chez des voisins, un aspirateur, un frigo et une cuisinière donnés par un ami. « Même si ma cuisinière n'est pas du dernier cri, ça ne m'empêche pas de bien cuisiner », dit l'auteure en blaguant.

Grâce aux économies réalisées, elle a pu consacrer quelques milliers de dollars à la restauration de son clocher. Et aménager dans son église un logement où des artistes feront des séjours de création, grâce à un partenariat avec le comité de la culture de son village.

Yannick Vézina, jeune mère de famille de la Rive-Sud, confie qu'elle tient bien serrés les cordons du budget familial. Mais ce n'est pas seulement pour cette raison qu'elle privilégie les produits d'occasion. « Je me fais une fierté de réussir à trouver de beaux meubles et d'autres produits dont j'ai besoin à bas prix, dit-elle. Pour moi, c'est une façon de consommer intelligemment. »

Elle magasine notamment les vêtements de son bébé dans des friperies en ligne. Son fils a déniché une nouvelle guitare dans les petites annonces. Et leur nouvelle maison a été meublée presque entièrement de cette façon. « J'ai acheté récemment un lot de magnifiques meubles en noyer pour 800 $, un buffet, une table de salon, des chaises et un bureau, raconte-t-elle. Alors que chaque morceau vaut probablement 800 $. Je cherche maintenant un sofa. Et quand je vois les publicités des magasins, je trouve totalement ridicule de payer pendant 48 mois un divan qu'on n'aimera sans doute plus dans 48 mois. »

« De toute façon, on n'achète rien à crédit, ajoute-t-elle. On fait des choix, on achète seulement ce qu'on peut se permettre, avec le revenu qu'on a. »

Actuellement en congé de maternité, elle passe beaucoup de temps sur le web à la recherche de trésors. « J'ai installé l'application Kijiji sur mon téléphone et je regarde parfois les annonces en berçant ma fille pour l'endormir », dit-elle.

C'est d'ailleurs ce que soulignent les acheteurs de produits d'occasion : il faut être patient et accepter de mettre du temps pour dénicher des aubaines.

« On n'est pas toujours certain de trouver ce qui nous convient du premier coup. Il faut être prêt à se déplacer et réagir rapidement, parce que les meilleures affaires partent rapidement », souligne Isabelle Clément.

Selon elle, le jeu en vaut la chandelle. Et en prime, elle fait des rencontres touchantes. « J'ai acheté un superbe lit en métal d'une vieille dame qui l'avait fait faire sur mesure au moment de son mariage. Chaque fois que je m'y installe, je pense à son histoire. » Parions que vous n'avez pas la même pensée pour celui ou celle qui vous a vendu votre lit.

*

DE LA CONCURRENCE POUR LES DÉTAILLANTS

L'Observatoire de la consommation responsable de l'UQAM a dévoilé, l'automne dernier, sa première étude sur l'achat de produits d'occasion au Québec, qui met en lumière la popularité grandissante de ce mode de consommation. Nous avons posé quelques questions sur ce phénomène à Fabien Durif, professeur à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM et directeur de l'Observatoire.

Il s'agit de la première étude québécoise sur le sujet. Comment peut-on évaluer l'augmentation du commerce de produits d'occasion ?

Dans notre Baromètre de la consommation responsable, publié depuis plusieurs années, la question de l'achat de produits d'occasion était abordée, et on observait une augmentation graduelle. D'autres études ont aussi montré cette tendance, qui s'observe partout.

Comment l'expliquez-vous ?

Au cours des dernières années, la progression des plateformes électroniques, surtout gratuites, a facilité les échanges entre les consommateurs. C'est un type de consommation collaborative.

Qu'avez-vous découvert grâce à votre étude ?

Nous avons été étonnés de voir, dans les motivations des adeptes des produits d'occasion, que la protection de l'environnement était si importante. Le rejet du système marchand traditionnel et de la société de consommation est aussi assez fort. Beaucoup de gens achètent des articles d'occasion parce qu'ils veulent payer un prix juste pour les produits. Ils considèrent que, dans les magasins, les prix sont trop élevés. Et ça n'a rien à voir avec le revenu ou la classe sociale.

Cette tendance menace-t-elle les commerces traditionnels ?

Ça peut être assez menaçant, en effet. On n'a qu'à regarder le succès phénoménal d'un site comme Kijiji, qui reçoit des milliers de visites chaque jour. C'est susceptible de prendre des parts de marché appréciables. Ce changement dans le comportement des consommateurs commence à titiller certains détaillants, qui m'invitent à leur donner des conférences sur le phénomène.

Acheter des produits d'occasion peut être associé à la pauvreté. Est-ce que des préjugés existent toujours à ce sujet ?

De moins en moins. Les gens n'ont plus peur d'avoir l'air radins. Ils démontrent plutôt qu'ils achètent de façon réfléchie et se questionnent sur leur mode de consommation.

*

LA CHASSE AUX AUBAINES

Selon la première Étude sur l'achat et la vente de produits d'occasion au Québec, dévoilée l'automne dernier par l'Observatoire de la consommation responsable de l'UQAM

74 % des Québécois ont acheté des articles d'occasion au cours de la dernière année

-> 38 % ont acheté de 2 à 5 produits d'occasion 

-> 15 % ont acheté plus de 10 produits d'occasion

L'acheteur type est une femme (56 %), âgée en moyenne de 46,5 ans.

Les achats d'occasion les plus populaires au Québec : 

Achats d'occasion Achats neufs

Voitures 53 % 36 %

Objets de collection/tableaux 47 % 37 %

Vélos 46 % 40 %

Meubles 39 % 50 %

Instruments de musique 38 % 48 %

Livres 37 % 38 %

Objets de décoration 36 % 57 %

Jouets 36 % 55 %

Jeux vidéo/consoles 36 % 49 %

Articles de sport 34 % 58 %

35 % des acheteurs de produits d'occasion ont l'impression de faire des économies

38 % d'entre eux ont économisé moins de 250 $

11 % ont économisé plus de 750 $

32 % des vendeurs ont gagné moins de 250 $

79 % de ceux qui ont acheté des articles d'occasion ont utilisé les plateformes web 

Le site de petites annonces en ligne le plus utilisé est Kijiji - 43 % des acheteurs s'en servent.

Les acheteurs magasinent surtout dans les : 

1. Petites annonces en ligne

2. Marchés aux puces et ventes-débarras

3. Sites d'enchères sur l'internet

4. Sites de troc

5. Boutiques de produits d'occasion

Motivations des acheteurs : 

1. Protéger l'environnement

2. Payer moins cher

3. S'éloigner du système de consommation traditionnel

4. Faire des trouvailles

5. Attrait pour les objets anciens

6. Contact social et achat local

Motivation des vendeurs : 

1. Faire du ménage

2. Prolonger la vie des produits

3. Rendre service

4. Gagner de l'argent

5. Lutter contre la surconsommation et protéger l'environnement

Craintes des consommateurs : 

1. Pas de garantie de remboursement sur les produits achetés et manque de renseignements sur les vendeurs

2. Pas d'assurance de la qualité des produits

Seulement 11 % craignent de passer pour radins et 9 % craignent d'être perçus comme des personnes aux revenus modestes




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