Alex et Cyril sont copropriétaires de Société-Orignal, une « plateforme de création et de distribution » de produits propres à nos régions et qui sortent des sentiers battus. Ils sont visionnaires et travaillent d'arrache-pied pour changer la façon dont on interagit avec l'agriculture et son évolution. Une initiative unique dans un milieu qui en a bien besoin.

Émilie Poirier / URBANIA

Les gars, ça part d'où, Société-Orignal?

En gros, on travaillait dans le milieu de la restauration, et en parlant avec les chefs et les fournisseurs - pour la plupart, des agriculteurs -, on a découvert qu'on entendait souvent les opinions des chefs sur les aliments et sur l'agriculture, mais rarement celles des agriculteurs. On a aussi réalisé que, de génération en génération, les producteurs ont toujours cultivé uniquement ce que les gens leur demandaient. C'est là qu'on a eu l'idée de les aider à créer de nouveaux produits plus diversifiés et qui tiennent davantage compte de leur spécificité géographique.

C'est-à-dire?

La Société-Orignal, c'est une plateforme pour échanger avec les agriculteurs afin de mettre en marché de nouveaux produits qui s'adaptent à notre territoire - parce qu'on croit qu'on ne vit pas sur le territoire, mais avec lui. En faisant ça, notre but est d'instaurer une harmonie entre les agriculteurs, les villes et les peuples.

Quelle est votre méthode, justement?

On échange d'abord avec les agriculteurs sur les types de produits à cultiver ou les cultures à développer, car ils ont une tonne d'idées à ce sujet. On les voit comme des artistes, et des artistes, ça a besoin de brainstormer. Par la suite, on fait de la recherche sur les différents types d'agricultures et de cultures possibles sur nos territoires. Quand on a trouvé des pistes inspirantes pour les agriculteurs, nous, on fait des tests.

Et ça marche?

Ça donne souvent des trucs bizarres, mais d'autres fois, ça donne des trucs comme les baies de sureau préservées - une fois salées et mises dans le vinaigre, elles ont des arômes d'algues et un goût de raisin frais! Aussi, nous avons réalisé un savon d'oursins verts avec la famille Gagnon, qui est spécialisée dans la transformation du crabe des neiges à Portneuf-sur-mer, et un piment d'argile séché avec la famille Massé et St-Amour, pourtant spécialisées dans la culture maraîchère. Une fois qu'on a confiance en un produit, on va voir les chefs pour savoir ce qu'ils en pensent. S'ils décident d'en acheter, notre job est faite. On le fait avec des chefs à Montréal, à New York et dans plein d'autres villes.

Pourquoi se servir des chefs pour faire connaître au public les produits développés avec les agriculteurs?

Quand tu veux faire connaître quelque chose, les moyens de transmission sont importants. Les chefs sont des personnes médiatisées et influentes. On travaille avec des Normand Laprise, des Michael Caballo, des Dave McMillan, des Daniel Humm et plusieurs autres qui sont des baromètres, créatifs et audacieux, donc ils peuvent faire connaître des produits super marginaux. Et on s'est rendu compte qu'il faut laisser le temps aux gens d'apprécier le produit. La bouffe, ça doit nourrir notre bonheur, notre corps et notre esprit. Au final, on veut juste que les gens se rassemblent entre eux, découvrent de nouvelles choses et aient du fun!

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