Grossesse et congé parental font-ils encore peur aux employeurs... en 2014? Une annonce discriminatoire postée il y a quelques semaines sur le site d'Infopresse a relancé le débat, non sans susciter le tollé.

Publié le 11 avr. 2014
Anabelle Nicoud LA PRESSE

«Es-tu peu encline à tomber enceinte pour diverses raisons? Es-tu d'avis que seule l'imagination devrait être fertile, du moins pour quelques années encore?»

Sitôt mise en ligne, l'annonce de l'agence Braque pour remplacer deux chargées de compte parties en congé de maternité a braqué les internautes.

«Dégueulasse», «annonce de marde»: sur Twitter comme sur Facebook, la réaction a été unanimement négative, l'embarras de l'agence culminant avec une interview chez Dutrizac de la directrice du service-conseil de l'agence montréalaise de communication, Marie-Josée Bourque.

L'agence, qui a depuis reformulé son offre d'emploi, a tenté de plaider l'humour (le président Jean-Marc Demers n'a pas rappelé La Presse). Trop tard, croit-on.

Des enfants plus tard, un remplacement difficile

«C'est une annonce intrinsèquement sexiste, discriminatoire, contre les femmes enceintes et les jeunes femmes à la recherche d'un emploi, s'indigne Jennifer Hazel, féministe et étudiante en travail social de 28 ans. Quand on sait que la discrimination envers les femmes enceintes est bien réelle, je ne vois pas ce que ça a de drôle.»

L'agence Braque a-t-elle dit tout haut ce que pensent bien des employeurs?

Le magazine sur l'emploi a déjà consacré au «Boss Partum» tout un dossier il y a plus de deux ans.

Les femmes ont en effet leur premier enfant de plus en plus tard, quand elles occupent des postes plus élevés au sein des entreprises, ce qui rend parfois leur remplacement plus difficile.

N'empêche, la loi est claire, rappelle M. Grenier: il est tout aussi interdit de demander à une candidate si elle projette de fonder une famille que de renvoyer une employée parce qu'elle est enceinte.

Une évidence, dira-t-on, mais qui ne se traduit pourtant pas toujours dans la pratique. Bon an, mal an, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPJC) reçoit plus d'une dizaine de plaintes pour discrimination liée à la grossesse.

Une discrimination bien réelle

En 2012-2013 seulement, 16 plaintes reçues par la Commission avaient pour motif la discrimination liée à la grossesse. Parmi elles, 3 concernaient l'embauche et 11, le congédiement.

Ç'a été le cas de Vanessa Turmel, une jeune femme renvoyée lors de sa première journée au travail au Comfort Inn de Boucherville, moins de deux heures après avoir annoncé qu'elle était enceinte. L'hôtel a été condamné en septembre dernier à lui verser plus de 18 000$ de dommages et à mettre en place une politique interne de lutte contre la discrimination.

Dans ce contexte, le «clin d'oeil» de l'agence Braque passe plutôt mal.

Et pourtant... 84 % des femmes en âge d'avoir un enfant travaillent, selon des chiffres compilés par le Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail. Avec moins de deux enfants par femme en moyenne, la grossesse et les congés parentaux ne sont pas si fréquents, souligne Mme Goulet.

En revanche, le vieillissement de la population pourrait bientôt commencer à créer de nouveaux besoins chez les actifs. Reste à voir comment les employeurs et recruteurs prompts à discriminer les femmes enceintes réagiront à cette nouvelle donne.