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Les parents de la DPJ

Les ateliers ont lieu dans un centre de... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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Les ateliers ont lieu dans un centre de jour, dans l'est de Montréal. C'est un cours de Parent 101, auquel les parents assistent avec leur enfant.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Katia Gagnon
La Presse

Derrière ces enfants de la DPJ, dont on parle beaucoup, il y a des parents, dont on ne parle jamais. Ils sont vus comme des parias, des parents indignes. Mais qui sont-ils vraiment? La Presse a suivi six d'entre eux pendant les dix semaines d'un atelier de compétences parentales. Nous vous raconterons leur histoire, déchirante, en six épisodes.

Quand Émilie a perdu la garde de William, le petit avait tout juste 1 an. Dans la salle d'audience, elle s'est levée à l'entrée du juge. Elle l'a tout de suite reconnu. C'était le même qui l'avait placée, elle, à l'âge de 14 ans.

Martin avait une mère dépressive. Un jour, elle a été hospitalisée. Elle les a suppliés, son frère et lui, de n'en parler à personne. Les deux enfants, 12 et 14 ans, ont vécu seuls - tout seuls - pendant trois mois.

Marie-Claude a demandé à être placée. Elle a vécu en centre toute son adolescence.

La mère de Catherine s'est suicidée pendant qu'elle vivait en foyer de groupe.

Anik a passé des mois à l'hôpital psychiatrique, après avoir pris de la drogue et travaillé comme escorte.

Simon a grandi dans une famille de classe moyenne, mais a sombré dans la toxicomanie à l'adolescence.

Ils sont six. Ils ont tous eu un enfant. Leur enfant a fait l'objet d'un signalement. Et depuis, ils sont suivis par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Dans certains cas, leur enfant est placé. D'autres en ont gardé la garde.

Mais, en vertu de la loi, ils ont un maximum de deux ans pour remettre leur vie sur les rails s'ils veulent reprendre - ou conserver - la garde de leur enfant. Dans cette optique, ils se sont inscrits à un atelier de compétences parentales. Critère numéro un pour la sélection des parents: le «projet de vie» de leur enfant est «à risque de dérive».

Ces ateliers ont lieu dans un centre de jour, dans l'est de Montréal. C'est un cours de Parent 101, auquel les parents assistent avec leur enfant. La Presse les a suivis pendant les 10 semaines d'ateliers.

Le mot DPJ n'est jamais prononcé ici. «C'est une sorte de terrain neutre. Pour eux, ils ne sont pas à la DPJ ici», explique Stéphane Lévesque, intervenant social, l'un des deux animateurs.

Dans les ateliers, Stéphane Lévesque et sa coanimatrice Nathalie Sylvestre ont vu défiler toutes sortes de gens. Ils ont vu de jeunes gens courageux, qui voulaient réellement apprendre à être parents. Ce père atteint de schizophrénie, par exemple, qui n'avait pas la moindre idée de la façon de présenter une consigne à son enfant. «Il avait vraiment progressé à la fin des ateliers», dit Nathalie Sylvestre.

Mais pour d'autres, la marche est très élevée: les deux animateurs en ont vu de toutes les couleurs. Des parents qui restent fumer dehors quand leur enfant arrive, amené par un transporteur bénévole. Un mère qui se pointe un beau matin avec le père biologique de l'enfant - qu'il n'a pas vu depuis des années - pour qu'il suive les ateliers avec elle. Une autre, qui traitait son enfant comme un chum de taverne.

Et bien d'autres parents, qui ignoraient les principes élémentaires du développement des enfants. Ce père, par exemple, qui suivait l'atelier avec son tout-petit. «Il nous disait: "Pourquoi je lui parlerais, il ne peut pas me répondre!"», raconte Nathalie Sylvestre en riant. «On lui a dit: "Si vous ne lui parlez pas, il ne vous répondra jamais!"», complète Stéphane.

Ou encore cette maman qui se plaignait que son enfant mordait. «Qu'est-ce que vous faites quand votre enfant mord? lui a demandé Stéphane. «Ben, je le mords, a répondu le parent. Pour qu'il voie ce que ça fait!» Je lui ai dit: «Comme ça, vous apprenez à votre enfant à ne pas mordre en le mordant?»

Dans ce duo dynamique que forment les animateurs, il y a une affection profonde pour ces parents qui sont souvent vus, dans la société, comme des parias.

«Il faut les aimer. Sinon, on ne ferait pas ce job-là, dit Nathalie. Nous, on a l'obligation des moyens, pas des résultats. On sème des choses. Et la récolte viendra peut-être plus tard.»




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