Quand Benjamin et Natsuko se sont rencontrés il y a deux ans à Berlin, ils n'imaginaient pas que leur amour naissant les mènerait au Danemark devenu un «Las Vegas européen» pour se marier.

Deborah COLE AGENCE FRANCE-PRESSE

C'est en lui offrant un endroit pour dormir dans son appartement berlinois par un réseau de «couch surfing», que Benjamin Krause, 37 ans, a fait la connaissance de Natsuko Kubota, une Japonaise de 32 ans.

Alors que leur relation prenait un tour vraiment sérieux, ils ont réalisé que l'Allemagne faisait en Europe la course en tête en matière d'obstacles administratifs pour les candidats au mariage. Surtout quand l'un des conjoints n'est pas allemand.

Une consultation auprès d'une des nombreuses agences allemandes spécialisées dans les mariages au Danemark les a poussés à rejoindre ce voisin accueillant, comme environ 6000 couples par an, selon diverses estimations.

Ici, pas de pasteurs déguisés en Elvis mais bien une sorte de «Vegas européen», avec formalités simples et rapides pour convoler en justes noces.

Et puisque le pays est membre de l'UE, les unions sont reconnues à l'étranger, en général sans trop de paperasserie.

«À mes yeux, le Japon était le champion du monde de la complexité administrative, mais je pense que l'Allemagne est encore plus compliquée», affirme Natsuko Kubota, tout en ajustant un diadème, à quelques minutes de son mariage sur l'île danoise d'Aeroe.

Pour son fiancé, en dépit de la beauté de ce petit coin de la Baltique, il y a quand même un regret: ne pas avoir pu se marier au pays. Seuls ses parents et un ami ont fait le voyage.

Le couple a utilisé les services de Karsten Thom qui a lancé son agence berlinoise «Heiraten Leicht Gemacht» («le mariage rendu facile») en 2003 après avoir épousé sa fiancée kenyane au Danemark l'année précédente.

Pour environ 400 euros, il procure les documents, s'occupe du voyage et prend rendez-vous avec l'état-civil.

«Les services allemands considèrent que les couples tentent d'obtenir illégalement un permis de séjour pour le partenaire étranger, et vous avez à prouver le contraire», explique-t-il.

Une ville de conte de fées

Le bureau d'état-civil d'Aeroe se trouve tout près du centre d'Aeroeskoebing, autoproclamée «ville de conte de fées», avec ses bâtisses à colombages et son joli bord de mer.

Et c'est un large sourire qui accueille Benjamin et Natsuko: celui de Joan Lykke Ammersboell qui procède à la cérémonie de 10 minutes en anglais.

Ici, les couples doivent fournir une pièce d'identité, démontrer qu'ils sont entrés légalement dans le pays, et si besoin produire les papiers d'un éventuel divorce.

Mais les autorités n'exigent pas comme l'Allemagne de «certificat de capacité à mariage», un document du pays d'origine établissant l'absence d'un mariage précédent, qui est généralement soumis à l'approbation d'un tribunal.

Betty Nyakatura, 30 ans, née à Berlin et titulaire de la double nationalité allemande et ougandaise estime avoir dépensé 1000 euros et une année entière pour essayer de se marier avec son fiancé ougandais Abba, avant de décider de passer par la case Danemark.

Près de quatre ans après, sa voix tremble encore de colère quand elle décrit ce sentiment d'impuissance éprouvé lorsqu'un tribunal a refusé de reconnaître le acte de naissance d'Abba.

«Je me suis dit: +ça ne peut plus être mon pays, je ne suis pas d'ici».

Selon Joergen Otto Joergensen de l'office du tourisme d'Aeroe, les mariages rapportent quelque 7 millions de couronnes (1 million d'euros) chaque année à la petite île de 7000 âmes.

Beaucoup «perçoivent le Danemark comme non bureaucratique» car il n'observe que la loi locale alors que l'Allemagne prend en compte la législation du pays du ressortissant, souligne un porte-parole du ministère allemand de l'Intérieur.

Pour Natsuko Kubota, l'expérience a en tout cas influencé le regard qu'elle porte sur son pays d'adoption. «Il s'agit juste de deux personnes qui veulent être ensemble. Pourquoi rendre les choses si compliquées ?»