Le monopole de la Société des alcools du Québec empêche la présence à Montréal de petites boutiques de vins où des propriétaires allumés pourraient choisir leurs crus selon leurs goûts et les désirs de leurs clients, de la même façon que ça se fait pour les vêtements ou les quincailleries.

Publié le 2 oct. 2015
Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Comme c'est le cas dans bien des secteurs très réglementés - pour ne pas dire surréglementés - le vin est cependant en train de devenir un espace où les esprits créatifs s'expriment, histoire de décoincer un peu ce commerce à l'intérieur de l'esprit de la loi et des normes qu'elle impose.

C'est ainsi, par exemple, que depuis quelques années les agences se sont imposées comme acteurs cruciaux, apportant par leurs choix, leur offre d'importations privées et même leur identité commerciale un vent de fraîcheur dans des allées de magasins trop souvent monocordes.

C'est ainsi aussi que, depuis quelques années, sont apparus des restaurants qui vendent du vin au-delà du repas. Ces tables utilisent l'ouverture de la loi à la vente de vin en accompagnement à des plats à emporter pour devenir de petits marchands en soi.

On l'a vu ici et là - on pense à La famille ou aux Cons Servent, notamment - mais le nouveau Cul-sec pousse le concept à un autre niveau.

Ici, on entre dans un restaurant qui a réellement l'air d'une cave. Les bouteilles sont à l'avant, étalées au grand jour sur des étagères, avec des prix écrits sur chacune d'elle.

Ce qui est intéressant avec cette offre, c'est que la sélection n'entre pas en concurrence avec les succursales avoisinantes de la SAQ, car on propose ici surtout des vins naturels d'importation privée, issus de petits producteurs. Vendues avec des marges fort raisonnables, ces bouteilles sont des crus de niche et complètent l'offre des boutiques d'État.

Installé rue Beaubien, tout près de Saint-Laurent dans un lieu aménagé sobrement, le Cul-sec est le nouveau restaurant-boutique de Martin Juneau, aussi chef propriétaire de Pastaga. On y propose donc du vin et encore du vin, mais aussi des plats à emporter ou à manger sur place.

Courte, la carte vise néanmoins tous les types d'appétits: du grilled-cheese aux côtes levées en passant par du poisson, des salades repas, des desserts.

On aime la salade de betteraves en entrée, par exemple, qui réinvente joliment un concept à la mode, celui de marier ces légumes racines avec du chèvre frais. Ici, non seulement on présente le plat élégamment avec des tas de verdures qui lui donnent l'allure d'un sous-bois, mais on saupoudre le tout de miettes de pistaches qui enrichissent le plat sans l'alourdir.

La truite de Norvège se présente sur un lit de chou frisé - le célèbre et populaire kale - finement haché où en se mélangeant avec un fromage relevé, les feuilles vertes jouent le jeu d'une sauce Rockefeller. La composition marche, le poisson est juste assez cuit - où devrait-on dire juste assez peu cuit - pour fondre en bouche. Un joli plat goûteux, un brin costaud, pour ceux qui trouvent que le poisson gagne à délaisser les accompagnements trop acides.

L'autre assiette du jour s'avère tout aussi savoureuse: du boudin de morue, original, encore là très moelleux, fin, dont la chaleur juste assez salée entre en parfait contraste avec la fraîcheur d'un accompagnement de fines lames de fenouil.

Au dessert, le sandwich à la crème glacée à la pistache du glacier Monsieur Crémeux - une autre adresse de Martin Juneau, voisine - est un peu difficile à manger, trop épais, trop dur...

Pour accompagner le tout, l'aligoté de Fanny Sabre, parfaite recommandation de la sommelière, tombe à point. À 47$, qui dit mieux? On entame la bouteille sans la finir, on la rapporte à la maison, comme on aurait pu tout emporter. Vive - enfin - un peu de flexibilité!

Cul-sec

29, rue Beaubien Est, Montréal

514 439-8747

culsec.ca

> Prix: Salades-repas entre 12$ et 15$, plats entre 7$ et 18$. Encas entre 12$ et 18$, à grignoter avec un verre de vin.

> Carte de vins: Beaucoup de bonnes bouteilles pas chères, importations privées de petits producteurs de vins naturels. Pas toujours facile de s'y retrouver, mais les conseils de la sommelière sont fort utiles.

> Service: Accueillant, efficace.

> Concept: Boutique de vin où l'on sert à manger, ou est-ce un restaurant aux airs de marchand de vin? On est assis sommairement sur des bancs rustiques, les tables sont de bois et sans chichi. On n'a pas investi une fortune sur une déco concept. Cela dit, on n'a pas fait de faux pas non plus.

(+) La sélection de vins, originale, nouvelle, naturelle (et de bons plats aussi).

(-) Il faut ajuster le sandwich à la crème glacée. (Et peut-être trouver des tabourets plus confortables?)

On y retourne? Oui!