Sculpter le vêtement

Après avoir étudié la haute couture à Paris,... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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Après avoir étudié la haute couture à Paris, Elisa C-Rossow fonde sa marque éponyme à Montréal. Dans son atelier de Griffintown, elle confectionne des vêtements classiques et intemporels, où le noir est prédominant.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Depuis maintenant sept ans, Elisa C-Rossow crée à Montréal des pièces minutieusement travaillées, à la coupe fignolée avec attention. À la fois minimales et intemporelles, ses créations n'en sont pas moins contemporaines. Une contradiction? Pas pour cette artiste dans l'âme, pour qui le vêtement n'a rien d'une commodité «prête-à-jeter».

En discutant avec Elisa C-Rossow, une évidence s'impose rapidement: tout dans la démarche de cette jeune artiste et designer semble organiquement lié, en synchronicité. Comme un univers qu'elle tiendrait dans le creux de ses mains de fée.

De son intérêt pour les arts et la sculpture à ses études en haute couture, de cette paire de ciseaux trouvée dans une brocante à Paris à sa visite impromptue à Montréal qui deviendra son nouveau chez soi... La voie qu'a empruntée cette Française d'origine ne semble jamais avoir dévié d'un objectif fixé il y a longtemps: redonner aux vêtements leurs lettres de noblesse.

«Ma ligne directrice, lorsque j'ai monté mon entreprise, était de créer un vêtement unique, intemporel, qui dure dans le temps, mais qui est toujours contemporain et moderne. Pour y arriver, il faut des matériaux luxueux, une finition sans faille et travailler dans les valeurs, et non leurs couleurs, comme le noir et le blanc», dit-elle avec aplomb.

Un concept qui part d'un constat sur ce qu'est devenue l'industrie de la mode aujourd'hui. «J'étais consternée de voir à quel point on se foutait du vêtement. Les gens achètent un t-shirt à 10 $, le balancent en boule au fond d'un placard et au bout d'un mois, ils le jettent... Pour moi, c'était dramatique, car il y a quelqu'un qui a pensé ce t-shirt pour un certain type de clientèle, qui l'a conçu et travaillé», se désole-t-elle.

Pour arriver à ses fins, la jeune femme prend alors la décision d'étudier la haute couture à l'École supérieure des arts et techniques de la mode (ESMOD) de Paris, réputée pour sa technique. «J'ai choisi la haute couture, car tant qu'à apprendre une technique, aussi bien apprendre la meilleure! Il y a beaucoup d'écoles de mode à Paris, mais ce sont surtout des endroits où ils nous apprennent à avoir des idées. Moi, j'ai toujours considéré que l'école sert plutôt à réaliser ses idées!»

Noir intemporel

Toute cette réflexion autour du vêtement sous-tend la raison d'être de la marque éponyme que la créatrice a lancée en 2008. Loin de se laisser porter par le goût et les tendances du jour, elle a fait le choix d'une certaine lenteur, en ne produisant qu'une collection par année.

Et encore, chacune de ses collections tient en une vingtaine de morceaux maximum, où se retrouvent invariablement des vestes et manteaux, pour lesquels la designer est particulièrement réputée.

«Ce sont des incontournables revisités, qui représentent selon moi ce que la femme doit avoir dans son garde-robe: une veste, un pantalon, une jupe taille haute, une robe, un manteau... Je peux passer une semaine sur une robe pour que sa coupe soit parfaite. Du coup, je n'ai pas besoin d'en faire dix: il y en a une, et elle est parfaite!», explique-t-elle.

Minimaliste? Que oui! «J'ai toujours été dans cette optique minimaliste: avoir un manteau magnifique à la coupe parfaite, plutôt que d'en avoir dix à peu près corrects et qui ne servent à rien...»

En jetant un coup d'oeil rapide aux vêtements qui sont suspendus dans un coin de son atelier, impossible de ne pas remarquer le règne du noir. Fière représentante de sa marque, la jeune femme est également habillée de la couleur de l'ébène de la tête aux pieds. Sa seule exception? Le dimanche, où elle se permet parfois du blanc et un peu de couleur!

«Pour moi, le noir, c'est intemporel et indémodable, contrairement aux couleurs, qui survivent mal d'une saison à l'autre. Mon passé artistique fait en sorte que je "sculpte" vraiment les vêtements sur le corps. Le noir permet de mettre en valeur mes coupes très structurées», analyse celle qui conçoit absolument toutes ses pièces - des patrons à la confection -, avec l'aide de quelques stagiaires, dans son atelier de Griffintown.

Une touche ludique

Le tout peut avoir l'air austère. Pourtant, le monde d'Elisa C-Rossow est aussi ludique. Pour s'en convaincre, il suffit de noter les inspirations de ses collections précédentes: Les Pierrafeu (2012), Ma sorcière bien-aimée (2013) et, cette année, l'univers western et folk avec une collection au titre rigolo, RANGO.BANJO.BANG-BANG.

«J'ai toujours des inspirations qui m'accompagnent durant un an, et j'ai besoin que ça me fasse rire ! confie-t-elle. J'aime aussi l'ironie entre mes vêtements très classiques, intemporels et noirs, et mon inspiration qui peut venir de plein de choses drôles.»

Point de départ de ses collections, ses inspirations sont primordiales dans le processus de création de la jeune femme. «Mes inspirations sont un moteur. Je ne fais pas que créer des vêtements; chacun est pensé et réfléchi, un peu comme si je faisais un tableau. C'est une histoire que je raconte.»

Des histoires qui se matérialisent dans les photographies de ses collections, toujours incroyablement léchées. Moment charnière, ses séances photo sont l'aboutissement d'une année de travail où la designer immortalise ses vêtements et les voit enfin portés tels qu'elle les a rêvés. «C'est important pour moi, dans les séances photo, de raconter l'histoire que j'ai voulu faire passer. De suggérer l'émotion qui est à l'origine des vêtements.»




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