Elle s'appelle Looove Tinkebell, elle a presque 31 ans, elle vit à Amsterdam et a un visage angélique. Quand elle a donné rendez-vous à La Presse dans un café chaleureux près de chez elle, elle s'était identifiée ainsi: «Je serai la fille tout en rose.» Artiste reconnue par ses pairs, Tinkebell est représentée par la Gallery Torch, dans le quartier central de la capitale néerlandaise.

Sylvie St-Jacques LA PRESSE

En 2009, elle a publié un volumineux ouvrage d'environ 800 pages entièrement composé de lettres d'injures envoyées par ses détracteurs. Pourquoi Tinkebell s'attire-t-elle autant de haine?

 

C'est que, voyez-vous, Tinkebell a tué son chat pour en faire un sac à main, une pièce de collection qu'elle a intitulée My Dearest Cat Pinkeltje.

Pour Looove Tinkebell, l'intérêt pour la mort et les animaux a pris naissance pendant sa formation en arts visuels. Son premier projet a été une photographie de son oiseau tué par un de ses trois chats, qu'elle a intitulée Who Killed Bud. Ensuite, elle a commencé à conserver dans le formol des cadavres de petits animaux trouvés dans la rue. En 2008, son projet intitulé Baby Bunnies (une série d'animaux manipulés et empaillés) se voulait une remise en question de la «consommation» d'animaux domestiques.

Mais c'est vraiment l'assassinat de son chat dépressif qui lui a valu controverse et notoriété aux Pays-Bas. «Je lui ai cassé le cou, pour le sortir de sa souffrance. Ensuite, je l'ai apporté chez le taxidermiste», relate tout bonnement la jeune artiste, qui est parfois appelée à offrir des ateliers sur l'art de tuer son chat et en faire un sac à main.

Forcément, cette prise de position pour le moins radicale lui a attiré d'innombrables ennemis, tant chez les amoureux des chats que chez les défenseurs des droits des animaux.

Mais Looove Tinkebell, qui est une végétarienne convaincue, affirme que sa pratique artistique dénonce l'hypocrisie d'une industrie qui «dénature les animaux pour en faire des objets de consommation».

«Aujourd'hui, il est possible d'acheter un animal de compagnie hypoallergène. La science nous permet de créer l'animal parfait pour combler nos besoins», déplore Looove Tinkebell, qui soulève le paradoxe de plusieurs de ses détracteurs. Pourquoi, selon elle, est-il plus condamnable de tuer son animal dépressif que d'acheter des steaks au supermarché ou d'enfermer des hamsters dans un café?