Lorsqu'on s'intéresse au coût énergétique total de la production alimentaire, les fruits et légumes qui sont conservés dans des entrepôts frigorifiés pour prolonger leur longévité reçoivent une bien mauvaise note. Les pommes du Québec achetées en mars ont donc une lourde empreinte écologique.

Stéphanie Bérubé LA PRESSE

Il en va de même pour les légumes qui poussent dans des serres chauffées. En 2005, une étude britannique a calculé qu'il valait mieux importer des tomates d'Espagne plutôt que d'en faire pousser en Angleterre, si on s'intéressait à la facture énergétique de tout le cycle de vie des tomates. Le calcul serait semblable ici, rendant une tomate mexicaine soudainement plus verte qu'une tomate québécoise produite à l'année, en serre.

 

«C'est évident que ça coûte cher d'énergie produire en serre au Québec, on ne peut pas s'en cacher», concède Marie Gosselin, présidente de Savoura. Le géant de la tomate québécoise a donc décidé de récupérer des biogaz d'un lieu d'enfouissement pour chauffer une partie de ses serres. L'idée est de rendre ses tomates rouges plus «vertes». C'est l'avenir de la culture en serre dans l'hémisphère nord, dit-elle. C'est pour cette raison que l'on parle de plus en plus de «serriculture écologique».

Avec le biogaz récupéré, on peut refaire le calcul. Une tomate importée de la Californie génère un poids en gaz carbonique de 119 g, calcule Savoura. Celle du Brésil, 228 g et celle de Chine, 311 g. La tomate de serre biogaz, produite et mangée au Québec, a un bilan de 13 g.

Par ailleurs, estime Marie Gosselin, en alimentation, il faut aller au-delà de ces chiffres. La production en serre se fait en milieu fermé, donc pratiquement sans pesticide. «Et il faudrait aussi inclure la fraîcheur dans le calcul, dit-elle. Une tomate québécoise est cueillie et emballée immédiatement. Elle est envoyée directement au magasin. Pour la mexicaine, ça peut prendre 10 jours avant qu'elle n'arrive dans les magasins.»