Avec la récession, de nombreux Américains reviennent -littéralement- à leurs racines, cultivant des légumes dans leurs arrière-cours pour économiser un peu d'argent sur le budget consacré à l'alimentation.

Gillian Flaccus ASSOCIATED PRESS

Des études réalisées par les professionnels du jardinage prévoient une croissance à deux chiffres du nombre de jardins privatifs cette année et certaines sociétés de vente de semences par correspondance ont reçu tellement de commandes qu'elles ne peuvent plus répondre aux demandes pour des légumes de base comme les oignons, tomates et poivrons.

«Le budget en épicerie des ménages a fortement baissé, et il y a désormais une forte augmentation de la demande pour nos semences végétales. Nous sommes en rupture de stock», explique George Ball, directeur général de Burpee Seeds, la plus grande entreprise de vente par correspondance aux États-Unis. «Je n'ai jamais vu ça.»

Les partisans de ce «retour aux racines» parlent désormais de «jardins de la récession» et ils espèrent que ce phénomène sera similaire à celui des «jardins de la victoire» qui étaient encouragés par le gouvernement américain pendant la Seconde guerre mondiale.

Ces potagers, conçus sur le modèle de celui qu'avait commencé à cultiver la «First Lady» Eleanor Roosevelt à la Maison-Blanche en 1943, étaient destinés à assurer l'auto-suffisance alimentaire. À leur apogée, ils fournissaient 40% de la production nationale de légumes frais, souligne Roger Doiron, fondateur de l'association Kitchen Gardeners International.

Roger Doiron et plusieurs de ses collègues ont adressé une pétition à Barack Obama pour qu'il cultive un jardin similaire à la Maison-Blanche, puisque le président américain s'est dit partisan d'une économie responsable qui ne nuise pas à l'environnement. Dans une pétition en ligne, ils ont collecté 75 000 signatures.

«Cela fait vraiment partie de notre histoire, et cela fait partie de l'histoire de la Maison-Blanche», observe Roger Doiron. «Quand j'ai découvert pourquoi on avait fait cela (pendant la Seconde guerre mondiale), et quand je vois où nous en sommes aujourd'hui, cela semble à nouveau approprié.»

Mais pour beaucoup d'Américains, ce retour est surtout motivé par des considérations économiques. Selon l'Association nationale du jardinage, un jardin potager bien entretenu permet d'économiser en moyenne 500$ par an. D'après une étude de Burpee Seeds, en dépensant 50$ en équipements, il est possible d'obtenir une production annuelle rapportant l'équivalent de 1250$.

L'Association nationale du jardinage prévoit une augmentation de 19% de la culture des jardins privatifs en 2009, en se basant sur les ventes de semences de printemps et sur un sondage réalisé par téléphone. Un cinquième des personnes qui ont répondu envisagent de commencer à cultiver un jardin potager cette année et plus de la moitié ont déclaré qu'elles jardinaient déjà pour économiser sur l'alimentation.

Les jardins collectifs suscitent aussi un regain d'intérêt. La liste d'attente pour le jardin communautaire de Long Beach en Californie, qui compte 312 places, a presque quadruplé et personne ne part, constate la responsable de la liste Lonnie Brundage.

«Je pense que si les choses allaient bien, on ne verrait pas autant de gens faire ça. Ils sont trop occupés», commente Richard Chamberlin, président de Harris Seeds à Rochester, dans l'État de New York. «Pour la plupart des Américains, jardiner était un vilain mot, parce que cela veut dire travailler, et personne ne veut davantage de travail, mais ça a changé.»