David Lemieux a défait ses gants pour une dernière fois. L’illustre boxeur québécois a annoncé qu’il prenait sa retraite, samedi.

Mis à jour le 13 août
Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

« J’ai accompli beaucoup pendant ma carrière, écrit le pugiliste de 33 ans par voie de communiqué. J’ai réalisé mon rêve d’être champion du monde. J’ai offert aux partisans des combats excitants, en acceptant tous les défis que l’on m’a proposés. »

Mais le temps était venu d’en poursuivre un autre. Celui de vivre pleinement sa vie de père avec son nouveau-né Xander, né en mai quelques jours avant son dernier combat. Il s’agit de son troisième enfant, après Lilyanna et Léon, mais de son premier avec l’ancienne plongeuse Jennifer Abel.

J’ai dédié mon quotidien à l’entraînement, à la boxe. Et maintenant, j’ai envie de profiter de chaque moment avec ma famille.

David Lemieux

Le Lavallois quitte la boxe professionnelle avec une fiche de 43 victoires, dont 36 K.-O., et 5 défaites. Et il aura fait vivre de grands moments aux amateurs pendant ses 15 ans de carrière.

À commencer par son titre mondial IBF des poids moyens (160 livres), en 2015, qu’il avait acquis au Centre Bell en envoyant Hassan N’Dam pas moins de quatre fois au tapis.

PHOTO CHARLES LABERGE, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE

David Lemieux est devenu champion du monde IBF des poids moyens le 16 juin 2015.

Tout juste avant, en 2014, il avait vaincu l’Américain Gabriel Rosado de façon spectaculaire, à New York. Lemieux avait passé le K.-O. au favori de la foule, obtenant ainsi la ceinture NABF des poids moyens.

Et même s’il s’agit d’une défaite, son combat contre Gennady Golovkin à guichets fermés au Madison Square Garden, en novembre 2015, aura marqué l’histoire de la boxe. Quand Lemieux parle de défis acceptés, c’est particulièrement de lui qu’il est question. Golovkin était au sommet à l’époque, un champion du monde unifié des poids moyens. Lemieux s’était finalement incliné au 8round par K.-O. technique au terme d’une performance honorable.

« David, c’est le genre de gars qu’on aime parce qu’il est vrai, et qu’il a le cœur gros comme le Québec, souligne le promoteur d’Eye of the Tiger Management, Camille Estephan, dans le communiqué. C’est un gars de défi, comme il l’a démontré tout au long de sa carrière.

Il a tout mon respect pour ce qu’il a réalisé. Et encore plus aujourd’hui, de se retirer à ce moment-ci, en santé, au lieu de simplement s’accrocher au passé. Il se retire au bon moment, et je lui dis merci pour tout.

Camille Estephan, promoteur d’Eye of the Tiger Management

Son entraîneur de longue date, Marc Ramsay, parle quant à lui de « nostalgie », mais aussi de « grande fierté » en recevant la décision de David Lemieux.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

David Lemieux et Marc Ramsay

« Je me souviens du petit bonhomme de 10 ans qui allait s’entraîner au vieux gymnase de Russ Anber tous les jours avant tant de détermination, raconte Ramsay. Cette même détermination qui l’a mené quelques années plus tard au sommet du monde de la boxe. Je peux affirmer sans l’ombre d’un doute que David a été un des boxeurs que j’ai aimé le plus entraîner au cours de ma carrière. »

« Je suis vraiment fier du cheminement que nous avons fait ensemble, fier des accomplissements, fier de la personne qu’il est devenu, fier qu’il sorte de la boxe en santé, et surtout fier de la direction qu’il prend maintenant avec sa famille. »

Lisez « David Lemieux : la longue route vers le sommet »

Une fin de carrière en dents de scie

Si Lemieux a atteint les plus grands sommets de la boxe, ses dernières années ont été plus laborieuses.

Il a subi la défaite face à Billy Joe Saunders en 2017, chez lui, à la Place Bell de Laval.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

David Lemieux a affronté Billy Joe Saunders, le 16 décembre 2017 à la Place Bell, à Laval.

En 2018, il n’est pas parvenu à faire le poids en vue de son combat contre le Français Karim Achour au Centre Vidéotron de Québec. Camille Estephan avait même été inquiété des problèmes de santé que ses tentatives de perte de poids avaient engendrés. Il l’avait tout de même emporté facilement.

Lemieux avait ensuite battu l’Américain Gary O’Sullivan sans appel avec un K.-O. au premier round, au T-Mobile Arena de Las Vegas. C’était en septembre 2018. Ça aura été son dernier grand moment.

Pour donner un nouveau souffle à sa carrière, et pour éviter les problèmes sur la balance, le pugiliste de Laval a ensuite changé de catégorie de poids, en passant chez les 168 livres.

S’il a enchaîné trois victoires consécutives contre des adversaires modestes, ça s’est nettement compliqué contre l’excellent David Benavidez (26-0, 23 K.-O.), en mai dernier.

Sa défaite au deuxième round de ce combat disputé au Gila River Arena de Glendale, le 21 mai, aura finalement sonné le glas de sa carrière. Il s’agissait d’un autre grand défi pour lui, un courage que même Benavidez avait relevé avant l’affrontement.

Celui que Ramsay avait qualifié de boxeur au « cœur de lion » après ce combat ne quitte peut-être pas son sport dans la gloire, mais la tête haute malgré tout.

« Ça a été tout un parcours dans le monde de la boxe, a ajouté Lemieux dans une publication Facebook. Je suis tellement fier d’où il m’a mené, et de l’homme que je suis devenu. Tout ceci n’aurait pas été possible sans votre soutien et vos encouragements. Je vous remercie. Je suis prêt pour la prochaine étape. »