(Plant City, Floride) « On peut dire bien des choses sur moi, mais on ne peut pas dire que je suis paresseux. » Parce que, oui, Jean Pascal a « travaillé fort » en vue de son combat de ce vendredi soir contre Meng Fanlong en banlieue de Tampa, en Floride.

Mis à jour le 19 mai
Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

Le boxeur québécois n’est pas le seul à le dire. Son entraîneur, Orlando Cuellar, l’a encensé à ce chapitre, jeudi, en marge de la pesée officielle des deux pugilistes.

L’évènement avait lieu à Plant City, dans le complexe entouré de palmiers du nouveau service ProBox TV, diffuseur du combat de ce vendredi au même endroit. Les poids pour cette rixe chez les mi-lourds ? Pascal (35-6-1, 20 K.-O.) pèse 175 livres ; le Chinois Meng Fanlong (17-0, 10 K. -O.) en fait 174,6.

« Les deux premières semaines ont été très difficiles pour lui, explique Cuellar au sujet de son protégé. Je pouvais le voir sur son visage, sur son corps. »

Pascal et son nouveau coach ont commencé à travailler ensemble seulement six semaines avant l’affrontement de ce 20 mai. « On a dû se battre contre le temps », indique-t-il, tout en précisant que son boxeur était en bonne forme physique avant même de se rendre en Floride.

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Jean Pascal et son entraîneur, Orlando Cuellar

Et le Québécois a rapidement été mis au défi par les méthodes de son entraîneur, qui se dit lui-même « intense » et « physique ».

« Lors de notre première rencontre, je lui avais dit qu’on s’entraînait du lundi au samedi. Il m’avait répondu qu’il prenait congé le jeudi. OK, pas de problème.

« Puis, on arrive à la première semaine, raconte Cuellar en souriant. On fait le lundi, le mardi, le mercredi… Déjà, c’était difficile pour lui, avec l’entraînement intense que je lui faisais faire. Mais il n’a pas dit un mot. Rien non plus à propos du jeudi. Et je n’ai rien dit non plus. Alors le jeudi, on est retournés au travail. Sa seule journée de congé, c’était le dimanche. »

Il loue le « réel professionnalisme » de Jean Pascal.

« Tout s’est bien passé, ajoute celui qui est reconnu notamment pour avoir mené Glen Johnson à deux titres mondiaux chez les mi-lourds. Il est un vétéran, je suis un vétéran. Nous avons chacun beaucoup d’expérience. Ç’a été facile d’aller chercher ce dont j’avais besoin. »

« On va voir le Jean Pascal que tout le monde veut voir »

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« Selon mon expérience et ce que j’ai vu, tous ces mois ne lui ont fait aucun mal. Pensez-y. Il n’a pas été frappé à la tête. Il n’a pas torturé son corps. Il n’a pas souffert. En fait, ce qu’il a fait, ç’a été de rajeunir au niveau de la boxe. Ces mois lui ont fait plus de bien que de mal », estime l’entraîneur de Jean Pascal.

Jean Pascal a 39 ans. La dernière fois qu’il s’est battu professionnellement, c’était en décembre 2019.

Évidemment, cette absence prolongée est aussi due à son histoire de dopage, en mai dernier. Il devait se battre contre Badou Jack en juin, jusqu’à ce que des résultats positifs à l’EPO et trois autres substances interdites viennent faire dérailler ses plans… et sa carrière. Il a été suspendu six mois. Le voilà donc de retour en combat professionnel, après plus de deux ans hors du ring.

Ces 29 mois d’inactivité ont été « longs, très longs », souligne le boxeur.

Son entraîneur voit la chose différemment.

« Selon mon expérience et ce que j’ai vu, tous ces mois ne lui ont fait aucun mal. Pensez-y. Il n’a pas été frappé à la tête. Il n’a pas torturé son corps. Il n’a pas souffert. En fait, ce qu’il a fait, ça a été de rajeunir sur le plan de la boxe. Ces mois lui ont fait plus de bien que de mal. »

En mimant un geste d’épluchage sur son bras, Cuellar explique qu’il a « retiré des couches de rouille » sur Jean Pascal. « De la rouille issue de l’inactivité, pas de son âge. »

« Ce gars est incroyable, ajoute-t-il. Il a pu récupérer, et maintenant on va voir le Jean Pascal que tout le monde veut voir. Un boxeur explosif et excitant. »

Meng Fanlong, dans l’inconnu

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Meng Fanlong, un Chinois de 34 ans, a beau être invaincu, le combat de ce vendredi sera le grand défi de sa carrière.

« Ce sera un combat difficile pour Meng Fanlong, parce que Jean Pascal a du courage. Il a de la vitesse. De la puissance. »

Ces mots sont ceux de Juan Manuel Márquez, légende mexicaine de la boxe et un des partenaires de l’aventure ProBox TV. Il est accompagné dans ce projet par d’autres grands noms du noble sport, soit Roy Jones Jr., Paul Malignaggi et Antonio Tarver.

Ce dernier a renchéri sur les propos de son collaborateur, devant la scène où les boxeurs sont venus tour à tour s’assurer de faire le poids, jeudi.

« Pascal est invaincu contre les gauchers, analyse Tarver. Ça en dit beaucoup. Ça veut dire qu’il a l’expérience pour battre un gars de cet angle. »

« Meng va devoir trouver une solution, continue-t-il. Mais sa taille et sa portée seront à son avantage. »

Même son de cloche chez Márquez.

« Pascal doit se battre à courte distance. Il doit se rapprocher de Meng Fanlong. Il doit travailler avec sa vitesse et son expérience. »

Voilà la clé pour le pugiliste de Laval. Parce que le Chinois de 34 ans a beau être invaincu, le combat de ce vendredi sera le plus grand défi de sa carrière.

« Meng Fanlong n’a jamais affronté un boxeur de la trempe de Jean Pascal », soutient l’ancien boxeur Sébastien Gauthier, engagé à titre d’analyse francophone pour décrire la soirée de ce vendredi sur ProBox TV.

« Même dans les rangs amateurs, ce n’était pas un boxeur exceptionnel. […] Je pense que Jean Pascal a de bonnes chances de gagner et de relancer sa carrière. Et Meng, de son côté, amène la Chine avec lui. Le sport est à l’arrêt là-bas, la boxe aussi. Pour lui, c’est vraiment personnel. Il veut que les gens puissent l’encourager, et avoir de l’espoir. »

« Les deux ont faim, conclut-il. Ça va être exceptionnel. »