Nicolas Gill mène l’une des meilleures équipes canadiennes au Tournoi des maîtres de Doha, rendez-vous le plus relevé d’ici les Jeux olympiques

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Après un voyage de 22 heures, Nicolas Gill n’était pas fâché de laisser tomber le masque en déposant ses valises dans sa chambre d’hôtel à Doha, vendredi soir.

Avant de pouvoir en ressortir et d’intégrer la bulle du Tournoi des maîtres, il devait attendre le résultat d’un test de dépistage de la COVID-19 passé à l’aéroport. « Ils nous ont dit que ça prendrait entre 8 et 24 heures… Si tout va mal, je vais peut-être souper au resto demain soir ! »

Le directeur général de Judo Canada était loin de se plaindre. Il sympathisait plutôt avec sa conjointe Marie-Hélène Chisholm, restée à la maison avec les deux enfants (et qui fêtait son 42e anniversaire ce jour-là…). Il pensait également aux huit judokas qu’il accompagne au Qatar pour cette compétition cruciale.

« Il y a des athlètes qui ont un poids à faire, il faut se préparer aussi, notait Gill. Ce ne sont pas des conditions faciles. »

Disputé de lundi à mercredi, le « Masters » devait initialement être présenté en mai dernier, avant que la pandémie ne force son report. Son repositionnement n’a fait qu’accentuer son importance dans le processus de qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo, qui doivent s’ouvrir dans 193 jours.

Cette année, ça risque d’être le tournoi le plus relevé, mis à part les Jeux olympiques.

Nicolas Gill

Au total, 400 combattants de 70 pays livreront bataille, soit grosso modo les 30 meilleurs de chacune des catégories de poids.

Gill s’attend donc à une compétition nettement plus forte qu’à la reprise de l’automne, alors que son équipe s’était distinguée au Grand Chelem de Budapest (quatre podiums) et aux Championnats panaméricains de Guadalajara (quatre titres).

« L’ensemble des participants n’en sera pas à ses premiers tournois. On voit que certains pays ont pris des initiatives et se sont regroupés à droite et à gauche. Ce sera un tout autre niveau. Dans certaines situations, ce sera une répétition des Jeux olympiques. Le défi est beaucoup plus élevé qu’à l’automne. »

Celui qui occupe également le rôle de directeur haute performance cite la catégorie des moins de 81 kg, où les huit premiers mondiaux seront présents, dont Antoine Valois-Fortier.

Le médaillé de bronze olympique de 2012 tentera de consolider son quatrième rang. En quart de finale, il risque de rencontrer l’Allemand Dominic Ressel (5e), qu’il avait battu pour le bronze aux Mondiaux de 2019, mais devant lequel il s’était incliné au Grand Chelem d’Abou Dabi deux mois plus tard.

Une ou deux médailles

Les judokas tenteront d’accumuler des points en vue d’une sélection olympique ou pour s’assurer de faire partie des têtes de série (huit premiers) pour l’évènement tokyoïte.

La présence des meilleurs Japonais et Sud-Coréens, une première depuis le début de l’arrêt du circuit au printemps, devrait peser lourd sur le déroulement du tournoi.

« Ce sont deux des puissances mondiales. Ils peuvent aller chercher 20 médailles à deux. On ne les a pas vus depuis 11 mois. Seront-ils rouillés ? Seront-ils prêts ? C’est le grand point d’interrogation. »

Gill vise une ou deux médailles, en plus de deux autres représentants en quart de finale. Peut-être mieux si le Japon et la Corée du Sud ne sont pas à leur niveau habituel.

Avec la première mondiale Jessica Klimkait (moins de 57 kg) et le numéro trois Arthur Margelidon (moins de 73 kg), l’équipe canadienne compte sur plusieurs prétendants au podium.

« D’une manière générale, c’est fort probablement notre groupe le plus fort depuis belle lurette », a évalué Gill, seul double médaillé olympique de l’histoire canadienne. « Dans les années 1980, ils étaient très, très forts, mais depuis ce temps, c’est notre meilleur groupe. On a plus qu’une, deux ou trois chances de performer à un très haut niveau. »

L’équipe canadienne devra se passer de la championne mondiale Christa Deguchi, qui suit Klimkait au deuxième rang du classement des 57 kg. La Japonaise de naissance a dû stopper son entraînement pendant un mois en raison de la découverte d’un cas de COVID-19 dans le département d’éducation physique à l’université où elle s’entraîne. Le poids lourd Kyle Reyes (24e) a carrément contracté la maladie au Japon et a lui aussi dû déclarer forfait.

« Somme toute, les attentes restent quand même très élevées, a conclu Gill. Il n’y a aucun doute que les athlètes se présentent là pour bien faire. »

En souhaitant que le nouveau coronavirus ne vienne contrecarrer les plans de personne.

Les athlètes canadiens vus par Nicolas Gill

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Catherine Beauchemin-Pinard

Catherine Beauchemin-Pinard (- 63 kg, 9e, or aux Championnats panaméricains)
« Elle a quand même été très active à l’automne. Elle fera partie des têtes de série. Une Japonaise sera très forte dans sa catégorie. C’est un pari relativement sûr de s’attendre à un top 8 de sa part. Rendu là, ça va dépendre un peu de la forme de tout un chacun. »

Antoine Bouchard (- 73 kg, 27e, or aux Championnats panaméricains)
« Il a bien réussi aux Championnats panaméricains [en novembre]. Il a accumulé quelques blessures. On ne peut pas dire qu’il est au sommet de sa forme. Il aura besoin d’un peu de générosité au tirage au sort. Dans son cas, c’est beaucoup une question de qui il affrontera. Son style est un peu difficile [à maîtriser] pour certains. Il peut battre beaucoup de gars dans le tableau. Il faut que les bons gars tombent au bon moment. »

Étienne Briand (- 81 kg, 23e)
« Il est dans une catégorie extrêmement relevée. Le tirage au sort va beaucoup dicter le défi devant lui. Rapidement, il va affronter une tête de série. Ce sera une confrontation importante pour savoir s’il peut avancer dans le tournoi. L’autre aspect à considérer est qu’il n’a pas fait de tournoi depuis 11 mois. »

Shady El Nahas (- 100 kg, 7e, or aux Championnats panaméricains)
« En quart de finale, il rencontrerait un Coréen qu’il n’a jamais battu et qui a été champion du monde en 2018. C’est un parcours difficile. Un peu comme Arthur [Margelidon], on peut d’attendre à un top 8 de sa part. Pour un podium, ça va dépendre beaucoup de la forme dans laquelle les Coréens et les Japonais vont se présenter. »

Ecaterina Guica (- 52 kg, 21e, or aux Championnats panaméricains)
« Elle ne sera pas une tête de série, ce sera donc de voir contre qui elle tombe. Pour avancer dans le tournoi, ce sera primordial pour elle d’éviter de se retrouver contre l’une des meilleures au monde en partant. »

Jessica Klimkait (- 57 kg, 1re, or au Grand Chelem de Hongrie)
« En théorie, elle est la favorite du tournoi. Il y a quand même des filles très fortes. La Japonaise est une ancienne championne mondiale. De mémoire, elle a une fiche de deux victoires et deux défaites contre elle. La Japonaise est plus âgée. Je ne serais pas surpris que la pause lui ait fait du bien. À ne pas négliger non plus : nos athlètes ont un très long voyage dans le corps. Ce ne sont pas des conditions évidentes. »

Arthur Margelidon (- 73 kg, 3e, bronze au Grand Chelem de Hongrie)
« Il a un beau classement. Somme toute, c’est un pari relativement sûr de le voir dans le top 8. Ça va encore dépendre de l’identité de ses adversaires et de la forme dans laquelle ils seront. De son côté, Arthur est dans une bonne forme. On sait à quoi s’attendre de lui. »

Antoine Valois-Fortier (- 81 kg, 4e, argent au Grand Chelem de Hongrie)
« Dans sa catégorie, les huit meilleurs au monde sont là. Pour monter sur le podium, il aura besoin d’une performance des grands jours. Il est en bonne forme. Ça ne se jouera à pas grand-chose. Il faut que les dieux du tatami soient de son côté ! »