Comme bien des gens, la boxeuse Marie-Ève Dicaire a sorti le Monopoly du tiroir en cette ère de confinement. Mais le célèbre jeu de Parker Brothers ne sert pas seulement à briser la monotonie dans son cas : il lui a été recommandé par son psychologue sportif !

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

« C’est très drôle parce qu’avant mon combat de championnat du monde, mon psychologique sportif m’avait demandé d’apprendre à perdre, raconte-t-elle au téléphone. Il a décidé d’utiliser des jeux de société et de hasard pour gérer ça. Il m’a bien fait comprendre que dans un combat, tu peux perdre un round, deux rounds, trois rounds, quatre rounds, si tu en gagnes six de plus, tu es quand même championne au bout de la ligne. Je me suis beaucoup améliorée. Je ne dirais pas que ça ne me dérange plus de perdre, mais je l’utilise pour être plus zen, pour mieux gérer mon émotivité. Il n’y a pas grand-chose que me dérange dans la vie… à part perdre. Ça brûle en dedans. Les jeux de société me permettent justement de travailler ces petites choses-là… »

La championne québécoise a le temps justement en cette ère de confinement de gérer son émotivité avec le Monopoly avec son copain et les deux ados de celui-ci.

« On a des tournois de Monopoly, on cuisine, ça permet de réaliser que la vie continue malgré tout. Un peu plus de repos. Il y a des émissions pour des entrevues qui ont été annulées, d’autres que j’ai décidé de reporter pour respecter les limites de confinement. C’est devenu notre jeu par excellence de panne d’électricité. Ça et Scattergories parce qu’on a eu de grosses pannes d’électricité ces derniers mois. Nous en avons manqué pendant quatre jours à la maison avant ma dernière défense de titre, à sept jours du combat. »

Les jeux de société lui permettent aussi d’éviter la déprime. « Ce sont des façons de se changer les idées, de décrocher des écrans. En ce moment, ça m’a fait du bien, parce qu’au début de la crise, j’étais branché 24 heures sur 24 sur les actualités. À un moment donné, je me sentais tellement angoissée, j’ai décidé de me limiter aux points de presse et de m’informer à un seul moment de la journée. »

Même si elle accepte un peu mieux la défaite, Marie-Ève se dit une féroce joueuse ! « Je fais respecter les règles. Il n’y a pas un joueur qui va essayer de m’en passer une vite. S’il me doit un dollar, il me doit un dollar ! »

La semaine dernière, sans surprise, elle a appris que son combat d’unification des titres mondiaux IBF, WBO et WBA contre l’Américaine Claressa Shields, prévu le 9 mai au Michigan, sera reporté. Il s’agissait évidemment du plus grand défi en carrière pour cette Québécoise contre une adversaire considérée comme la meilleure boxeuse livre pour livre de la planète.

Ce combat-là représente [en effet] l’accomplissement d’une vie. Je me sens un peu comme tous les Québécois en ce moment qui avons plusieurs projets, des entreprises, des travailleurs autonomes, des étudiants en attente de la remise d’un diplôme, on a travaillé très fort pour y parvenir et on ne sait pas quand et si ça va avoir lieu.

Marie-Ève Dicaire

« Je suis vraiment de tout cœur avec les Québécois et la seule chose à faire dans ça, c’est de continuer de regarder l’objectif final. »

Marie-Ève Dicaire dit ne pas avoir ralenti la cadence à l’entraînement. « Je m’entraîne comme si le combat allait être présenté, même si c’est difficile pour les lieux d’entraînement. Tous les gymnases sont fermés, alors je dois faire ça à la maison. Je suis isolée avec mes entraîneurs, avec qui je partage mes microbes depuis un petit bout de temps ! Sans entrer dans les détails, on a trouvé des façons de travailler et pour être dans une forme incroyable quand le combat aura lieu. Je suis chanceuse, j’ai accès à du matériel et à de l’équipement assez facilement. On se débrouille avec ça. Je n’ai pas de place pour me faire un ring, mais on utilise l’extérieur aussi, on n’a pas le choix. »

La jeune femme poursuit les discussions avec le reste de son entourage à distance. « Il y a avec moi mon préparateur physique, mes deux entraîneurs de boxe et mon conseiller en nutrition. Mon psychologue sportif, c’est du Skype et tout le travail neurologique, on l’a mis sur la glace. C’est une façon de tester mon adversité et mon désir. J’ai un but au bout de la ligne, peu importe quand je vais y arriver. »

Elle se dit ravie de la réponse de la population québécoise à la crise. « On en a toujours des plus rebelles, mais j’ai un grand sentiment de fierté. Je sens que les Québécois se serrent les coudes pour passer à travers ça et qu’ils écoutent les directives. Plus on suit les mesures, plus on va retrouver une vie normale rapidement ; je compare à nos voisins du sud et quelques pays européens, où c’est plus long à voir les gens collaborent et où la crise persiste, j’ai ce sentiment d’unité ici. »