Le 18 décembre 2010, Jean Pascal affronte Bernard Hopkins au Colisée Pepsi de Québec, dans ce qui deviendra le premier de deux affrontements en cinq mois. Mais vous souvenez-vous des combats préliminaires ? Retour en arrière.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Le premier combat entre Jean Pascal et Bernard Hopkins s’est conclu l’instant d’un trou de golf. Combien de verges ? Combien de coups ? L’histoire ne le dit pas. Mais Yvon Michel a sans doute déjà été plus concentré sur son jeu…

En août 2010, Jean Pascal, champion WBC des mi-lourds, bat l’invaincu et hautement considéré Chad Dawson. Au terme de ce duel tenu au Centre Bell, le Québécois lance qu’il rêve de se frotter au légendaire Bernard Hopkins, 45 ans. Pascal en a alors 28.

« Deux jours après, je reçois une lettre de l’agent de Hopkins, qui demande si on était sérieux. On répond oui tout de suite », raconte le promoteur Yvon Michel.

La semaine suivante, autre communication sur le même sujet. Cette fois, c’est un coup de fil de Richard Schaefer, grand patron de Golden Boy Promotions.

« Je suis sur le terrain de golf de Saint-Hyacinthe. Et, en l’espace d’un trou, on a réglé tout le deal. C’était incroyable. On a déterminé les conditions, les pourcentages, les dépenses, les responsabilités de chacun. Et quand on a fini, à l’autre trou, on s’est dit : ‟Parfait, nos avocats vont faire le reste.” »

Présumons qu’il s’agissait du 15e trou, le plus long du parcours. Des bleus, 519 verges. Tout de même. Une entente impliquant des millions de dollars s’est négociée en une quinzaine de minutes.

Peu de temps après, le président de GYM reçoit la proposition écrite des avocats. « En tous points ce dont on avait parlé quand j’étais sur le terrain », dit-il.

Un souper à 2 millions

Schaefer et Michel se donnent ensuite rendez-vous à New York. Puisque le combat Pascal-Dawson avait été télédiffusé par HBO, ces derniers avaient un droit de premier refus pour le suivant. En l’occurrence, celui entre le tenant du titre canadien et le vétéran américain.

« Alors, on rencontre le gars de HBO pour leur proposer le combat Hopkins-Pascal. Et on sent qu’il y a un certain intérêt, mais qu’ils ne sont pas trop chauds, rapporte Yvon Michel. Quand il s’en va, Schaefer appelle le grand boss de Showtime. Donc, on a dîné avec le gars de HBO et soupé avec celui de Showtime. Après le souper, on se donne la main. On a un deal. Showtime achète le combat 2 millions US. »

Mais HBO bénéficiant dudit droit de premier refus, les deux promoteurs exposent l’offre de Showtime au diffuseur dès le lendemain. Réponse : « Non, c’est trop cher pour nous, on ne le prend pas. » Showtime remporte la manche.

S’ensuit une campagne de promotion dynamique. De l’hôtel de ville de Québec au parquet de la Bourse de Wall Street et aux écrans publicitaires de Times Square.

Le jour de la mise en vente des billets, les comptoirs ouvrent à 10 h, à Québec.

« Je reçois un coup de fil du Colisée pour nous dire qu’il y a 500 mètres de gens qui attendent, relate le président de GYM. À midi, le premier rapport que je reçois, on a vendu plus de 10 000 billets. À la fin de la journée, 14 000 sur 16 500 places. La semaine suivante, on n’en avait plus. »

Tyson Fury et le Québec

Pendant l’offensive promotionnelle, Schaefer dit à Michel qu’il fera de ce gala « un évènement historique ». Et il passe rapidement de la parole aux actes.

Golden Boy met sous contrat Paul Malignaggi, Peter Quillin et Daniel Jacobs. Tous trois auront été champions du monde.

IMAGE TIRÉE DU SITE WEB DE BOXREC

La carte du gala du 18 décembre 2010

Également du gala, lors du cinquième des neuf combats de la soirée, un certain… Tyson Fury. L’actuel champion du monde des lourds n’en est à ce moment qu’à son 13e combat. Dans ce cas, par contre, Golden Boy Promotions n’y est pour rien. Le Britannique a fait ses démarches lui-même auprès de Michel.

« Je reçois un appel d’un ami qui est proche de Tyson Fury et qui me dit qu’il veut venir boxer au Québec. Son cousin Hughie Fury avait fait ses débuts avec nous à Montréal, explique Michel. Alors, Tyson vient me voir au bureau. Je lui dis : ‟OK, mais on ne peut pas te payer bien cher.” Il me répond : ‟Aucun problème, tu me paieras comme tu voudras, mais je veux embarquer sur ce gala.” »

Ce soir-là, le Gypsy King l’a emporté par décision contre un boxeur détenteur d’une fiche perdante.

Fury avait fait ses débuts chez les pros en décembre 2008, à Nottingham, le même soir que le combat entre Jean Pascal et Carl Froch. D’où son attachement envers le Québec.

« Il s’était lié d’amitié pas mal avec les gens qui étaient avec nous. Ensuite, il est même venu nous voir de temps en temps à nos évènements », dévoile Michel.

Malignaggi, Quillin, Jacobs. Sans oublier Pascal et Hopkins. Puis, Fury. Six champions du monde sur cette carte sans pareil du 18 décembre 2010. À Québec, il y aura de cela 10 ans vendredi.

PHOTO ISAAC BREKKEN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le Britannique Tyson Fury a battu l’Américain Deontay Wilder le 22 février dernier à Las Vegas.

Un évènement qui a fait entrer la boxe professionnelle d’ici dans ce que le président de GYM décrit comme sa golden era.

Un one-two punch mémorable

À ce moment, Hopkins montrait une fiche de 51-5-1, 32 K.-O. Il avait été champion et voulait réaliser l’exploit – quasi impensable – de reconquérir une ceinture majeure à la mi-quarantaine. Pascal (26-1, 15 K.-O.) y allait pour une quatrième défense de son titre WBC des mi-lourds.

Le Québécois était-il conscient de l’ampleur de l’évènement ?

« Sincèrement, non. Parce qu’on a de la misère à vivre et apprécier le moment présent. Ça fait partie de la nature humaine », souligne Pascal, levant du même coup son chapeau à Alexandra Croft, Yvon Michel et Bernard Barré pour ce qu’ils ont accompli à l’époque chez GYM.

« Il faut rendre à César ce qui appartient à César », affirme-t-il.

PHOTO MATHIEU BÉLANGER, ARCHIVES REUTERS

Jean Pascal et Bernard Hopkins le 18 décembre 2010 à Québec

Kevin Bizier semble avoir vécu la soirée sensiblement de la même façon que Pascal. « Oui, c’était gros. Mais, moi, je m’en allais boxer et c’est tout ! », lance-t-il.

Originaire de Saint-Émile, il se souvient néanmoins de l’accueil spécial qu’il avait reçu du public. « Il y avait de l’ambiance. C’était fou. Surtout quand tu boxes chez toi, il y a toujours plus d’énergie », note-t-il.

Se battant juste avant Fury, Bizier avait eu le dessus aisément sur Ronnie Warrior fils, qui ne s’était pas présenté pour le quatrième assaut.

Pour sa part, Pascal avait vécu un combat en montagnes russes. Semblable au Monstre de La Ronde, en fait. Très intense au départ, puis bien plus calme ensuite.

Après avoir fait subir deux chutes hâtives à Hopkins, il est, pour ainsi dire, tombé sur le pilote automatique. De son propre aveu.

« Certainement, on s’est un peu endormis. On ne comprenait pas trop ce qui se passait. On avait mis Hopkins deux fois au plancher en trois rounds, on pensait que ça allait être une partie facile. Puis, Hopkins a pu remonter la pente. Malgré que, remonter la pente… »

Je pense toujours que je méritais la victoire.

Jean Pascal

Pascal croit avoir dominé « facilement » les six premiers rounds et en avoir « gagné un ou deux » par la suite. « Mais c’est ce genre d’évènements qui a forgé mon caractère et m’a permis de redevenir champion du monde 10 ans plus tard », analyse-t-il.

N’empêche, Pascal admet avoir péché par excès de confiance. Son entraîneur de l’époque, Marc Ramsay, a également confié l’an dernier au collègue Mathias Brunet être tombé dans le piège de la complaisance à cette occasion. Quant à Michel…

« J’étais tellement détendu après le troisième round que je faisais plus du PR que je regardais le combat parce qu’on avait beaucoup de gens de New York qui étaient venus, relate le promoteur. Finalement, rendu au 10e round, je demande à Bernard [Barré], qui était à côté de moi : ‟Coudonc, me semble qu’on n’a pas gagné beaucoup de rounds depuis la dernière chute au plancher.” Là, je commence à m’inquiéter. »

Résultat final : match nul. Ce qui permet à Pascal de demeurer champion. « La première personne qui nous a appelés, le lendemain, c’est le gars de HBO. Il voulait le rematch… », révèle Michel.

Cette fois, HBO offre 500 000 $ de plus que Showtime et remporte son pari.

Hopkins aussi. Le 21 mai 2011, il a le meilleur sur le Québécois, au Centre Bell. Et redevient champion du monde, à 46 ans.