En attendant de pouvoir replonger à fond dans son sport, la judoka Catherine Beauchemin-Pinard a relancé un vieux projet : l’écriture d’un livre de recettes.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

La judoka Catherine Beauchemin-Pinard a vécu le confinement comme un peu tout le monde. La première semaine ? Presque des vacances. Un verre de vin ici, une bière là. Couchée plus tard, levée plus tard.

« Au judo, on n’a jamais de saison off. L’année des Jeux olympiques, il y a encore plus de compétitions, on est toujours partis. J’ai donc respiré un peu, relaxé. »

Elle a vite compris qu’elle ne pourrait soutenir ce régime longtemps. Elle a commencé un grand ménage de son condo, fait des travaux de peinture, « clenché » ses travaux universitaires en comptabilité. Elle a dressé une liste d’objectifs, qu’elle a collée au mur de sa chambre. Elle les raye quand ils sont accomplis. « Je suis de nature un peu organisée ! », rigole-t-elle.

Bien sûr, elle a continué de s’entraîner. Des élastiques, de la course, des rencontres en ligne pour la préparation physique. Elle vient de commencer le vélo de route.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Entre autres activités physiques, Catherine Beauchemin-Pinard fait du vélo sur route.

Son copain a aussi servi de cobaye pour quelques exercices de judo. Il paraît qu’il a trouvé ça raide. « Des fois, je fais des soulevés et il tombe un peu. Je fais oups… »

Beauchemin-Pinard est réaliste : les sports de combat seront parmi les derniers autorisés par le gouvernement. D’ici là, elle espère la réouverture de l’Institut national du sport du Québec, au moins pour la musculation.

« Quand on va reprendre le judo, je veux que ça fasse le moins mal possible ! Chaque fois qu’on prend une pause, ne serait-ce qu’une semaine ou deux, on revient et on a mal aux doigts. On n’est plus habituées à prendre des chutes. C’est mon objectif : minimiser cet impact-là. »

L’athlète de 25 ans a entrepris un autre grand chantier : un livre de recettes, qu’elle aimerait publier un jour. Ce n’est pas un ouvrage traditionnel. Elle y transmet ses secrets de cuisine, mais relate aussi son propre parcours. La trame qui le sous-tend : les sports à catégories de poids.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @CBEAUCHEMINPINARD

Catherine Beauchemin-Pinard à l’œuvre dans sa cuisine !

Elle s’y était mise à temps perdu en 2016, quelques mois avant les Jeux olympiques de Rio, à la suggestion de sa nutritionniste. Elle y colligeait ses recettes préférées, modifiées et pimentées au gré de ses expériences.

Elle a dépoussiéré son document depuis le début du confinement, y consacrant de deux à trois heures par jour. « Je réécris plein d’affaires parce que ma mentalité envers la nourriture a changé », explique-t-elle.

Boulimie

À l’époque de Rio, Beauchemin-Pinard concourait dans la catégorie des moins de 57 kg. Avec un poids naturel de 64 ou 65 kg, elle menait une bataille constante avec le pèse-personne. Son poids faisait le yoyo, les régimes se succédaient.

« Quand tu es dedans, tu ne remarques pas comment ça peut être malsain. Les boucles de régimes, perdre du poids, le reprendre, le reperdre. Je raconte un peu le processus dans lequel je suis passée. J’appelle ça les phases de mon problème alimentaire. »

Elle a fait face à cette réalité très jeune. À 12 ou 13 ans, elle tentait de conserver son poids pour participer aux sélections pour les championnats canadiens.

« Il fallait maintenir son poids pour quatre compétitions. J’ai commencé l’année à 54, 55 kg et j’ai fini à 60 kg. Je me suis mise à faire un peu de boulimie pour gérer mon poids. »

Elle s’inquiète quand elle voit de jeunes adeptes de sports à catégories de poids – surtout des filles, mais parfois des garçons – emprunter la même trajectoire.

Ça me fait peur. Je me rappelle que je ne savais pas comment ça marchait à cet âge-là. Tu fais n’importe comment. Si tu as une nutritionniste, tu n’écoutes pas toujours ses conseils. Tu te fies à ce que tu entends à gauche et à droite.

Catherine Beauchemin-Pinard

Dans l’année qui a suivi Rio, Beauchemin-Pinard s’est acharnée à combattre chez les 57 kg. Sa nutritionniste l’a convaincue de consulter une psychologue spécialisée. Cette dernière lui a fait changer son fusil d’épaule.

« Tout le monde me disait de monter de catégorie de poids. Je n’étais pas capable de l’accepter parce que ce sont les autres qui me le disaient. Elle ne me l’a pas imposé. Elle m’a tranquillement amenée à voir que ce n’était plus faisable. »

Dans son livre, elle fait part également de son parcours par rapport aux plans alimentaires. « Je n’écoutais plus vraiment ma faim. Si je n’avais plus faim et qu’il me restait des calories à manger, je les mangeais parce que je pouvais », donne-t-elle en exemple.

Elle prône la flexibilité, l’adaptabilité. « Chaque personne est différente, chaque corps réagit différemment. Si tu dépenses 2000 calories par jour, ce n’est pas vrai que tu dois en manger 2000 par jour. C’est un chiffre approximatif. La meilleure façon, c’est d’écouter ta faim. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Catherine Beauchemin-Pinard en action sur le tapis

Depuis 2018, la native de Saint-Hubert évolue avec succès dans la catégorie des 63 kg. Au moment de l’arrêt des activités, elle occupait le neuvième rang au classement pour les Jeux olympiques de Tokyo, pour lesquels elle est pratiquement assurée de sa qualification.

Ç’a été l’une de mes meilleures décisions. Pour ma santé, le judo, mes performances. Je suis bien plus heureuse avec mes kilos en plus !

Catherine Beauchemin-Pinard

À l’heure actuelle, son principal défi est d’élaborer les étapes de préparation : « Pour beaucoup de recettes, j’ai la liste des ingrédients, mais pas les instructions ! Il faut que je les refasse. »

Ses plats favoris ? Le tofu sauté de son enfance, les bols de type poké et le riz frit asiatique au beurre d’arachides que son copain lui cuisine chaque fois qu’elle part en voyage. Elle a très hâte au prochain.