Les Jeux panaméricains se tiennent à Lima, au Pérou, du 26 juillet au 11 août. Parmi la centaine d’athlètes canadiens présents, des Québécois pratiquent des sports peu médiatisés et doivent souvent conjuguer le travail avec la compétition. Portraits d’athlètes aux parcours inusités. Aujourd’hui : Sabrina Aubin, boxe Demain : Thomas et Phillip Barreiro, lutte

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Chaque fois ou presque, Sabrina Aubin doit parler du film La fille à un million de dollars. C’est, après tout, l’un des déclics qui l’ont conduite à enfiler les gants et à essayer la boxe. Certains messages véhiculés dans le long métrage oscarisé, sorti en 2004, l’ont particulièrement rejointe : la persévérance, les sacrifices, le sentiment d’euphorie qui accompagne les victoires…

« Ce film montre que, peu importe ce que tu vis, si tu le veux vraiment et si tu fais ce qu’il y a à faire, tu vas y arriver », résume la boxeuse de 34 ans qui participera aux Jeux panaméricains dans la catégorie des moins de 57 kg.

La trentenaire de Saint-Jean-sur-Richelieu parle en connaissance de cause. Elle n’a pas grandi dans les gymnases ou devant la télévision à idolâtrer les grands noms de la boxe. « Je ne trouvais pas que c’était nécessairement un sport. Je ne comprenais pas la raison pour laquelle les gens faisaient ça. Pour moi, la boxe professionnelle, celle qu’on voyait à la télé, c’était l’agressivité et la violence. »

De toute façon, son truc à elle, c’était le basketball. D’abord à l’école secondaire, ensuite au cégep et, espérait-elle, à l’université. En cours de route, une très grave blessure au genou gauche fait dérailler son plan.

« J’étais l’une des bonnes joueuses de l’équipe [au cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu]. J’étais toujours dans le cinq partant. Après cette blessure, j’ai eu trois opérations et ça m’a pris un an et demi avant de revenir au jeu. Mais j’avais diverses craintes et je me suis retrouvée davantage sur le banc. Ça a joué dans ma tête et je n’aimais pas ça. Si je ne pouvais plus être l’une des meilleures, je me suis dit que j’allais changer de sport complètement. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

L'objectif de Sabrina Aubin pour les Jeux panaméricains ? L’or, rien de moins.

Et voilà comment le visionnement d’un film, mais aussi les conseils d’un ami qui travaillait dans un gymnase, l’a poussée à se mettre à la boxe. « Pour voir ce que ça donnerait », dit-elle sur ses premiers entraînements. Très vite, l’état d’esprit, axé sur la compétition, reprend le dessus. « Avec mes capacités athlétiques, j’étais déjà une petite coche au-dessus des filles qui étaient à mon niveau. Je suis une personne compétitive et, pour moi, l’idéal était de devenir la meilleure. »

Elle dispute son premier combat, en démonstration, face à une ancienne championne canadienne, Nathalie Lacombe. À la fin, cette dernière s’approche de la Johannaise et lui glisse quelques mots d’encouragement à l’oreille. « Lâche pas parce que tu vas te rendre loin. Tu as de belles compétences. Exploite ça. »

Sabrina Aubin estime que sa vitesse a toujours été son principal atout dans un ring. Au fil des combats, elle découvre aussi les aspects techniques et tactiques de la boxe amateur.

« À l’époque, c’était vraiment un jeu d’échecs et celle qui jouait le mieux l’emportait. Avec ce système de pointage, le but n’était pas juste de knocker l’adversaire ou de faire mal. »

« Avec ma vitesse, je pouvais toucher l’adversaire sans me faire toucher. Je suis tombée en amour avec ça. Maintenant qu’on est jugées au round, c’est une autre façon de travailler et je l’apprécie beaucoup moins. »

Sabrina Aubin

« On a plus de risques de blessure. On veut faire mal et cogner. Les gens veulent voir du spectacle », ajoute Sabrina.

« Essayez la défaite »

Sabrina Aubin nous reçoit dans son gymnase privé à deux pas de la rivière Richelieu. Impossible de rater une citation écrite en gros sur l’un des murs. « Vous pensez que l’entraînement, c’est difficile, essayez la défaite », a écrit celle qui possède un diplôme en kinésiologie.

On lui pose alors la question en connaissant la réponse. Quel est son objectif pour les Jeux panaméricains ? « C’est l’or. Je ne dis pas que je vais jeter ma médaille si elle est en argent, mais ma seule option, dans ma préparation mentale, dans ce que je visualise, c’est être numéro 1. Ça fait assez longtemps que je suis sur le bord de gagner. Il est temps que ça arrive. »

Dans les dernières années, elle a multiplié les podiums, comme aux Championnats panaméricains 2017 et 2019 (argent et bronze) ou aux Jeux du Commonwealth l’an dernier (bronze). Elle n’a pas rapporté de médaille lors des derniers Championnats du monde, mais a appris énormément en affrontant la Chinoise Yin Junhua, médaillée d’argent chez les poids légers aux Jeux olympiques de Rio.

« J’ai fait un super beau combat, l’un des meilleurs de ma vie sur les plans technique et tactique. Sur le plan mental, ma game était A1. Je pensais avoir gagné, mais ils lui ont donné la victoire par décision partagée. Il y a eu des révisions de combat, mais on m’a dit qu’il n’y avait rien à faire », peste Aubin, qui s’entraîne deux fois par semaine chez BoxeMTL.

Cela fait maintenant six ans qu’Aubin, qui a disputé près de 115 combats, fait partie de l’équipe canadienne. Puisque sa catégorie de poids fera ses débuts aux Jeux olympiques en 2020, elle reconnaît que des portes se sont ouvertes dans les dernières années. Par contre, elle doit composer avec le changement de catégorie de Caroline Veyre, médaillée d’or aux Jeux panaméricains en 2015 chez les 60 kg.

« Le plan de match de Boxe Canada est de me remplacer par elle. Les critères de sélection vont un peu avec ce qu’elle est capable d’accomplir par rapport à ce que moi, je peux accomplir.

« C’est dommage parce que je fais aussi partie de l’équipe nationale, mais c’est comme si mon propre clan était contre moi et comme si mon équipe essayait de me tasser. Mon but est de bien performer aux Panaméricains et on verra les critères par la suite. »