Ghislain Maduma: la «Madumattitude»

Après une défaite controversée en Angleterre le 31... (Photo Sarah Mongeau-Birkett, La Presse)

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Après une défaite controversée en Angleterre le 31 mai dernier, Ghislain Maduma présente une fiche de 16 victoires et 1 défaite. Son prochain combat pourrait avoir une portée historique.

Photo Sarah Mongeau-Birkett, La Presse

Il revient d'une défaite, mais sourit et promet de rebondir. Il revient de son Congo natal, a été marqué par la pauvreté, mais il rêve de changer les choses. La boxe a appris au Montréalais Ghislain Maduma à regarder la vie du bon côté. C'est la «Madumattitude». Elle pourrait même bientôt le mener dans les pas de Muhammad Ali. Portrait.

Assis dans un café du quartier Villeray, Ghislain Maduma explique comment la boxe a changé sa vie. Il explique comment à 12 ans, il a quitté ses parents et la République démocratique du Congo pour débarquer chez son oncle, dans Hochelaga-Maisonneuve.

À l'époque, explique-t-il, le quartier était un véritable nid de skinheads racistes. «Je me suis souvent fait traiter de "sale nègre" sur la rue», raconte le boxeur de 29 ans.

Adolescent, il avait une «rage» en lui. «Je me sentais loin des Blancs. J'avais une mauvaise relation avec ceux de mon quartier. Ils ne m'aimaient pas. Je le voyais dans leur regard.»

Puis il a abouti dans un gym de boxe à l'âge de 15 ans. Son oncle était fan fini du sport, écoutait tous les combats et s'était bâti une bibliothèque pleine de cassettes VHS des plus grands boxeurs. Au gymnase, Ghislain Maduma pensait trouver un simple sport. Il a trouvé bien plus. La boxe l'a fait sortir d'Hochelaga. Il s'est mis à voyager au Québec et au Canada. Il s'est fait des amis blancs.

«La boxe m'a aidé à voir le monde comme il était vraiment. La boxe m'a sorti de mon quartier. Si j'étais resté à Hochelaga, je pense que j'aurais pu développer une rancoeur envers tous ceux qui sont blancs alors que ce n'est pas fondé. C'est la misère dans le quartier qui faisait ça», explique Maduma entre deux gorgées d'espresso.

Mais la boxe en a aussi fait un homme. Elle lui a appris le travail. Amateur, il a déjà gagné le tournoi des gants dorés sans s'entraîner. Puis il a frappé un mur. Son rêve de se qualifier aux Jeux olympiques s'est évanoui.

Professionnel, il s'est juré qu'il parviendrait à son but. Il est désormais presque toujours au gymnase. «Je prends une pause de cinq jours après mes combats, c'est tout», dit-il

Et le 31 mai dernier en Angleterre, la boxe lui a appris la défaite. Le boxeur rapide comme l'éclair était parti en mission dangereuse dans des terres trop bien connues des boxeurs québécois - Jean Pascal et Lucian Bute ont tous deux connu la défaite en Grande-Bretagne. Après 11 rounds à avoir le dessus sur le favori local, Kevin Mitchell lui a passé un K.-O. technique controversé.



L'arbitre a-t-il arrêté le combat trop tôt? Maduma et bien des observateurs pensent que oui. Mais il ne veut pas blâmer l'officiel. «Je savais que j'allais en terrain dangereux, c'était à moi de ne pas me mettre dans cette situation.»

Sa fiche est maintenant de 16 victoires et 1 défaite. Mais il ne regarde pas en arrière. Son prochain combat dans le ring pourrait avoir une portée historique. Et il a un nouveau combat hors des câbles.

Dans les traces d'Ali

Après avoir subi la première défaite de sa carrière, Ghislain Maduma a décidé faire un retour aux sources. En juin, il est rentré en République démocratique du Congo (RDC). Il n'avait pas vu sa mère depuis sept ans.

Les retrouvailles ont été émouvantes. Celles avec son pays aussi. «Ç'a été deux semaines incroyables. Chaque jour, c'était comme si j'en vivais dix. À Kinshasa, Il y a des gens partout et on a l'impression que c'est une fête tout le temps», raconte Maduma.

«C'est un pays pauvre, on le voit à la maigreur des gens, à leurs vêtements, mais ils ont l'air tellement heureux! On n'en croise pas ici, des gens qui ont l'air heureux comme ça. Ça m'a remis en question. C'est quoi, les critères du bonheur?»

Quand un cousin lui a appris qu'il abandonnait l'école parce qu'il n'avait pas les 300 $ requis pour payer les frais d'inscription, le boxeur a décidé de faire quelque chose. Il a lancé une fondation. Il s'engage à remettre 10% de ses bourses - qui se chiffrent pour l'instant dans les dizaines de milliers de dollars - à des organismes congolais.

«Je vais envoyer un premier don à un orphelinat pour les sidatiques. Ce n'est pas grand-chose, mais je me dis que ça fait au moins ça», explique-t-il.

Sur sa page Facebook, des amis lui proposent des vêtements pour bébé ou quelques dollars. Ce sont souvent des boxeurs, comme lui. «La boxe est une grande famille», dit-il.

Lors de son passage, les autorités l'ont approché pour un combat. En octobre, le pays va souligner le 40e anniversaire d'un des événements sportifs les plus mythiques de l'histoire: le «Rumble in the Jungle».

Le 30 octobre 1974, le président autoritaire Mobutu Sese Seko avait organisé un combat entre Muhammad Ali et George Foreman. Ali avait mis en pratique la légendaire tactique du «rope-a-dope», qui consistait à se faire frapper pendant plusieurs rounds pour épuiser Foreman et le surprendre. Ali, 32 ans, l'avait emporté au 8e round contre le favori, de huit ans son cadet.




Les autorités congolaises aimeraient maintenant que Ghislain Maduma combatte lors de la finale du gala qui aura lieu en octobre à Kinshasa. Son gérant, le Montréalais Camille Estephan, est en train de négocier avec les organisateurs. Le projet est «très réaliste», dit-il «Ce serait fou, ce serait un rêve», lâche Maduma.

Après une heure d'entrevue, quelque chose nous frappe: Ghislain Maduma regarde la vie du bon côté. À peine revenu d'une défaite, il préfère rêver à son prochain combat. À peine revenu d'un pays meurtri par la pauvreté, il préfère se rappeler le sourire de ceux qu'il croisait dans la rue.

Serait-il le même s'il n'avait pas découvert le sport à 15 ans? La rage serait-elle encore en lui? Aujourd'hui, Ghislain Maduma s'est réconcilié avec son pays d'adoption. Pas question pour lui de retourner vivre en Afrique pour l'instant. «Le Québec, c'est chez moi», dit-il.

À la fin de l'entretien, le boxeur se lève, souriant. «Regarde-moi bien aller, je vais te donner plein de bonnes histoires à écrire dans les prochains mois», lance-t-il fièrement avant de disparaître au volant d'une Cadillac blanche.




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