Le 5 novembre au soir. Québec. Pier-Olivier Côté marche vers l'arène au Colisée Pepsi. La foule hurle ses encouragements pour le «petit gars de la place». Sur le ring, son adversaire américain semble se demander ce qu'il fait là au juste.

Gabriel Béland LA PRESSE

Six mois plus tard, c'est au tour du Québécois de se jeter dans la gueule du loup. Pier-Olivier Côté (18-0, 12 K.-O.) va affronter samedi soir à Nottingham l'Anglais Mark Lloyd (15-5, 3 K.-O.) en sous-carte du choc Bute-Froch.



La foule sera cette fois-ci derrière son adversaire. Et c'est aussi un peu contre elle que Côté veut se battre. En faisant subir à Lloyd - qui réside tout près de Nottingham - une défaite qui fera l'effet d'une douche froide sur les spectateurs échauffés par les pintes de bière.

«On ne nous a pas donné comme mission de faire taire la foule, remarque son entraîneur, François Duguay. Mais nous-même on s'est donné le mandat de régler ce dossier avant que Lucian ne monte dans le ring.»

Ce combat à l'étranger, Côté le perçoit comme un «cadeau». D'abord parce que son adversaire n'est pas des plus redoutables. Un choix judicieux lors d'un retour à la compétition. Le boxeur de 27 ans revient en effet d'un épisode de surentraînement qui l'a forcé au repos et mené à l'annulation d'un combat prévu cet hiver chez lui à Québec.

«J'ai tout fait pour revenir le plus vite possible. C'est ce que j'aime faire, la boxe. À court terme, je veux gagner ce combat-là. À moyen terme, on va enchaîner et je vais devenir champion du monde», lâche avec confiance le boxeur de 140 livres, rencontré jeudi à Nottingham.



Mais il s'agit aussi d'un combat parfait pour gagner en expérience. Ce sera la première fois qu'il sera exposé à une foule hostile de cette ampleur: 9000 partisans en liesse. L'occasion peut paraître redoutable, mais il faut surtout la voir comme un apprentissage, selon François Duguay.



«C'est de la bonne expérience. Lucian en est à sa 10e défense (de titre de champion du monde) et il n'a encore jamais vécu ça, rappelle l'entraîneur. Nous, si un jour il faut se rendre dans la cour du champion pour un titre, on va déjà l'avoir vécu.»



Dans les pas de Lucian Bute




S'il faut se préparer à un combat de championnat, c'est que Pier-Olivier Côté représente la relèvepour InterBox. Lucian Bute a 32 ans et plus de combats derrière lui qu'il n'en a devant.

«On est un petit peu en retard dans notre calendrier à cause de l'épisode de surentraînement, mais je pense qu'il est à un an d'un combat de championnat du monde», note le président d'InterBox, Jean Bédard.

Le promoteur explique qu'il tente toujours d'avoir un champion qui génère les retombées économiques nécessaires au développement de jeunes talents. Puis un jour, l'un des jeunes prend la relève.



«Les gens nous reprochent de ne pas avoir beaucoup de boxeurs, de ne pas organiser beaucoup de combats, déplore Jean Bédard. Mais c'est ça, notre stratégie: on présente trois, quatre événements par année pour mettre en scène notre boxeur locomotive et la relève. On l'a fait avec Éric Lucas. Lucian suivait et c'est un peu la même chose qu'on souhaite faire avec Pier-Olivier. On veut qu'il devienne la locomotive.»



Côté a selon lui un don qui ne s'apprend pas en boxe: «la claque». «Quelqu'un qui a une bonne shot au hockey, il a une bonne shot. Lui, il l'a!»



Il l'a rappelé lors de son dernier combat, celui de novembre dernier. Il a mis Jorge Luis Teron K.-O. en deux rounds au Colisée. Côté espère maintenant que «sa claque» fonctionne aussi contre 9000 spectateurs.